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Sarthe. Santé mentale : Céline Lagrais veut « emmener l’EPSM dans la sortie de crise »... |
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Allonnes, jeudi 16 septembre 2021. Céline Lagrais, nouvelle directrice de l’EPSM depuis le 1er septembre 2021. © Le Maine Libre
Céline Lagrais a pris ses fonctions de directrice générale de l’Établissement public de santé mentale (EPSM) de la Sarthe à Allonnes le 1er septembre 2021. Recrutement, projets stratégiques, financement, elle fait le point sur les chantiers à mener.
Le Maine Libre : Vous avez occupé plusieurs postes de direction adjointe au Centre hospitalier du Mans puis vous êtes allée enseigner durant trois ans à l’École des hautes études de santé publique de Rennes. Pourquoi avoir fait le choix de revenir dans la Sarthe et prendre la direction de l’EPSM ?
Céline Lagrais : « C’est un département où je suis ancrée depuis vingt ans. Il y a beaucoup à faire dans le domaine de la santé. La situation est difficile. Le maillage des médecins dans le territoire et l’attractivité sont des enjeux très forts notamment concernant la santé mentale. Ces enjeux me passionnent et j’ai donc fait le choix de la psychiatrie. »
Les services fonctionnent sous tension en raison des problèmes de recrutement depuis des années…
« En effet, il manque 40 infirmier(e)s et aides-soignant(e)s, 10 personnels support (cadres, secrétaires médicales…) et 30 médecins – ils sont 50 actuellement – pour les ambitions que nous voulons nous donner. C’est-à -dire pour que tous les patients sarthois aient accès aux soins. Toute la psychiatrie publique du département est maillée par l’EPSM grâce aux centres médico-psychologiques (CMP) notamment. Or, nous avons dû fermer certains services de ces CMP faute de ressource médicale. Avec le personnel nécessaire, ces CMP permettraient une prise en charge du patient différente, axée sur la prévention, le dépistage précoce des pathologies. Cela diminuerait ce que nous connaissons actuellement : les hospitalisations d’urgence. Nous ne pouvons pas faire face aux besoins. Les services de l’EPSM sont occupés à 100 %. Une vingtaine de patients – soit l’équivalent d’un service – sont accueillis au centre hospitalier du Mans. »
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Quelles solutions pour développer l’attractivité de l’EPSM ?
« En premier lieu, il faut emmener l’établissement vers la sortie de crise Covid et relancer le projet d’établissement. Or, ce projet d’établissement doit se faire avec les médecins. Il faut que les médecins soient au cœur du pilotage, ce qu’ils n’ont pu faire durant ces deux dernières années. Ils devaient répondre à l’urgence sanitaire. Le projet d’établissement est un projet médical. Les médecins doivent partager leur regard sur la prise en charge des patients et le choix stratégique que doit prendre l’établissement. Si de jeunes médecins porteurs de projets arrivent, il faut pouvoir les accompagner sinon ils ne resteront pas. »
Comment persuader ces médecins de venir en Sarthe ?
« En trouvant des conditions logistiques innovantes ! »
Par exemple ?
« Certains sont prêts à venir travailler en Sarthe mais pas à y vivre. Pourquoi ne pas envisager un mini-bus qui partirait d’Angers avec à son bord des médecins qui seraient conduits à l’EPSM. Si une crèche à l’EPSM peut inciter des médecins et infirmiers à venir et à rester, on le fera ! Proposer des conditions de logement sympa pour les internes, on le fera ! C’est en recrutant qu’on relancera la dynamique de l’établissement sur l’ensemble du territoire. Pour mener cette action de recrutements, nous avons aussi besoin de l’Agence régionale de santé, des CHU et des universités de la région Pays de la Loire. »
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C’est-à -dire ?
« En répartissant les postes d’internes au niveau régional de manière à privilégier notre territoire. En augmentant le nombre de postes en Sarthe et en diminuant les postes dans les départements du Maine-et-Loire et de la Loire-Atlantique, qui sont déjà bien dotés. Le 2 novembre, nous avons la satisfaction d’accueillir quatre docteurs juniors (médecins en fin de cursus, NDLR). »
Il y a la détresse psychologique des patients qui s’est beaucoup dégradée ces derniers mois. Qu’en est-il du personnel ?
« Le personnel est fatigué, en effet. J’ai rencontré les instances syndicales qui m’ont dit que tous avaient envie qu’il se passe des choses dans l’établissement, que des projets sortent, que l’on avance. Je pense que le personnel n’est pas résigné. Il y a ici des équipes dévouées et investies. Elles sont en attente d’une nouvelle dynamique. »
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> > > Financement : une « enveloppe intelligente »
À partir de janvier 2022, le mode de financement des établissements de santé mentale va changer. 15 % seront assurés par la tarification à l’activité (T2A) et 85 % par une enveloppe de dotation. Aujourd’hui, il s’agit d’une enveloppe globale. À partir de janvier, cette enveloppe intelligente prendra en compte les critères de territoire : maillage médical, démographie, situation socio-économique, taux de suicides… J’attends de ce nouveau mode de dotation que tous les Sarthois, personnes âgées et isolées, enfants et adolescents, ruraux, aient accès aux soins, grâce aux centres médico-psychologiques notamment
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> > > Bio express
Âgée de 40 ans, originaire de Saint-Brieuc, Céline Lagrais est installée en Sarthe depuis 20 ans.
Elle a pris ses fonctions de directrice générale le 1er septembre.
Elle est diplômée de Sciences Po Rennes et de l’École des hautes études en santé publique.
De 2006 à 2018, Céline Lagrais a exercé des postes de direction adjointe dans différents domaines : communication, informatique, projets et finances.
De 2018 à 2021, elle intervenait comme professeur au sein de l’École des hautes études de santé publique de Rennes (EHESP).