|
Sarthe. Il pêche un silure de plus de 2 mètres : « il m’a promené sur l’eau »... |
1
Sarthe. Il pêche un silure de plus de 2 mètres : « il m’a promené sur l’eau »
Le 30 octobre 2019, Julien Diguet, 17 ans, a ferré un silure de plus de 2 mètres à La Flèche. Installé à bord de son float tube, il s’est fait promener sur l’eau. Avant de parvenir à capturer le mastodonte.
Certaines parties de pêche se classent dans la catégorie mémorable. Parfois à raison, et certaines fois de façon un peu exagérée. Dans le cas de Julien Diguet, pas de doute : il a vécu ce qui se range dans le domaine de l’inoubliable le 30 octobre dernier dans le centre-ville de La Flèche.
Pendant une quinzaine de minutes, le silure de plus de deux mètres qu’il a ferré l’a promené sur l’eau. Embarqué à bord de son léger float tube, le jeune homme de 17 ans a même eu cette impression : celle de surfer. Sans autre réaction que celle de subir les événements face à la puissance d’un poisson XXL bien décidé à ne pas s’en laisser conter. La fin a été bonne pour tout le monde. Petit retour sur cette journée et sur ce qui a précédé cette capture hors-norme.
Une première touche, puis une seconde
« Je suis arrivé au bord de l’eau au niveau de la place du Marché. Et avant de m’installer sur mon float tube, j’ai pêché quelques petits poissons »
, raconte Julien. Parmi ces prises, un beau gardon d’une quinzaine de centimètres. « Je l’ai gardé, au cas où il me viendrait l’idée de pêcher le silure. »
Une idée qui se précise assez rapidement : le gardon est placé sur un gros hameçon à tête plombée et envoyé au fond.
Avec une autre canne, le jeune homme entreprend de pêcher au leurre. Il est vite interrompu par une touche, et celui qui est à l’autre bout de la ligne manque d’emmener le matériel.
« Je n’ai pas eu le temps de ferrer, mais c’était un silure »
, assure sans hésiter Julien. Il sauve son équipement et comme le gardon, bien que certainement choqué par l’attaque, est indemne, il retente sa chance au fond. Il n’attendra pas longtemps.
« Une vingtaine de minutes plus tard, nouvelle touche et cette fois-ci, j’ai eu le temps de ferrer »
, décrit Julien. Ce qui a mordu est du genre costaud. Très costaud même.
« C’était lui le maître »
« Impossible de remonter ce poisson, qui s’est alors mis à faire ce qu’il voulait de moi. Il m’a fait visiter tous les coins du secteur »
, poursuit le pêcheur.
« Pendant une quinzaine de minutes, il m’a promené. Il prenait du fil en restant au fond. Ça tirait tellement fort qu’on a pris de la vitesse. Je le ressentais et j’entendais le bruit des petites vaguelettes provoquées par le déplacement de mon float tube sur la surface. C’était lui le maître. Je ne pouvais rien faire. Et je peux vous dire que ça fait une drôle d’impression. »
Sur le bord, la scène ne passe pas inaperçue. Ce 30 octobre, c’est jour de marché et il y a du monde sur la place. « Je me demandais quand ça allait s’arrêter »
, poursuit Julien, scruté par des badauds interloqués.
Finalement, et parce que ce silure, tout surpuissant qu’il soit, n’est pas non plus surhumain, les choses se tassent. « J’ai fini par le fatiguer et je l’ai vu remonter. »
« Plus lourd que moi »
La masse qui apparaît proche de la surface est impressionnante. Mais tout est loin d’être réglé. « Je me suis demandé comment j’allais le prendre. Comme je n’avais pas de gants, impensable de l’attraper par la gueule. Et puis, comme il était plus lourd que moi, j’aurais pris des risques. »
Alors, Julien opte pour la douceur : « Je savais qu’il y avait des cales de mise à l’eau, donc je me suis dirigé vers l’une d’elles et j’ai réussi à la hisser sur le bord. »
Un témoin de la scène vient prêter main-forte : « Il m’a aidé à le mesurer et à faire des photos. »
Verdict : 2,05 mètres et un poids estimé entre 60 et 70 kg. « Plus lourd que moi puisque j’en fais 55 »
, s’amuse le jeune pêcheur. « J’ai ensuite remis ce silure à l’eau. Je suis 100 % no kill. »
Chacun des deux protagonistes de cette scène insolite a repris sa route. S’il n’est pas certain que le silure se souvienne de cet épisode hors du commun, Julien, lui, ne l’oubliera pas de sitôt.
« Le silure n’est pas néfaste »
Le silure n’a pas que des amis. Ses détracteurs lui trouvent tous les défauts du monde. Mais sur quelles bases ? Le point avec Cyril Lombardot, technicien à la fédération de pêche de la Sarthe.
De toute évidence, son aspect ne l’aide pas. Une grosse bouche, des barbillons, de tout petits yeux, une couleur sombre. Et puis il y a sa taille. Impressionnante pour les plus gros sujets. Alors, on a eu vite fait d’en faire une sorte de monstre du Loch Ness. Un ogre insatiable qui dévorerait tout ce qu’il peut dans les rivières.
Poissons, canards, voire plus. « Et pourtant, on est bien loin de tout cela »
, assure Cyril Lombardot. Pour étayer son propos, le technicien se base sur des études encore peu nombreuses mais qui balaient les rumeurs les plus folles.
Une population qui s’autorégule
« Contrairement à ce qui a pu être dit au sujet de ce poisson, son arrivée n’a pas bouleversé nos rivières. Il ne dévore pas tout sur son passage. »
Par ailleurs, maintenant bien implanté il s’autorégule.
« Cette espèce est cannibale. Les gros sujets jouant ce rôle d’autorégulation, ce qui évite une prolifération de l’espèce. »
D’où ce conseil aux pêcheurs : « Il est préférable de remettre à l’eau les spécimens les plus imposants afin qu’ils puissent jouer ce rôle. »
Arrivé dans les eaux de l’ouest de la France il y a maintenant plusieurs années, « le silure est désormais bien implanté dans nos régions »
, poursuit Cyril Lombardot. Mais son apparition a fait polémique : il a eu de nombreux détracteurs, « dont le nombre semble cependant diminuer de façon assez nette »
.
« Des rumeurs »
Au contraire, ce poisson XXL trouverait de plus en plus de défenseurs, notamment auprès de ceux qui sont adeptes de la pêche sportive. « Un poisson de deux mètres au bout de la ligne, c’est une sacrée montée d’adrénaline »
, fait remarquer le technicien de la fédération.
Autre atout de ce silure, du moins pour ceux dont la taille est raisonnable : sa chair est appréciée des gourmets. « Arrêtons les rumeurs sans fondement au sujet de cette espèce.
Il est temps d’en finir avec les discussions stériles et de laisser place à la science pour connaître réellement la dynamique des populations de silure et les mœurs de ce poisson. »
Nicolas FERNAND