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Sarthe. Armand de Malherbe, de la résistance à la vigne du Loir... |
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Armand de Malherbe. © Archives Ouest-France
Nécrologie – 40 ans maire de Marçon, soldat, promoteur des vins de Loir, homme d’affaires, il a cultivé une vertu rare : il n’a jamais laissé tomber sa terre.
Armand de Malherbe est décédé ce vendredi 31 mai 2019. Il aura profondément marqué la Sarthe au cours d’une existence suractive, commencée dans la souffrance : à 7 ans, il perd son père, en 1932.
Tout au long des 93 ans de sa vie, il va rester d’une fidélité exemplaire à sa terre, avec ce profil distingué de gentleman-farmer. Aristocrate, centriste, il a été « pacificateur de la droite », confie l’ex-sénateur Roland du Luart. « C’était un homme qui allait au fond des choses ».
Au nez des nazis
Armand de Malherbe, c’est ce « jeunot » de 19 ans qui va faire fuir au nez et à la barbe des soldats SS en août 1944 un sociologue juif, Didier Lazard, caché dans le château de famille. Déguisé en jardinier, le duo s’éclipse in extremis alors que les soldats viennent demander l’hospitalité au château. Sa mère Dolorès recevra à titre posthume la médaille des justes du Mémorial Yas-Vashem.
Armand combattra le nazisme au risque de sa vie, armes à la main : il rejoint la 3e armée US, dans les rangs de la 2e DB, fêtera ses 20 ans durant la campagne d’Allemagne.
Les pieds dans la vigne
« Armand de Malherbe voulait relancer les Coteaux du Loir. Il a fait embaucher par le conseil général de la Sarthe un œnologue pour apprendre aux viticulteurs le métier à une époque où les vignes périclitaient, raconte l’ex-sénateur Roland du Luart. Nous étions un peu sceptiques. Mais il a fait en sorte que le Jasnières et le vin rouge des coteaux du Loir retrouvent prospérité et renommée. »
Le sénateur Louis-Jean de Nicolaÿ ajoute que « nous lui devons beaucoup pour le développement et la notoriété nationale et internationale du Jasnières. Les viticulteurs de la région pourront en attester, Armand de Malherbe a défendu avec ferveur le coteau du Loir notamment avec le département en son soutien au laboratoire de Château-du-Loir ».
Plus mon petit Liré…
Pour paraphraser le poète du Bellay, Armand de Malherbe se donne à fond pour sa terre et son clocher. Il aime les gens d’ici, en vrai, pas sur Facebook ou autres réseaux sociaux. Il ne va pas caracoler dans les Palais parisiens : il sera maire de Marçon pendant 45 ans et conseiller départemental du canton de La Chartre-sur-le-Loir pendant 18 ans de 1986-2004.
L’élu local ne reste pas les mains dans les poches. « Il nous demandera de soutenir son projet de base nautique de Marçon. Il se battra pour les anciens du canton », explique Roland du Luart. Ce que confirme Louis-Jean de Nicolaÿ : « Il a également été un fervent défenseur de la prise en charge des personnes âgées avec son soutien à la création de nombreuses maisons de retraite sur son territoire ».
Le boss écolo
Connu comme un homme d’affaires de talent, il présidera aussi le comité d’expansion de la Sarthe. Inspiré par les méthodes des Anglo-Saxons, lorsque sera lancée la zone industrielle de La Ferté-Bernard, il en fera une zone paysagère, pionnière à l’époque en France, avec un succès immédiat.
Précurseur et surtout entrepreneur, ses descendants ont pris le chemin de ce Sarthois d’exception. Sa petite-fille, Apolline est journaliste politique sur BFMtv, et son fils Guy, peintre de renom, a repris avec courage le château de Poncé-sur-le-Loir. Toujours la même trempe : celui de la terre du Loir, qui mérite ce combat pour la Sarthe des « oubliés de la République ».