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Sarthe. À 93 ans, « le doyen des vignerons » veille sur les vendanges... |
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Jean Lhermitte est le doyen des vignerons en Sarthe. À 93 ans, il veille encore et toujours sur les vendanges. © Photo Le Maine Libre – DENIS LAMBERT
À 93 ans, Jean Lhermitte est « le doyen des vignerons ». Toujours bon pied, bon œil, il veille, comme un sage, sur les vendanges qui viennent de débuter dans le sud-Sarthe.
La canne à la main, Jean cherche l’ombre. Il est à peine plus de 9 heures ce mercredi 9 septembre 2020 dans le sud-Sarthe et déjà , le soleil chauffe. Du côté de la Gidonnière, entre jasnières et coteaux-du-Loir, les premières parcelles de blanc sont vendangées.
Assis dans le coffre d’une camionnette dont les portes sont ouvertes, Jean Lhermitte veille au grain. À 93 ans, Jean est le doyen des vignerons
, assure François Fresneau, un autre vigneron pas encore tout à fait à la retraite. Voisins de parcelles, les deux hommes se connaissent, s’apprécient, échangent quelques plaisanteries.
D’un côté, la machine à vendanger de la famille Fresneau (16,5 hectares de vignes en production) trace avec rapidité et précision dans les rangs. De l’autre, les petites mains de la famille Lhermitte (1,2 hectare) taille, une à une, les grappes au sécateur.
Les deux familles partagent l’amour du terroir, du travail bien fait… et de la convivialité.
Le fameux casse-croûte de 9 h 30
Même s’il ne s’affaire plus dans les rangs, Jean Lhermitte ne raterait pour rien au monde les vendanges.J’ai apporté le casse-croûte
, dit-il. C’est son rôle désormais.
Fromages, rillettes, chocolat… pour la pause de 9 h 30. Les vendangeurs – des amis et de la famille – s’amassent autour d’une petite table drapée d’une nappe.
Là , au pied des vignes, on ouvre les premières bouteilles de jasnières. Et même un pineau d’Aunis, qui se marie à merveille avec le chocolat noir
. L’instant est festif… et sans honte. Les vendangeurs sont à l’œuvre depuis 8 heures et on ne va pas manger avant 13 heures, au moins…
, explique Jean Lhermitte.
Le casse-croûte, c’est la tradition. Mieux : c’est indispensable pour reprendre des forces.
Amandine, chef d’orchestre des vendanges
Chez les Lhermitte, les vendanges durent, au maximum, quatre ou cinq jours. On a commencé mardi avec le jasnières. Aujourd’hui (mercredi, N.D.L.R.), nous sommes dans les coteaux-du-Loir.
Les deux parcelles pourtant se touchent.
L’une est sur la pente, exposée sud, avec un sol en silex, c’est le jasnières. L’autre est sur le plateau, son sol est plus calcaire, c’est le coteaux-du-Loir
, explique François Fresneau, dont la connaissance du vignoble sarthois n’est plus à prouver.
Le vigneron est désormais à la retraite mais il aime être présent auprès de sa fille Amandine et de son fils Xavier, qui ont pris la relève en 2013.
Toute menue, Amandine est désormais l’œnologue du Domaine de Cézin, situé à Marçon, et la chef d’orchestre des vendanges. Papa, j’aimerais bien qu’on arrive avant la benne…
La jeune femme presse le pas de son père, invité à partager le casse-croûte des vendangeurs à la main.
C’est que la vigneronne entend bien être présente quand les premiers grains de chenin iront rejoindre le pressoir. Le tracteur est déjà en route… Il est temps de partir.
Renouer avec un blanc sec
Cette année, Amandine Fresneau ambitionne de renouer avec un blanc sec. Pour moi
, dit-elle,un jasnières, c’est sec. C’est un vin de repas.
Mais, avec les températures élevées, ça monte très rapidement dans les sucres
. Jasnières et coteaux-du-Loir deviennent plus moelleux.
La jeune vigneronne souhaite, de son côté, garder l’acidité et la spécificité des crus sarthois. C’est l’un de ses défis pour ce millésime en devenir. Les vendanges, qui devraient s’étaler jusqu’à fin septembre-début octobre, sont une période à la fois stressante et excitante.
Ça réveille parfois la nuit
, confie Amandine, tandis que le doyen des vignerons retrouve sa place à l’ombre de la camionnette.
Une bonne année
Amandine Fresneau refuse de parler d’année exceptionnelle, même si cette année 2020 sera sans doute, avec 2018, une des meilleures depuis qu’elle a repris l’exploitation familiale avec son frère. Grêle et sécheresse n’ont pas épargné les jeunes vignerons depuis 2013.
On va sur une récolte classique en termes de quantité
, estime Amandine Fresneau. Certes, les pieds sont bien fournis mais les raisins ont souffert d’un manque d’eau. Les baies sont peu épaisses
, montre-t-elle, et celles situées du côté du soleil couchant ont littéralement été brûlées lors de la période caniculaire. La vigneronne estime la perte à environ 10 %.
Du côté de la qualité, rien à redire. L’état sanitaire des vignes est excellent et le botrytis (pourriture noble) est déjà présent. Tout se jouera ensuite en cave, à l’abri des regards indiscrets… pour une dégustation qui n’aura pas lieu avant le printemps 2021.