Accueil Info En France et dans le Monde Samuel Paty : du cours sur la liberté d’expression à son assassinat, récit de onze jours d’engrenage

Samuel Paty : du cours sur la liberté d’expression à son assassinat, récit de onze jours d’engrenage

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photo  hommage à samuel paty lors d’une marche blanche à conflans-sainte-honorine (yvelines), le 20 octobre 2020.  ©  afp 2

Hommage à Samuel Paty lors d’une marche blanche à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 20 octobre 2020. © AFP

Le professeur d’histoire-géographie a été poignardé et décapité à la sortie de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 16 octobre 2020. Dix jours après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à sa classe et une campagne de haine née d’un mensonge. Le procès de huit impliqués s’ouvre lundi.

Onze jours après son premier cours sur la liberté d’expression, Samuel Paty a été assassiné par un jeune islamiste radicalisé le vendredi 16 octobre 2020, alors qu’il regagnait son domicile à pied. L’enquête a retracé la succession des événements qui a mené à la mort du professeur d’histoire-géographie, depuis le mensonge d’une collégienne, répété et médiatisé sur les réseaux sociaux par des adultes peu scrupuleux, jusqu’au piège qui va se refermer sur l’enseignant. Retour sur un engrenage glaçant, qui sera examiné par la cour d’assises spéciale à compter du lundi 4 novembre : elle va juger huit majeurs, dont deux amis de l’assaillant qui répondront de complicité d’assassinat terroriste, pour l’avoir accompagné acheter un couteau ou l’avoir véhiculé jusqu’au collège. Six autres sont poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste.

Lundi 5 octobre : un exercice de réflexion sur la liberté d’expression

photo le collège du bois-d’aulne, à conflans-sainte-honorine, où enseignait samuel paty.  ©  henrique campos / hans lucas via afp

Le collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, où enseignait Samuel Paty. HENRIQUE CAMPOS / Hans Lucas via AFP

Le professeur d’histoire-géographie, Samuel Paty, 47 ans, aborde la liberté d’expression dans le cadre du cours d’éducation morale et civique, devant ses élèves de 4e, au collège du Bois-d’Aulne, établissement tranquille de 750 élèves à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Lors d’un exercice de réflexion, « Être Charlie » ou « Ne pas être Charlie », il présente des arguments dans un tableau : « La liberté de la presse est un droit de l’homme » ou « Charlie Hebdo n’est pas respectueux envers la religion ».

Le professeur prévient aussi qu’il va montrer des caricatures de Mahomet, proposant à tous les élèves qui « pourraient être choqués », de « sortir », sinon de « fermer les yeux ». Cinq ou six choisissent de quitter la salle deux minutes, « sans tension ni vexation », selon l’assistante de vie scolaire qui les a accompagnés.

Mardi 6 octobre : le mensonge de l’élève absente

Le lendemain matin, note le rapport d’enquête, une mère de famille téléphone au collège pour se plaindre que sa fille s’est sentie discriminée parce que musulmane. Samuel Paty la rappelle pour lui expliquer qu’il a simplement proposé à ceux qui pourraient être choqués de sortir. Et présente ses excuses, parlant d’une « maladresse », si jamais ses propos avaient heurté la collégienne. « Je lui ai répondu qu’il était tout excusé », indique la mère de famille. La situation semble apaisée.

Le midi, il reproduit son cours avec une autre classe de 4e. En l’absence d’une auxiliaire de vie, il propose cette fois aux élèves qui pourraient être choqués de détourner le regard. C’est sur cette deuxième leçon que va naître la polémique, quand une élève, pourtant absente au motif de « maladie sans certificat médical », va propager un mensonge : disant notamment que l’enseignant avait « demandé aux élèves de confession musulmane de s’identifier » puis de « sortir ». Et qu’elle avait été exclue pour lui avoir dit qu’il « ne devait pas montrer cela »

Mercredi 7 octobre : le mensonge relayé sur les réseaux sociaux

C’est en fait l’excuse qu’elle donne le mercredi 7 octobre à ses parents après avoir appris qu’elle était exclue deux jours du collège pour des problèmes de discipline, sans lien avec Samuel Paty ou son absence de la veille. Or le soir même, son père envoie des messages WhatsApp à ses contacts et cible sur Facebook Samuel Paty et l’établissement. Relayant le mensonge de sa fille, il invite ses contacts à écrire pour « virer ce malade, ce professeur d’histoire-géographie ». Il communique alors son téléphone, ainsi que l’adresse du collège et le nom de Samuel Paty, avant de les retirer dans la nuit.

Jeudi 8 octobre : Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui se rendent au collège

Ce jour-là, la mère de la collégienne débarque « furieuse » au collège, dès 8 h 30, exprimant son mécontentement que le professeur ait montré un dessin du prophète nu. Son père vient à son tour en fin de matinée réclamer des explications. Il est accompagné d’Abdelhakim Sefrioui, qui a réagi à ses messages la veille. Il se présente à la principale du collège comme un représentant des Imams de France. L’homme est en réalité un militant islamiste, fiché S par les renseignements.

La principale comprend vite qu’aucun « dialogue n’était possible ». Qualifiant Samuel Paty de « voyou », ils exigent son « exclusion ». Et menacent, selon la principale, d’une manifestation devant le collège. Dans l’après-midi, elle envoie un mail au professeur pour l’informer de l’aggravation de la situation. Il lui répond vers 20 h qu’il trouvait cela d’autant plus « affligeant » que la fille de Brahim Chnina n’avait pas assisté au cours.

Entre-temps, le parent d’élève renvoie sur WhatsApp une vidéo « Touche pas à mes enfants » dans laquelle il traite le professeur de « voyou » qui « ne devait plus rester dans l’Éducation nationale ». Il va ensuite avec sa fille porter plainte au commissariat de Conflans-Sainte-Honorine pour « diffusion d’image pornographique à un mineur ». La jeune fille réitère son mensonge devant les policiers.

Vendredi 9 octobre : les rumeurs circulent, l’affaire s’emballe

Les rumeurs circulent, le collège reçoit des menaces, l’affaire s’emballe. Le référent laïcité de l’académie de Versailles se rend au collège pour un entretien avec l’enseignant. Des parents d’élèves sont reçus, mais pas Brahim Chnina, qui tente de s’inviter à la réunion. En fin d’après-midi, il est contacté pour la première fois par Adboullakh Anzorov, Russe d’origine Tchétchène radicalisé de 18 ans, vivant à Évreux, qui a vu sa vidéo. Les deux seront en contact à neuf reprises jusqu’au 13 octobre. La principale, elle, écrit un message aux familles et aux enseignants pour apaiser les tensions. Elle exprime son soutien à Samuel Paty, dont elle souligne l’intention de « protéger ses élèves ».

Samedi 10 et dimanche 11 octobre : un enseignant sous pression

La salle des professeurs se montre divisée, deux enseignants désapprouvent les méthodes de Samuel Paty, qui leur répond. Dans le même temps, l’une des vidéos de Brahim Chnina devient virale. Abdelhakim Sefrioui en diffuse une autre intitulée « L’islam et le prophète insultés dans un collège public, le vrai séparatisme », qui met en scène la famille Chnina. Le militant islamiste qualifie encore Samuel Paty de « voyou ».

L’enseignant écrit le dimanche soir à ses collègues, reprenant longuement la façon dont il avait fait son cours, les événements qui s’en étaient suivis et la façon dont ils avaient été traités. Il terminait en faisant part des menaces dont il a fait l’objet ainsi que le collège « par les islamistes locaux ».

Lundi 12 octobre : Samuel Paty porte plainte pour diffamation

Des professeurs du collège s’inquiètent et la principale décide d’organiser une assemblée générale avec l’inspection d’académie le soir même. Avant cette réunion, Samuel Paty est convoqué au commissariat pour répondre de la plainte déposée par Brahim Chnina. Il dénonce le « mensonge » de la collégienne, affirmant avoir proposé à tous les élèves de détourner le regard afin de « ne pas les froisser et de respecter toutes les sensibilités. » Puis dépose plainte alors à son tour pour diffamation publique.

À l’issue de l’assemblée générale avec l’équipe de l’établissement, il a demandé à un collègue de le ramener chez lui à Éragny-sur-Oise, à deux kilomètres, se montrant stressé. À partir de ce moment, les enseignants l’accompagnaient les jours suivants sur le chemin séparant son domicile au collège, matin et soir. Selon eux, il se sentait menacé. Outre un masque sanitaire, il portait une écharpe, des lunettes de soleil et un bonnet pour qu’on ne puisse pas le reconnaître et avait un marteau dans son sac.

Le jeudi 15 octobre, Samuel Paty indique à une collègue que ce n’est pas « la grande forme », mais qu’il espère un « apaisement » avec les vacances débutant le lendemain.

Vendredi 16 octobre : assassiné et décapité en rentrant chez lui

Ce jour-là, Samuel Paty, qui avait paru « préoccupé » selon des témoins, quitte l’établissement vers 16 h 50. Il avait demandé à un collègue de le raccompagner, mais ça ne collait pas avec son emploi du temps. Il met alors sa capuche et ses écouteurs et prend la direction de son domicile, situé à 11 minutes à pied. Mais Abdoullakh Anzorov, obsédé par la polémique, le suit. Il l’avait pris pour cible depuis plusieurs jours, ayant acheté la veille un couteau avec deux amis, dont l’un l’a véhiculé d’Évreux jusqu’à Conflans-Sainte-Honorine.

Arrivé sur place, le terroriste avait demandé à des collégiens, contre de l’argent, de lui désigner l’enseignant, qu’il va agresser non loin du collège, rue du Buisson-Moineau, à Éragny-sur-Oise. Anzorov le poignarde et le décapite, avant de publier sur son compte Twitter une photo avec ce texte : « A marcon (sic), le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Mohammed ». Il est abattu peu après par une patrouille de police qu’il a menacée avec son arme.

 
Philippe MIRKOVIC.    Ouest-France  

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