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Saint-Denis-d’Orques. Les hérissons malades et blessés ont leur refuge... |
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Saint-Denis-d’Orques. Les hérissons malades et blessés ont leur refuge
L’association Erinaceus France recueille les hérissons malades ou blessés, les soigne dans un centre de soins basé à Saint-Denis-d’Orques avant de les relâcher dans la nature.
Manuel de Aguirre est le président de l’association Erinaceus (nom scientifique du hérisson) France. Avec les quatre autres membres de l’association – Mehdi Hakimi, vice-président et vétérinaire à Vaiges (Mayenne), Anne-Françoise Moreau, secrétaire générale et vétérinaire à Vaiges, Antonio Damieta secrétaire et Sophie Brasseur, trésorière -, Manuel de Aguirre est devenu l’ange gardien des hérissons.
« On apprend au fur et à mesure »
Ce dernier a obtenu de la Direction départementale de la protection des populations l’autorisation d’ouverture d’un centre de soins fin décembre 2018 à Saint-Denis-d’Orques. Autorisation obligatoire car le hérisson est un animal sauvage et une espèce protégée. « Depuis le début de l’année 2019, nous avons recueilli 25 individus. Certains ont pu être relâchés dans la nature. D’autres, trop mal en point, ont dû être euthanasiés », explique le président d’Erinaceus.
« Manuel nous apporte les hérissons, blessés ou malades, et on voit ce que l’on peut faire. Avec Mehdi, nous étions plus habitués à soigner chiens, chats et animaux de la ferme ! On apprend au fur et à mesure. Manuel nous conseille car il est devenu un expert du hérisson », sourit le Dr Anne-Françoise Moreau. Ce jour-là, la vétérinaire soigne deux femelles, Edmée et Ginette, l’une pour des vers pulmonaires, maladie fréquente et très contagieuse chez le hérisson, l’autre pour une chute de piquants, due a priori à un champignon. Les deux hérissons vont pouvoir se refaire une santé au centre de soins de Saint-Denis-d’Orques où box individuels, couveuses, balances et autres matériels vétérinaires ont été installés pour prendre soin des petits mammifères.
Un hérisson dans la gueule du chien
Cet intérêt pour les hérissons est né un soir de 2014. « Je dînais chez Sophie, amie de longue date. Son chien est alors arrivé avec un hérisson dans la gueule. Nous avons décidé de le secourir et de le soigner », raconte Manuel de Aguirre. Il commence alors à s’intéresser à ce mammifère. « Il y a peu de littérature scientifique en français sur le hérisson. En revanche les naturalistes anglais et allemands ont beaucoup écrit sur ce mammifère ». Lire l’anglais et l’allemand ne gêne guère cet ancien ingénieur dans le secteur industriel, qui voyagea beaucoup durant son activité professionnelle.
« Plus on découvre cet animal, plus il est captivant. Ses ancêtres remontent à 60 millions d’années. Il y a quinze millions d’années, il était tel qu’il est aujourd’hui. Il y a encore beaucoup à découvrir sur le hérisson, certains de ses comportements demeurent mystérieux ». Pourquoi lubrifie-t-il ses piquants avec une salive blanche et épaisse après avoir reniflé certaines odeurs ? Pourquoi parfois se déplace-t-il en cercle dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ? Le hérisson a encore ses secrets.
Pour obtenir son certificat de capacité pour accueillir et soigner des hérissons, Manuel a beaucoup potassé, méthodiquement. À présent spécialisé dans le hérisson d’Europe, il compte à présent étendre ses connaissances aux 15 autres espèces qui peuplent le monde. Le petit mammifère a piqué sa curiosité…
Un solitaire
Ce charmant mammifère n’est pas un animal de compagnie. « Il ne s’apprivoise pas car ne voit pas l’homme comme un partenaire. Quand le hérisson se met en boule et montre ses piquants : il n’a pas peur. Il veut qu’on lui fiche la paix ! » Le hérisson n’est pas sociable. Hormis la période reproduction, les individus s’évitent soigneusement. Les femelles peuvent même se montrer agressives entre elles.
Le partenaire du jardinier
Le hérisson est classé comme mammifère insectivore mais en réalité il a une alimentation de type omnivore, avec une forte prédominance des aliments d’origine animale. C’est un partenaire du jardinier car il est très friand de limaces et escargots.
Des conseils pour lui faciliter la vie
« Il ne faut éviter de nourrir un hérisson. Quand on lui met régulièrement à manger dans le jardin, on le déshabitue à chercher sa nourriture seul. Il devient dépendant de l’homme. Cela peut avoir également une incidence sur les comportements sociaux entre individus », souligne Manuel de Aguirre. En revanche, on peut mettre une ou deux gamelles d’eau afin qu’il boive. « C’est plus compliqué pour le hérisson de trouver à boire que trouver à manger. Beaucoup sont déshydratés en période de sécheresse ».
Il ne faut pas chercher à enfermer un hérisson dans son jardin car il a besoin d’espace (lire par ailleurs). Au contraire, faire en sorte d’aménager des passages afin que le hérisson navigue d’un jardin à l’autre. Toutefois, laisser des branchages et des tas de feuilles mortes dans son jardin permet à l’animal de se cacher et de dormir durant la journée car il est nocturne, et d’hiberner.
Le saviez-vous ?
Il est strictement interdit de transporter un hérisson : on s’expose alors à 15 000 euros d’amende et à un an d’emprisonnement. Si vous trouvez un hérisson blessé ou avec un comportement anormal, appeler le centre de soin de Saint-Denis-d’Orques avant de l’y conduire. Ainsi déclaré, le déplacement est acouvert par l’association
Un hérisson peut parcourir 3 à 4 km en une nuit. Le territoire d’un mâle peut couvrir 12 hectares.
Les piquants du hérisson sont constitués de kératine, comme nos cheveux.
Dans le milieu naturel, un hérisson qui atteint l’âge de 5 ans est considéré comme vieux. En captivité, il peut atteindre 10 ans voire plus. Certains ont atteint l’âge de 14 ans.
L’espèce est en déclin (une de plus !). Le taux de mortalité des jeunes est très important. Sur 1000 hérissons, 252 sont toujours en vie au bout de deux ans.
Les principales causes de mortalité sont : les routes, les pesticides (le tue-limace notamment), les parasites. « Beaucoup de hérissons sont également mortellement blessés par les tondeuses, débroussailleuses », souligne Manuel de Aguirre.
Pratique
Association Erinaceus, centre de soins de Saint-Denis-d’Orques : 06 60 32 32 23.