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Sablé-sur-Sarthe. Quand le château de Sablé était une usine de chicorée... |
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Sablé-sur-Sarthe. Quand le château de Sablé était une usine de chicorée
Cet été, nous vous racontons dans notre série l’histoire des lieux emblématiques du territoire. Aujourd’hui, on vous parle du château de Sablé, qui a abrité la chicorée Williot.
Pendant 50 ans, le château de Sablé a accueilli une usine de fabrication de chicorée. Deux Saboliens, Robert Lemoine et Fernand Mauboussin, ont travaillé ensemble à la Chicorée Williot. Plus d’un demi-siècle après, ils se souviennent.
« On travaillait de 55 à 70 heures par semaine »
Robert Lemoine, 82 ans, et Fernand Mauboussin, 79 ans, ont été embauchés la même année, en 1963. Ils y ont travaillé jusqu’à la fermeture de la fabrique de chicorée. Certains documents évoquent l’arrêt de la production en 1962, mais les deux anciens employés sont affirmatifs : « La fermeture définitive a eu lieu le 31 octobre 1968, un an après que la société Leroux ne rachète l’affaire. »
Robert, l’homme à tout faire
Robert se rappelle comme si c’était hier de son arrivée au château. « Quand je suis arrivé là-dedans, je serai bien reparti aussitôt. Le parc des machines était ancien et il y avait des toiles d’araignées partout » se souvient l’octogénaire. Affecté à l’entretien, il avait en charge la maintenance du matériel.
Pas une mince affaire. « Il fallait être partout, et polyvalent : mécanique, électricité. Il fallait même aller tripoter dans le transformateur. C’était mon angoisse, surtout que quelqu’un avait été électrocuté dedans. »
Robert était un peu l’homme à tout faire de l’usine, souvent avec peu de moyens, « comme réparer la girouette de la chapelle avec un boulet en verre de gamin. J’avais la trouille là-haut » rigole-t-il, 50 ans plus tard. « Et je crois qu’il y est toujours. » Il a souvent rendu des services à la famille Williot, « réparer les fuites d’eau chez la patronne, tondre la pelouse du parc du château, ou encore réparer les moulinets de Michel Williot, le directeur, qui était grand amateur de pêche en mer ».
Fernand, le chauffeur
Quant à Fernand Mauboussin, c’est un an après son retour de l’armée qu’il intègre la société. « La première année, j’ai travaillé à la boudineuse. Un travail de nuit. Des nuits de onze heures. » Les racines de chicorée, cultivées essentiellement dans le nord de la France, étaient préalablement séchées et divisées en petits cubes allongés, les cossettes, avant d’être livrées à l’usine de Sablé.
« Stockées dans un hangar, près des écuries du château, ces cossettes partaient ensuite à la torréfaction, avant de passer à la boudineuse. » Dernière étape avant la mise en sachet, le broyage, « un travail réalisé par les femmes ».
Au bout d’un an, Fernand devient chauffeur. « Avec mon camion, j’allais chercher les cossettes qui arrivaient par wagons à la gare de Sablé, mais aussi à Cuon dans le Maine-et-Loire, chez des agriculteurs qui cultivaient ces racines de chicorée » se souvient-il. Il était également chargé de la livraison des paquets de chicorée chez les grossistes ou les commerçants, « avec parfois des manœuvres difficiles, avec ce vieux camion sans direction assistée ». Une autre époque.
De bons souvenirs
Même si le travail était rude, « on travaillait 55 heures par semaine, et parfois jusqu’à 70 quand j’étais chauffeur » ,
Fernand et son ami Robert gardent de bons souvenirs de cette époque. « Nous étions jeunes. » En déambulant dans le parc du château, les souvenirs reviennent à la surface.
« Il y avait une bonne entente entre les employés. On fêtait les anniversaires et les fêtes au café de la place du Champ-de-Foire. Et parfois ça se prolongeait » rigolent les deux retraités. Quelques anecdotes savoureuses ressurgissent : le compagnon qui, après une journée un peu trop arrosée, s’endormait sur les sacs, ou d’autres un peu moins avouables comme celle « du Père-la-chique qui envoyait sa chique dans les bacs de cossettes ». C’était il y a plus de 50 ans, il y a donc prescription.
Retrouvez le premier volet de notre série, sur l’histoire des Tourettes à Parcé-sur-Sarthe, sur le site internet du Maine Libre