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Rezé. La charge des policiers qui choque profs et lycéens... |
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Une dizaine de policiers sont intervenus de manière musclée, jeudi matin, devant le lycée Jean-Perrin. © DR
Jeudi 22 mars, les policiers ont délogé, matraque à la main, les lycéens massés devant Jean-Perrin. Les jeunes sont choqués, les profs aussi. Une lettre de protestation a été adressée à la proviseure.
Jeudi 22 mars peu avant 8 h, devant le lycée Jean-Perrin. Avant de se rendre à la manifestation prévue dans les rues de Nantes, environ deux cents élèves tentent de bloquer l’accès à l’établissement, afin de protester contre les réformes étudiantes envisagées par le gouvernement. Sans faire l’unanimité, c’est logique, certains élèves voulant se rendre en cours.
La suite, c’est un professeur de français qui la raconte. « Trois véhicules de police ont surgi, une dizaine d’hommes casqués et armés de matraques se sont postés sur le trottoir d’en face, l’un armé d’un flash-ball. L’inquiétude est montée d’un coup. Pourquoi un tel déploiement de forces ? Alors qu’il n’y a eu ni dégradations, ni feu, ni violence, ni heurts, absolument rien d’inquiétant ! »

« Sans sommation »
Un ancien élève de Jean-Perrin, aujourd’hui étudiant, venu « motiver » les lycéens pour qu’ils fassent grève, aurait-il fait de la provocation envers les policiers ? Interpellé jeudi matin, il a été relâché dans l’après-midi.
Toujours est-il que, quelques minutes plus tard, les CRS vont traverser la rue du Château-de-Rezé et charger les lycéens. « Sans la moindre sommation, sans la moindre explication, et sans la moindre discussion entre nous et la direction du lycée, qui n’est jamais venu dialoguer avec les bloqueurs », affirme le collectif de lycéens qui s’est créé depuis cette échauffourée.
Aucune plainte déposée
Le même professeur, présent au lycée depuis une trentaine d’années, témoigne. « C’était la stupéfaction. Dans l’assaut aveugle, certains élèves sont brutalisés, lourdement bousculés, des coups sont portés, alors qu’ils étaient pour la plupart juste postés sur le trottoir à attendre. Cet assaut a été mené sans un mot, sans une mise en garde préalable. C’est incompréhensible et indigne. »
Il n’y a pas eu de blessé grave, seulement quelques hématomes, quelques bleus. La grande majorité des élèves étant mineurs, on ignorait encore, lundi soir, si des parents envisageaient de porter plainte. « Aucune plainte n’a été déposée », nous répond le procureur de la République de Nantes.
Lettre à la proviseure
Les lycéens, eux, ont réagi en adressant une lettre à la proviseure, Jocelyne Harmand, lundi midi. « Sur place jeudi matin, la seule protection des mineurs fut uniquement assurée par des professeurs qui étaient présents pour apaiser les relations entre élèves et forces de l’ordre et prévenir les risques », accuse ce collectif.
« Durant notre scolarité, nous avons appris que les conflits doivent être réglés par la diplomatie, sans violence. Et appris ce qu’est la liberté d’expression. Nos libertés sont la pierre angulaire de notre citoyenneté. Comment expliquez-vous alors qu’on bafoue ces enseignements ? » Contactée à plusieurs reprises hier, Jocelyne Harmand ne nous a pas répondu.
Les professeurs des lycées Perrin et Goussier, eux aussi, réagissent. « Nous protestons contre l’intervention violente des policiers. Cette intimidation par la violence va à l’encontre de nos missions éducatives. » Les enseignants ont demandé que cette échauffourée soit inscrite à l’ordre du jour du conseil d’administration du 16 avril.