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REPORTAGE. Dans le quartier Oasis-Maroc, au Mans, « il y a toujours quelqu’un pour rendre service »... |
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Jean-Pierre Fournier, infographiste, réside depuis sept ans dans le quartier Oasis-Maroc, au sud du Mans (Sarthe). © Ouest-France
Cap vers le sud du Mans (Sarthe), pour découvrir le quartier Oasis-Maroc. Voisin du parc des expositions et du circuit des 24 Heures, cet espace s’est développé grâce à l’activité cheminote, dès le début du XXe siècle. Aujourd’hui, on y trouve de nombreux pavillons et une petite vie commerçante, autour de l’avenue Félix-Geneslay.
« Il fait bon vivre ici, c’est calme. On se croirait dans un petit village. » En arpentant la rue Jean-François où il réside, Jean-Pierre Fournier clame son amour pour le quartier Oasis-Maroc.
Cet infographiste, qui travaille à domicile, a mis le cap au sud du Mans (Sarthe) il y a sept ans. « On se connaît entre voisins. Quand on a besoin d’un service, il y a toujours quelqu’un pour le rendre », assure l’ancien administré de La Suze-sur-Sarthe.
« Jean-Pierre, c’est Monsieur photocopies »
« Tout le monde connaît Jean-Pierre, c’est Monsieur photocopies ! » lance Madeleine Bouvier. Tablier noué autour de la taille, cheveux impeccables et petites boucles d’oreilles apparentes, la Mancelle de 91 ans passe le balai devant sa porte. « La mémoire du quartier, c’est elle », lui rend hommage son voisin.
Avec son mari Fernand, aujourd’hui décédé, la nonagénaire a posé ses valises ici en 1956. Elle confectionnait des imperméables chez Zeldin, lui bossait à la SNCF comme de nombreux résidents. Un statut de cheminot qui a permis au couple d’accéder à la propriété. Prix de la maison ? 20 000 francs ! « À l’époque, on devait choisir entre le chauffage et le garage, rembobine l’ancienne couturière. On a pris le garage, même si nous n’avions pas de voiture. Nous avons passé notre permis à 42 ans ! »

Franck Ervé, patron de la boucherie-charcuterie Le Veau d’or, située avenue Félix-Geneslay, au Mans (Sarthe). Ouest-France
Les décennies ont passé et Madeleine n’a pas bougé. Toujours bon pied, bon œil. « J’aime bien mon quartier, je ne voudrais pas le quitter. Et puis, je suis encore valide. »
Un pôle commercial dynamique
La retraitée prend le bus pour rejoindre les commerces de l’avenue Félix-Geneslay, « avant de rentrer à pied ». Là , elle achète sa viande chez Franck Ervé, le boucher-charcutier. Cet enfant de la Cité des pins a repris l’affaire en liquidation judiciaire en juin 2012. Aujourd’hui, il emploie trois salariés. « L’avenue est très passagère, avec un petit pôle de commerces qui fonctionne bien, par rapport à d’autres endroits décimés. »

Le Café de la cité, avenue Félix-Geneslay au Mans (Sarthe), une adresse où les habitants du quartier Oasis-Maroc se retrouvent depuis des décennies. Ouest-France
De l’autre côté de l’avenue, Didier Liger sirote son demi, accoudé au zinc du Café de la cité. Cet habitant de Saint-Georges-du-Bois, qui a vécu 30 ans dans le quartier, a conservé ses « petites habitudes » au Mans. « Je viens quatre fois par semaine faire mon tiercé. Ça me permet de revoir les amis. J’aimais bien vivre ici. Le soir, on jouait à la pétanque entre voisins. »

Au Café de la cité, au Mans (Sarthe), Sergio aime profiter du « calme » de l’établissement, pour déguster son café et faire ses paris hippiques. Ouest-France
Et de rendre visite à « Martine », la patronne des lieux depuis huit ans. « On a pas mal de gens du quartier en semaine, et plus de passage le week-end », observe la tenancière, qui a perdu quelques habitués à cause du passe sanitaire.

Les habitants du quartier Oasis-Maroc peuvent profiter de la verdure du parc Robert-Manceau au Mans (Sarthe), pour se dégourdir les jambes. Ouest-France
Le passe sanitaire, pas besoin de le montrer pour flâner dans le parc Robert-Manceau. Jean-Pierre Fournier affectionne cet écrin de verdure jalonné de pins, prisé des boulistes. « Avec mon épouse, on y emmène souvent nos petites-filles. Elles jouent, on sort le goûter. Il y a tout ce qu’il faut ici, c’est agréable », certifie l’infographiste. Comme « dans un petit village », répète-t-il.
Oasis-Maroc, le quartier des cheminots

Un petit pont permettait d’accéder au stade du Maroc, pour enjamber la voie de chemin de fer, au Mans (Sarthe). Il est aujourd’hui fermé. Ouest-France
« Maroc : on dormait, on mangeait cheminot », titrait Ouest-France en 2013, en résumé d’une balade dans le quartier.
À la suite de la construction de la gare de triage en 1911, les ouvriers du rail ont commencé à poser leurs valises dans ces anciennes landes sableuses. C’est l’époque de l’urbanisation désordonnée et de « logements exigus, souvent insalubres », indiquait le docteur Delaunay en 1931, repris dans l’ouvrage De Pontlieue aux quartiers sud.

Dans le quartier Oasis-Maroc au Mans (Sarthe), on retrouve des figures résistantes et également cheminotes, comme Pierre Pavoine, fusillé à Fontevrault le 21 février 1942. Ouest-France
Certains se souviennent des chalets en bois Angelica. D’autres des pavillons construits par le bâtisseur Cristofoli et Borgia, qui ont poussé un peu partout dans les années 1950, notamment du côté Oasis. Des habitations accessibles, via la société Union et progrès, filiale de la SNCF, « réalisées avec des briques, récupérées sur les chantiers du chemin de fer ».
Ambiance paternaliste dans le quartier, où les cheminots pouvaient taper dans le ballon sur la pelouse du stade du Maroc, réservé pour eux. Ou aller faire leurs courses chez Économat, « probablement le premier supermarché du Mans », souligne Jean-Pierre Fournier. « Il y avait des produits de bonne qualité, avec des facilités de paiement », se remémore Madeleine Bouvier, installée dans le quartier depuis 1956.
Pourquoi Oasis-Maroc ?
Oasis-Maroc. Deux noms qui sentent bon le Maghreb, le désert et le soleil. Mais quel rapport avec le sud du Mans ?
Selon l’ouvrage de Pontlieue aux quartiers sud, un homme d’équipe de la gare du Mans se serait exclamé : « Oh, il est au diable, là -bas, au Maroc », en évoquant un wagon qui se trouvait à la gare de triage. A-t-il vu un point commun entre les landes sableuses et le paysage de l’ancienne colonie française ?
Pour Oasis, difficile de trouver une explication. « Il y a beaucoup de sources ici. Ça a peut-être un lien ? » s’interroge Madeleine Bouvier, mémoire du quartier.