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RÉCIT. Municipales 2026 au Mans : comment le maire Stéphane Le Foll a construit sa large victoire... |
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Stéphane Le Foll, maire du Mans (Sarthe), a remporté le second tour de l’élection municipale de mars 2026. © Ouest-France
Dimanche 22 mars 2026, Stéphane Le Foll, maire du Mans (Sarthe), a facilement remporté le second tour de l’élection municipale. Une victoire façonnée au terme d’une campagne maîtrisée, en dépit de quelques turbulences. Décryptage.
Pour que la ligne politique soit comprise, il faut rester constant, convaincu, cohérent.
Il est 20 h 10, ce dimanche 22 mars 2026. Le visage impassible, la voix forte et le ton déterminé, Stéphane Le Foll, maire PS du Mans (Sarthe), commente son large succès à l’élection municipale. Après avoir survolé le premier tour (43,59 %), le premier magistrat vient de plier le second en récoltant 50,06 % des suffrages exprimés, à l’issue d’une quadrangulaire inédite.
C’est le marqueur d’une victoire nette
, tranche le chef de file de la liste « Le Mans nous rassemble ». Ce résultat aux allures de plébiscite, malgré un fort taux d’abstention (51,79 %), est le fruit d’une campagne à la mécanique bien huilée. Avec pour objets sa chère boussole
pour garder le cap
, ainsi qu’une montre et un calendrier. Rien ne sert de courir, il faut arriver à temps sait bien Stéphane Le Foll, en homme politique avisé.
Le secret de polichinelle
Rembobinons. Alors que la plupart de ses adversaires sont déjà sortis du bois, l’ancien ministre de François Hollande rompt le silence quelques jours avant Noël. Un voile levé sur un secret de polichinelle en fin d’année. Une échéance qu’il avait annoncée. Je me suis laissé le temps de réfléchir, mais je pense aussi qu’avec tout ce qui a été fait lors du précédent mandat, il ne faut pas s’arrêter maintenant
, justifiait-il, ce mardi 16 décembre 2025.
La campagne peut alors officiellement démarrer pour l’élu socialiste, aux manettes de la Ville depuis 2019. Mais officieusement, l’élu labourait le terrain depuis un bon moment. Il suffisait de suivre sa grande silhouette, lors des nombreuses réunions de quartiers organisées au cours du mandat. Un exercice dans lequel l’intéressé, qui n’a pas peur de se frotter à des riverains mécontents, excelle. Et qui lui a sûrement permis d’engranger des points dans le cadre de sa réélection.
« Je dis ce que je fais… »
L’élu s’appuie aussi sur un bilan solide, avec des promesses de la campagne de 2020 globalement tenues. Je dis ce que je fais, et je fais ce que je dis
, répète Stéphane Le Foll, paraphrasant feu Lionel Jospin. Quitte à ce que ça ne plaise pas. L’illustration de l’accumulation des travaux, sur la fin de mandat, pour exemple. Le Mans, capitale du chantier électoral
, ironisait au cours de l’été Jean-Pierre Fabre, colistier d’Olivier Sasso, chef de file de « Le Mans, nouveau cap » (LR, UDI, Horizons).
Mais l’argument des travaux, pour faire tanguer le maire sortant, s’étiole au fur et à mesure des livraisons des différentes étapes du chantier Chronolignes. Le thème de la sécurité, dont se sont emparés la droite et le RN, n’est pas non plus suffisant pour faire vaciller l’édile. Il faut dire qu’à la mi-novembre, le préfet Sébastien Jallet, en présence de Stéphane Le Foll, présentait des tendances encourageantes et positives
sur la délinquance. Des statistiques que ne manquera pas de ressortir l’édile par la suite.
« C’est déjà joué, Le Foll va passer… »
Sur le terrain, il faut quand même convaincre. Défendre un bilan, présenter de nouveaux projets et surtout inciter les électeurs à se déplacer. Les premiers retours des porte-à-porte ne sont pas si évidents que ça. Beaucoup de gens nous disent que ça ne sert à rien d’aller voter, que c’est déjà joué car c’est Le Foll qui va passer. Il n’y a rien de pire que d’entendre ça. Tout le monde se rappelle de Jospin éliminé en 2002
, confiait à Ouest-France, début février, un proche adjoint au maire.
C’est aussi à cette période que le maire sortant doit affronter de nouvelles attaques. Sur la forme cette fois. Lors du dernier conseil municipal du jeudi 11 février, deux membres de sa majorité, dont l’adjointe à la culture, Agnès Besnard, règlent leurs comptes en public. Ils dénoncent des mises à l’écart, un pouvoir vertical
. Stéphane Le Foll, souvent loin d’être tendre avec ses opposants, garde son calme. Il laisse passer l’orage, même si ses adversaires ne manquent pas de s’engouffrer dans la brèche.
Les coups pour Marietta Karamanli
À l’approche du scrutin, la ligne de conduite semble claire pour Stéphane Le Foll : rester au-dessus de la mêlée. Sans trop s’exposer dans les médias ou dans les débats, où il laisse volontiers ses adversaires s’écharper. « Il enjambe le premier tour
», pointait, il y a quelques semaines, Maël Brillant, tête de la liste soutenue par La France insoumise (LFI). Les tacles qu’il adresse sont quasiment destinés à une seule et même personne : sa rivale Marietta Karamanli. Qualifiée de dissidente
, la députée apparentée socialiste a derrière elle ses anciens alliés Écologistes. « Le choix de la gauche désunie et divisée
, critiquait le maire en décembre. Avec un objectif : Tout sauf Stéphane Le Foll. Mais ça, ce n’est pas un programme !
»
Réducteur ? Peut-être. Toujours est-il que le maire sortant a de nouveau largement remporté son duel avec Marietta Karamanli. Et aussi laissé loin derrière le RN, ainsi que l’union du centre et de la droite. Avec l’aide de voix d’électeurs du camp de la majorité présidentielle, qui n’a cette fois présenté aucun candidat face à lui ? C’est ce que pense la députée. Il a bénéficié de reports de voix du centre et de la droite
, estimait dimanche soir, la cheffe de file de la liste « Union pour Le Mans ».
Quand on a une ville comme la nôtre, l’enjeu est de rassembler une majorité des Mancelles et des Manceaux vers un projet
, soulignait au soir du second tour, Stéphane Le Foll. Un projet qui a visiblement convaincu. Et c’était bien l’objectif.