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Présidentielle 2022. En Sarthe, le prix des carburants mobilise toujours les gilets jaunes... |
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Le Maine Libre à la rencontre des gilets jaunes, présents tous les samedis au rond-point du Leclerc à La Flèche. © Photo Le Maine Libre – Yvon Loué
À l’approche de l’élection présidentielle, Le Maine Libre est parti à la rencontre des gilets jaunes. Direction La Flèche, où quelques « irréductibles » - plutôt tendance Zemmour - s’affichent chaque samedi au rond-point du Leclerc. Le prix des carburants et le pouvoir d’achat restent leurs priorités.
Ce qu’attendent les gilets jaunes de l’élection présidentielle 2022 ? Pour le savoir, Le Maine Libre s’est rendu à La Flèche (Sarthe), où depuis plus de trois ans maintenant, des gilets jaunes sont présents chaque samedi au rond-point du Leclerc. En général, on arrive vers 10 heures et on repart vers 12 h 30… ou plus tard s’il fait beau.
Chaque samedi, c’est la même rengaine. Autour d’un noyau dur de cinq personnes – quatre hommes, une femme – ils installent leur « campement ». Une table, des chaises, des pancartes et des gilets jaunes, flottant dans les airs et portés sur le dos.
L’ambiance est bon enfant : café/croissants, distribution de tracts. Il n’y a pas de trouble à l’ordre public. On s’interdit d’arrêter les voitures.
Les automobilistes et les routiers, eux, matérialisent leur sympathie avec quelques coups de klaxon, comme aux premières heures du mouvement.
Le prix du carburant toujours
On est là depuis le début, depuis le 17 novembre 2018.
Olivier Doire, 68 ans, retraité à Cré-sur-Loir, fait partie de ceux qui avaient « pris » les ronds-points, bloquant l’accès aux villes et aux grandes surfaces. Au départ, c’était pour le prix du carburant et toutes les hausses
, rappelle-t-il.
Trois années plus tard, avec la crise sanitaire due au Covid-19 et maintenant la guerre en Ukraine, le contexte est différement. Et pourtant, à les entendre, rien n’a vraiment changé.
Le prix des carburants et le pouvoir d’achat restent la priorité. Au départ des gilets jaunes, le prix du gasoil était à 1,10 €, 1, 20 € (1)… aujourd’hui, il est à 1,90 €, 2 €... Vous voyez que rien n’a changé
, lâche Didier Lemarchand, 51 ans.
Le pass sanitaire… et tout dégringole
Ce boucher de profession vit dans son camping-car depuis que, refusant de se faire vacciner contre le coronavirus, les agences d’intérim ne lui proposent plus de missions.
Je circule dans toute la France et, dès que je vois un rond-point avec du monde, je m’arrête.
Lui est devenu gilet jaune, même s’il n’en porte pas l’étendard, en juillet 2021 seulement, avec l’entrée en vigueur du pass sanitaire. Cette mise de côté le plonge dans les abîmes.
Mais il s’accroche, prévoyant de pouvoir retravailler bientôt. En attendant, c’est du côté de la pompe, et non de la campagne présidentielle – il n’ira pas voter – qu’il regarde.
« Je ne sais plus pour qui voter »
Didier a fait ses calculs : En moyenne, je fais quatre pleins par mois. En quatre mois, j’ai fait 16 pleins. 16 pleins, c’est 1 000 litres, soit 1 800 €.
Et de poursuivre son raisonnement : Sachant que le gasoil est taxé à plus de 60 %, sur 4 mois, j’aurai travaillé un mois pour l’État. Il faut arrêter !
De l’État, de ce gouvernement, ils n’en veulent plus. Dans les rangs des gilets jaunes, c’est un peu tout sauf Emmanuel Macron. Moi, j’ai toujours voté, c’est pour ça que j’ouvre ma gueule
, lâche Olivier. Mais, dit-il aussi, je ne sais plus pour qui voter ».
Colette : « J’attends un président près du peuple »

Colette attend « un président plus près du peuple ». Photo Le Maine Libre – Yvon Loué
« J’attends un président près du peuple, qui écoute ce qu’on a à dire. Qui ne dit pas : Circulez, il n’y a rien à voir !
. Je trouve qu’ils sont tous un peu arrogants à la République en France. En attendant, Emmanuel Macron, il a bien joué : il a tout dégommé, à gauche comme à droite. De son côté, Éric Zemmour a le mérite de dire et de faire bouger les choses. Concrètement, j’attends du futur président plus de pouvoir d’achat et une justice équitable. Qu’elle soit la même pour tous ! »
>>> Jean-Michel : « J’étais candidat à l’élection présidentielle »

Jean-Michel Brugade était candidat à l’élection présidentielle sous la bannière « Un peuple se lève ». Photo Le Maine Libre – Yvon Loué
« En janvier 2021, j’ai rejoint un groupe sur les réseaux sociaux qui cherchait à rassembler les petits candidats. Il y a environ une cinquantaine de petits candidats à l’élection présidentielle. L’idée était de se dire que, si on se mettait ensemble, on pouvait faire quelque chose. Ça n’a pas marché ! Tous avaient l’impression d’avoir la seule solution possible. Je me suis dit : Puisque c’est comme ça, j’y vais aussi !
Ce qu’on proposait ? Une assemblée représentative de toutes les opinions politiques, un peu à la manière de ce qu’a fait le général de Gaulle après la guerre, avec le conseil national de la Résistance. Parce qu’il devient urgent de reconstruire la nation avec tous les peuples : le peuple jaune, le peuple de droite, le peuple de gauche, le peuple écologiste. »
>>> Jean-Jacques : « Changer le fonctionnement de la démocratie »

Jean-Jacques Derksema demande un changement de fonctionnement de la démocratie. Photo Le Maine Libre – Yvon Loué
« Ce qu’on veut, c’est une justice – que tout le monde soit traité pareil – et du pouvoir d’achat. Si on règle ces deux problèmes-là , on aura bien avancé. On avait un candidat, avec lequel on a défendu un changement de fonctionnement de notre démocratie pour lutter contre la corruption. Aujourd’hui, c’est d’abord les lobbies, d’abord le pognon, sans morale. Il faut changer le fonctionnement de la démocratie. Pourquoi en France le président de la République ne peut être qu’un riche ? Interrogeons-nous ! »
>>> Didier : « Tout a augmenté, sauf ma retraite »

Didier Joyeau, gilet jaune de la première heure, votera Éric Zemmour. Photo Le Maine Libre – Yvon Loué
« En 2007, Nicolas Sarzoky disait : Travailler plus pour gagner plus
. J’étais charpentier-couvreur et j’ai travaillé trois ans de plus avant de prendre ma retraite. Je devais avoir 1 270 € de retraite par mois. Résultat : j’ai eu 1 070 €. Parce que, entre-temps, les règles du jeu ont changé. Ça fait dix ans que je suis à la retraite. Aujourd’hui, l’État me doit 24 000 €, et je pourrais m’acheter un véhicule neuf. Tout a augmenté, sauf ma retraite. Moi, j’attends du futur président moins de taxes et plus de pouvoir d’achat. Je vote tout le temps. Cette fois, ce sera pour Eric Zemmour. »
1. En mars 2018, le prix du litre de gasoil était à 1,37 € (source INSEE)