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PORTRAIT. À 22 ans, ce Sarthois milite sur tous les fronts pour la protection de l’environnement... |
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Alexis Gits, 22 ans, fondateur de l’association Qui nettoie si ce n’est toi, à La Ferté-Bernard (Sarthe). © Ouest-France
Fondateur de l’association Qui nettoie si ce n’est toi, le Fertois (Sarthe) enchaîne depuis trois ans des actions de ramassage des déchets, des conférences, des interventions dans des entreprises et écoles… À 22 ans seulement, Alexis Gits est sur tous les fronts.
Le local de l’association Qui nettoie si ce n’est toi , à l’office de tourisme de La Ferté-Bernard (Sarthe), est un grand bazar de sacs et de cartons. Là des pinces télescopiques, ici des sacs de gants ou de chasubles. Une table posée sur deux tréteaux, deux chaises et un tabouret. Nous n’avons jamais vraiment pris le temps de nous installer
, sourit Alexis Gits, 22 ans, Fertois et l’un des fondateurs de l’association de ramassage des déchets. En trois ans d’existence, les bénévoles ont ramassé près de 200 000 mégots de cigarettes dans les rues de La Ferté, du Mans, de Tours, de Brest, de Paris…
« Semer des graines »
En France, 1 000 mégots sont jetés par seconde. Un seul mégot pollue 500 litres d’eau.
Des chiffres connus. Pourtant, le jeune homme a parfois l’impression de brasser de l’air. Il y a les gens qui ne croient aux problèmes liés à l’environnement et il y a ceux qui ne font rien.
Entre les deux ? Des militants, comme Alexis, qui sèment des graines comme il dit.
L’environnement, c’est vraiment un pur hasard
, lance le Fertois, derrière ses lunettes et en ne lâchant pas son écharpe de coton des mains. Le réchauffement ? Ce n’était pas vraiment abordé à l’école, je n’y étais pas forcément très sensibilisé. Moi, mon premier combat, ça a toujours été de me battre contre la solitude.
Le militant, à la parole claire et argumentée, a toujours été un peu timide
. Mais un ado à qui tout réussit. Foot, équitation, athlétisme, tir à la carabine, échecs… Il participe à différents championnats régionaux et de France. Je maîtrise assez vite ce qui peut être technique
, s’excuse-t-il presque.
Élève moyen car pas trop bosseur
, il obtient sa licence d’histoire sans vraiment être allé trop en cours et sans vraiment apprendre
, mais en bûchant jusqu’à la prise de tête
son mémoire. Tout en développant un projet parallèle qui lui prend la majeure partie de son temps : fédérer des gens autour du ramassage des déchets dans la nature.
« Un truc à développer »
Une idée née un jour d’été 2018. Je pars marcher avec ma mère et on commence à ramasser des déchets, beaucoup de déchets. Le lendemain, je raconte ça à mon ami Lucien Thébault, qui me dit qu’il y a un truc à développer ici à La Ferté.
L’enthousiasme emporte les deux jeunes adultes dans la folle aventure de Qui nettoie si ce n’est toi. Au premier événement de leur page Facebook, trois bénévoles répondent à l’appel. Au second, seulement deux. Leurs copains se moquent un peu. Et en novembre, nous organisons notre quatrième événement.
Cinquante bénévoles sont présents.
L’initiative citoyenne se développe. Ce qui ne reste qu’une page Facebook devient une vraie association en mars 2020. En plein confinement. Entre-temps, Lucien part en Nouvelle-Zélande et Alexis continue, depuis Lyon où il poursuit sa licence, de développer et de consolider les fondements pré-associatifs.
Aujourd’hui, QNSCNT a bien grandi. Lucien n’est plus membre
, Alexis est un peu surmené. Des antennes ont ouvert au Mans, à Tours, à Brest, à Perros-Guirec, « bientôt à Nancy et Metz ». Les actions sont de vrais événements avec des jeux que nous avons inventés, bientôt avec un groupe de musique ou encore une chorale
. Le ramassage sert aussi de prétexte aux entreprises qui veulent fédérer leurs équipes, on vend du team building
. Alexis Gits donne des conférences dans les écoles, collèges, lycées, université. Forme des bénévoles, devient maître de stage pour des étudiants.
« Bénévole à plein temps »
Rentable, tout ça ? Nous allons pouvoir avoir notre premier salarié !
souffle Alexis, qui dit arriver à s’indemniser. L’argent des prestations nous permet de payer les entreprises qui recyclent les mégots et les masques.
Car même le recyclage n’est pas gratuit, apprend-on, et les entreprises, dans le domaine, sont très rares. Outre le local mis à disposition, nous n’avons aucune aide publique
. Je suis bénévole à plein temps
, ironise le jeune homme.
Ce qui intéresse le plus l’écolo-militant ? Les gens, par-dessus tout ! J’aime transmettre et aider. Je n’ai pas à m’inquiéter pour moi et c’est cool, ça me laisse plein de temps pour les autres !
Mon premier combat est ma sollicitude ; mais sur le chemin que j’ai pris, j’ai compris que je serai seul. C’est paradoxal non ?
Le voilà qui sourit à nouveau, un sourire un peu usé déjà. En fait, il y a tellement à faire. J’ai encore plein de projets, notamment avec des influenceurs.
Et l’envie un peu surréaliste de réaliser un record du monde de ramassage de déchets.
Tant qu’il y aura des personnes seules, tristes, perdues, tant que le monde ne connaîtra pas la paix, je ne m’arrêterai pas d’avancer. Aux candidats à l’élection, je leur demande d’être conscients de la sincérité, de la dévotion et de la vision à long terme nécessaires à leur tâche plutôt que de suivre un plan de carrière ou de se laisser diriger par les industries. Ont-ils au moins été une fois bénévoles dans une association citoyenne et solidaire ?