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Pays fléchois. C’est mon Loir : « Une rivière discrète, presque secrète »... |
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Rendu à la nature au XIXe siècle, le Loir est aujourd’hui peuplé de pêcheurs, de cabanons et de nombreuses barques. © Ouest-France
Cet été, Ouest-France plonge dans l’intimité du Loir, en allant à la rencontre de ceux qui y vivent, qui en vivent, qui s’y ressourcent ou qui s’y détendent. Pour ce premier volet, nous tirons le portrait de cet apaisant cours d’eau, si familier des Fléchois.
Paradis discret, rivière douce et attachante selon ses adorateurs, le Loir serpente d’Est en Ouest au cœur d’une vallée qui a pris son nom, reliant le Vendômois à l’Anjou. Située à 40 km au Nord de son envahissante grande sœur, la Loire, la rivière fut une source d’inspiration pour nombre de peintres et de poètes (Balzac ou Ronsard). Aujourd’hui, elle fait la joie des amateurs de plaisirs simples, pêcheurs, campeurs, kayakistes, et de ses heureux riverains.
Avant d’aller à la rencontre de ces derniers, Ouest-France tire le portrait de cet apaisant cours d’eau, si familier des Fléchois.
1 500 ans d’histoire
Quelques éléments factuels, pour commencer. Long de 320 km, le Loir prend sa source aux abords du Perche, en Eure-et-Loir. Il longe le sud de cette région pour se jeter dans la Sarthe, au nord d’Angers. Voilà ce qu’on peut lire sur la page Wikipédia consacrée à la rivière.
On y apprend aussi que le Loir, rivière de bassin sédimentaire, traverse 97 communes, réparties sur quatre départements : Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Sarthe et Maine-et-Loire. Et qu’on y rencontre essentiellement des gardons, des tanches, des perches, des carpes et des sandres.

Le pont de Bazouges. Ouest-France
Tiré du latin médiéval, son nom (attesté dès le VIIe siècle de notre ère) signifierait trivialement un flux d’eau. Jalonné de bourgades Celtes dans l’antiquité tardive, ce sont la navigation (dès le XVe siècle) et l’activité économique liée aux moulins qui fixent ses centres urbains. Avant que l’essor du chemin de fer ne soit fatal au fret fluvial, on y transportait pierre de taille, chaux, charbon, foin et fourrages divers.
En 1860, on comptait encore 39 écluses qui permettaient de faire tourner une petite vingtaine de moulins à eau. Radié, en 1957, de la liste des voies navigables, le Loir fait partie, depuis 2009, du domaine public fluvial.
Le Loir fléchois
Mais le Loir, ce sont encore ses intimes qui en parlent le mieux. Mathilde Estadieu, du Pays d’arts et d’histoire de la Vallée du Loir dit de la rivière qu’elle est un coin discret, presque secret, plus apprivoisé vers Le Lude, plus sauvage vers Château-du-Loir
.
Un cours d’eau qu’on n’aperçoit souvent même pas. Il longe, par exemple, la route entre La Flèche et Bazouges sans qu’on le soupçonne
. D’ailleurs, ajoute-t-elle, les communes qu’il traverse lui tournent souvent le dos. À Bazouges par exemple, le développement urbain s’est fait au verso de la rivière
. Peu de communes, finalement, se sont construites autour du Loir à l’époque moderne. La Flèche, avec le château, le port Luneau, l’industrie des tanneries au centre-ville… est presque une singularité.
Ce ne fut pas toujours le cas. Terre de moulins, on l’a vu, Le Loir fut aussi un nid de châteaux forts au Moyen-Âge. À La Flèche, au Lude, à Bazouges. Entre le Maine et l’Anjou, c’était un secteur stratégique. À cette époque active pour la rivière, on comptait de nombreux quais de marchandises, des ponts et des gués pour les transports.
Une rivière redevenue sauvage
Depuis ces temps lointains, les ponts et les gués ont presque disparu, les châteaux sont devenus de belles demeures d’agréments.

Rivière non navigable, sans chemin de halage qui la longerait, le Loir a un côté presque secret. Ouest-France
Le Loir est resté à l’écart avec la bascule ferroviaire du XIXe siècle. On a construit des écluses Freycinet sur la Sarthe, sur la Mayenne. Pas sur le Loir. On a estimé que la navigation n’y serait pas rentable, car il n’était pas navigable toute l’année.
La rivière a été rendue à la nature. Elle est redevenue sauvage
, explique Mathilde Estadieu. Aujourd’hui, le long du Loir, on devine des jardins d’agréments, des cabanons. On y pêche, beaucoup, on y navigue, un peu, en barque ou en canoë. L’absence de chemin de halage donne ce côté discret, secret à la rivière.