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Oizé. Des retrouvailles émouvantes 80 ans après... |
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Debout, Cynthia Fadel et Yves Moreau. Assises de g. à dr, Ghislaine Tansorier, Jacqueline et Laurence Nadanowski. © Le Maine Libre
Plus d’une soixantaine de personnes étaient présentes à la conférence d’Yves Moreau, l’historien sarthois qui se consacre « aux déportés juifs de la Sarthe », samedi 11 octobre au château de Montaupin à Oizé. Cela a donné lieu à des retrouvailles émouvantes entre Ghislaine Tansorier, alors âgée de 6 ans en 1943, et de Jacqueline Nadanowski, âgée elle de 3 ans. C’est en 2025 que Cynthia Fadel, propriétaire du château avec son mari Fady, contacte Yves Moreau afin d’obtenir des renseignements sur la famille juive cachée dans le château en 1943.
Une famille évacuée en Sarthe
Originaire de Pologne, la famille Nadanowski habite Paris. Alors que Nuta Nadanowski rejoint les rangs du 22e?régiment des volontaires étrangers, sa femme Chinda et sa fille Berthe Ginette quittent la capitale. Elles bénéficient du plan de sauvetage prévoyant l’évacuation vers la Sarthe des populations des IXe, XVIIe et XIXe arrondissements. Elles arrivent à Oizé le 11 septembre 1939, et logent chez Gaston Guimonneau au Clos Bougard. Jacqueline naît le 15 février 1940 à La Flèche.
« Une sourde appréhension me faisait quitter précipitamment ma demeure avec mes filles en prenant un sentier allant vers la campagne. Dix minutes après, un car chargé de 14 enfants juifs, ramassés chez des nourrices à Cérans-Foulletourte, s’arrêtait devant ma porte. Ne trouvant personne, les Allemands firent demi-tour » relate Chinda (déclaration d’après-guerre) à propos de la rafle du 14 octobre 1942. Craignant pour sa vie, en 1943, elle s’enfuit et trouve asile au château de Montaupin, où Joséphine Mary, la châtelaine, les cache dans l’aile droite du château, et cela, pendant huit mois. « Je jouais avec Berthe et Jacqueline, Chinda était une maman formidable, j’avais juré à mes parents de ne jamais dévoiler la présence de la famille Nadanowski à Montaupin » confie Ghislaine Tansorier, âgée de 6 ans à l’époque. « Je me souviens qu’un médecin est venu à moto prévenir ma mère de l’arrivée des Allemands, nous sortions alors nous cacher dans la crypte du château, aujourd’hui disparue, et aussi de la gentillesse de Maman Denise et Tonton Raoul » raconte Jacqueline accompagnée de sa sœur Laurence née après la guerre. Après avoir échappé plusieurs fois à la Gestapo, la famille décide de quitter Oizé. Afin de se soustraire aux recherches des Allemands, ils retourneront habiter au 46, rue de Romainville à Paris. Chinda décédera le 21 mars 1990 au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne). Un hommage a été rendu à Joséphine Mary, qui mériterait de voir figurer son nom sur la liste des « Justes parmi les nations ».