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Nouvelle-Calédonie : vers des mesures d’urgence contre les conditions de détention indignes... |
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L’entrée du site de l’ancien Camp-Est de la colonie pénitentiaire de l’île Non, qui abrite aujourd’hui le centre pénitentiaire de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 20 mai 2021. © THEO ROUBY / AFP
Une décision du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie, prise mardi 28 octobre, contraint l’administration pénitentiaire à prendre des mesures urgentes pour améliorer les conditions de détention, jugées contraires à la dignité humaine, au sein de la principale prison de l’archipel, située à Nouméa.
Saisi par cinquante détenus dans une procédure inédite, le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie a ordonné, mardi 28 octobre 2025, à l’administration pénitentiaire de prendre des mesures urgentes pour améliorer les conditions de détention, jugées contraires à la dignité humaine, au sein de la principale prison de l’archipel située à Nouméa, rapporte l’Agence France-Presse (AFP).
« Remédier à la présence excessive de nuisibles »
Le juge des référés a estimé que la surpopulation et l’insalubrité du centre pénitentiaire de Camp-Est « portent une atteinte grave et manifestement illégale au droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants ». Dans son ordonnance, le président du tribunal enjoint l’administration « de prendre toutes les mesures qui apparaîtraient de nature à améliorer les conditions matérielles d’installation des détenus dormant sur des matelas posés à même le sol ».
Il ordonne également « dans les plus brefs délais » de « remédier à la présence excessive de nuisibles » et « d’assurer la séparation du bloc sanitaire dans les cellules partagées ». L’État a également été condamné à verser 2 000 € à chacun des plaignants au titre des frais de procédure. « C’est une victoire pour les détenus du centre pénitentiaire de Nouméa », s’est félicité auprès de l’AFP leur avocat, Me Charly Salkazanov. « Le juge a reconnu l’indignité de leurs conditions de détention […]. L’union des détenus a fait la force. »
Des cellules de 10 à 12 m² abritent jusqu’à 5 détenus
Cette décision reste toutefois limitée. Le tribunal n’a pas assorti ses injonctions d’astreinte et n’a pas exigé qu’un lit soit attribué à chaque détenu, comme le demandaient les requérants.
Le président du tribunal a estimé que la surpopulation carcérale, « pour inadmissible que soit celle-ci », ne relevait pas du juge des référés « compte tenu de l’ampleur du phénomène ». Avant d’ajouter : « L’administration pénitentiaire ne dispose d’aucun pouvoir de décision en matière de mises sous écrou ».
Lors de l’audience, le 22 octobre, la direction du Camp-Est avait reconnu que certaines cellules de 10 à 12 m² abritaient jusqu’à cinq détenus pour deux lits, et que la présence de nuisibles – cafards, rats, scolopendres – restait récurrente.
Le Camp-Est, plusieurs fois épinglé par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, avait déjà fait l’objet de condamnations en 2023 pour non-exécution de travaux ordonnés par la justice.