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Livre. L’histoire nouvelle et mondiale de la peste noire... |
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Patrick Boucheron : Peste noire, Seuil, 549 p. 27 €. © Seuil
Professeur au Collège de France, Patrick Boucheron interroge sources classiques et sciences nouvelles et montre comment les sociétés de l’époque ont tenu face au fléau.
Imaginez. En cinq ans, de 1347 à 1352, la moitié de la population européenne disparaît. Emportée par le fléau de la peste noire et ses conséquences. Sur ce point, les sources écrites sont en concordance avec l’archéologie et la génétique.
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Nous sommes tous des survivants, écrit le professeur au Collège de France Patrick Boucheron, dans un livre remarquable, qui interroge tout ce qu’on savait ou croyait savoir de cette terrible vague épidémique. L’historien spécialiste du Moyen Âge interroge tout. La façon de conter ce récit, la distance par rapport aux sources, les limites de l’archéologie et des sciences archéo-environnementales. Mais aussi, comment tous ces apports dessinent une histoire différente des clichés et préconceptions.
Nombreux pogroms
Quelques exemples ? Malgré ses ravages, la peste noire n’a pas déstructuré les sociétés européennes. Les moments de panique ont été rares… mais les pogroms nombreux.
Les espèces réservoirs majeures étaient (et sont toujours) les marmottes, qui ont joué un rôle important dans les résurgences ultérieures.
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Les origines de la peste noire sont bien à chercher en Orient. Qinghai, au nord du plateau tibétain, est la probable région où la présence du bacille a explosé. Issyk-Kul (au Kirghizistan), point de convergence des caravanes des steppes et des commerçants de l’Ouest, est le foyer de l’épidémie, dès 1338. Et bien sûr, fait souvent oublié, cette pandémie a aussi touché le Moyen-Orient avec un paroxysme à La Mecque, en 1349.
Poétique et ultra-sourcé
La peste sous sa forme bubonique n’a d’ailleurs pas été seule à sévir. Des épisodes méconnus de peste pulmonaire (mortelle à 100 % en trois jours) ont été identifiés. Et nous gardons dans nos gènes le souvenir de cette épidémie, qui a favorisé les individus présentant des gènes de résistance, a priori identifiés.
Sans s’engouffrer dans la facilité de surincarner des personnages, l’historien met de la poésie dans son savoir ultra-sourcé, et il fait notamment voir avec acuité les œuvres littéraires et picturales héritées de cette peste, des précédentes et des suivantes. C’est aussi la force de ce livre par moments exigeants, d’être aussi précis sans être sec.
Peste noire, Patrick Boucheron, Seuil, 549 p. 27 €.