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Les confessions de Stéphane Rousseau, humoriste orphelin... |
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Stéphane Rousseau a toujours aimé surjouer les séducteurs tatoués. Mais cette tournée amorce un virage plus intime, plus sincère, où le « showman » va puiser dans son passé familial pour faire rire le public. © Renaud Corlouer
Stéphane Rousseau a perdu père, mère et soeur d'un cancer. Et le one-man-show de ce comédien québécois de 44 ans, qui revient au Zénith, n'en est que plus drôle et touchant.
Le beau gosse vient « d'essorer » un grand théâtre du centre-ville de Bordeaux. Après une standing-ovation, la salle archi-comble pleurait de rire lors du rappel, quand Stéphane Rousseau a joué le plus célèbre de ses personnages : Rico le dragueur, avec sa grande perruque noire, sa petite guitare et son accent du Mexique, qui dit : « Les femmes, yé lé respecte toutes énorrrrmément, les ounes après les autres ». Re-standing-ovation.
On retrouve le comédien dans sa loge, un peu fatigué après son heure et demie de one-man-show. Il a enfilé un blue-jean percé aux genoux et une banale chemise à carreaux. En bon Québécois, il sirote une bière au goulot, après le boulot.
« Les performers de la télé américaine »
On démarre l'interview en parlant de dessins, l'une des surprises du spectacle. Parce qu'en plus de jouer, chanter ou faire le pitre avec des spectatrices, Rousseau dessine en direct sur scène. À l'aide d'une palette graphique reliée à l'écran géant, il caricature sa nouvelle petite famille : sa compagne, une Française, et leur fils de trois ans, Axel, qu'il file rejoindre à Montréal chaque fois que son interminable tournée lui laisse une semaine de libre.
« Enfant, j'ai pris des cours de dessin, d'orgue, de guitare, de jonglerie... Mon père m'encourageait à tout essayer, raconte le comédien. Lui-même faisait de la menuiserie, de la mécanique, de la popote... » Papa Rousseau était ouvrier ajusteur dans une usine métallurgique de Montréal. « Et ma mère y faisait de la soudure ». Elle est décédée quand Stéphane était ado. « Comme elle était très malade, je passais beaucoup de temps chez ma grand-mère, irlandaise. Elle regardait sur les chaînes anglophones américaines des shows à l'ancienne de performers, qui faisaient un peu de tout sur scène. » Ça lui a donné le goût de divertir le public par tous les moyens...
Dans ce spectacle, il ajoute une nouvelle corde à son arc. La corde sensible. Qui ressemble à une corde raide. Son sketch le plus fort raconte la phase terminale de son père, à l'hôpital, en 2003. La médecine et les proches décident de jeter l'éponge, toute la famille vient assister aux derniers instants. Le beau-frère Mario suggère de « rebrancher » le papa, qui tarde à mourir. « Débrancher, rebrancher, c'est pas un grille-pain ! », ose le fiston sur scène, face à une salle hilare. Le rire comme exorcisme...
« J'ai une famille très colorée, même si j'ai un peu exagéré, explique-t-il, en reprenant une gorgée de bière. Il a fallu prendre du temps, et du recul, pour jouer ça. Mais aujourd'hui, je suis très content de l'avoir fait. » Comme d'oser raconter les traditionnelles vacances en famille dans un camp de nudistes du Vermont. « Ça faisait pourtant longtemps que je voulais faire ce sketch. Mais mon père ne voulait pas dévoiler ce secret au boulot. Ma soeur ne l'avait pas dit à sa belle-famille ». Elle aussi est décédée, récemment.
« Tout pour être aimé »
Sur scène, il fait dire à son aînée : « Stéphane, arrête cet accent pointu, tu peux pas parler comme nous autres ? » Le « pointu », c'est l'accent de France. Rousseau a appris à le maîtriser depuis ses premiers pas dans l'Hexagone, en 2001. Aujourd'hui, il n'a pratiquement plus besoin de l'aide de son ami Franck Dubosc pour adapter ses spectacles aux oreilles du public français. Mais il suit le conseil d'une autre copine humoriste, Florence Foresti. « Plus on fait ce qu'on aime profondément, plus les gens adhèrent. Moi, pendant longtemps, je me suis un peu oublié à vouloir trop plaire. »
C'est ce qui le différenciait de sa grande soeur. « Elle avait l'humour noir, qui faisait mal parfois. Elle se foutait complètement du regard des autres. » Sauf sur la question du naturisme... Le comédien enchaîne : « Moi, je faisais tout pour être aimé ».
Un gentil, Stéphane Rousseau ? « Ouais. » Réponse à la Québécoise, sans fausse modestie, sourire en coin. Il est presque 23 h, on achève l'entretien parce que, derrière la porte de la loge, des fans attendent encore pour une bise et un autographe.
François CHRÉTIEN.
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Au cinéma : émouvant de tendresse retenue dans Les invasions barbares (Denys Arcand, 2003), totalement extraverti dans Fatal (Michaël Youn, 2010), l'acteur Rousseau a bien des talents, mais n'a pas encore trouvé LE premier rôle au cinéma. Un « projet de drame » suit son chemin.
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Sur scène : Les confessions de Stéphane Rousseau, 7 avril, à 20h30, au Zénith Nantes métropole. Tarifs : 39 €.
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