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Le procès des justiciers du bar de La Chartre... |
Pour avoir tabassé le client agressif d'un bar illégal de La Chartre-sur-le-Loir, le patron de l'établissement et l'un de ses amis armé d'un sabre ont été condamnés à de la prison ferme.
Ils lèvent les bras au ciel. Haussent les épaules. Alignés au premier rang du box des détenus du tribunal correctionnel du Mans où ils sont jugés en comparution immédiate, les trois hommes gesticulent beaucoup, ce vendredi. Et s'interpellent souvent. Comme au comptoir d'un bar.
« Il n'a pas pu se mettre à genoux. Il n'a qu'une jambe », note doctement David Dellier, 21 ans, avant d'ajouter : « Oui, j'ai dit que c'était lui qui lui avait coupé la ceinture avec un couteau. Mais je ne sais pas trop. » À côté de lui, Arnaud D., l'unijambiste de 30 ans, fait non de la tête.
Évoquant son bar clandestin de La Chartre-sur-le-Loir qui se trouve être au coeur de l'affaire jugé hier, Dominique Aveline, 52 ans, n'est pas le dernier à jongler avec les mots. Ni avec leur sens.
Interrogé par le président Mury qui veut savoir combien lui rapporte son commerce illégal, il répond ceci : « On vivote ! Mais je suis loin de l'enrichissement personnel. » Dialogues dignes d'Audiard.
Pourtant, le 14 juillet dernier, vers 4 h du matin, on est loin de la poésie du septième art quand un habitué des lieux pousse la porte du « clandé ». Arnaud, David et Dominique, tous sans emploi, fêtent la prise de la Bastille depuis déjà plusieurs heures.
« Les deux guitaristes qui se trouvaient dans le bar se sont arrachés, se souvient le patron. Ils savent qu'il y a toujours des problèmes avec ce client. Au début, tout se passait bien. Puis il a agressé un homme en le jetant par terre. »
David Tellier poursuit : « Je vais voir pour le sortir. Et là , il m'a mis un cocard. Je lui ai mis 4 ou 5 coups de poings », raconte l'amateur de boxe thaï. « Puis il a insulté Arnaud en le traitant de sale handicapé », ajoute Dominique Aveline. Résultat : le nouvel arrivant, un homme de la commune dont on ignore l'âge, prend un coup de coude.
« Il y avait match nul. Vous auriez pu vous arrêter là  », estime le président.
« Et l'oreille ? »
C'est sans compter sur les vapeurs d'alcool qui font remonter les vieilles rancunes : « Je me suis souvenu qu'il m'avait mis sur la gueule quand j'avais 12 ans. J'ai pris un katana (sabre japonais) derrière le comptoir. Je lui ai coupé la queue-de-cheval pour l'humilier », explique David Tellier.
« Et l'oreille ? », lui rappelle le magistrat, en précisant que le sabre a aussi sévèrement taillé dans la chair. « Involontaire », répond l'amateur de boxe thaï, la main sur le coeur. Fin de l'acharnement ? Pas encore.
Un témoin de la scène suivante, d'ailleurs poursuivi et condamné à 600 € d'amende pour « non-assistance à personne en danger », va prendre en photo l'épisode avec son téléphone portable. « Pourquoi tu as fait ça ?, se demande encore le patron de bar. Ça m'a mis en rogne. Ça ne se fait pas ! », ne décolère-t-il pas devant le cliché exhibé par le président. Sur la photo, on distingue bien Dominique Aveline urinant sur la victime étendue à terre.
« Ils se sont pris pour des justiciers »
« Ils avaient tous l'air à moitié taré, raconte la procureur Moisset en reprenant un témoignage. Ils se sont pris pour des justiciers. »
Dominique Aveline a été condamné à 12 mois de prison, dont 6 avec sursis. David Dellier à 18 mois, dont 9 avec sursis. Et Arnaud R., à 6 mois de sursis. Quant à la victime, absente au procès, elle est parvenue à rentrer pieds nus chez elle.
En se réveillant le corps en sang (il aura quand même 10 jours d'ITT), l'homme n'avait pas le moindre souvenir des événements de la nuit. Il a d'ailleurs cru que c'était sa copine qui lui avait coupé les cheveux.