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Le naufrage du Bugaled Breizh inspire la série « 37 secondes », vingt-et-un ans après le drame

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photo  mathieu demy et nina meurisse, sur le port du guilvinec (finistère), dans la série « 37 secondes » sur arte.  ©  nicolas rocou 2

Mathieu Demy et Nina Meurisse, sur le port du Guilvinec (Finistère), dans la série « 37 secondes » sur Arte. © Nicolas Rocou

En 2004, le chalutier breton sombrait au large de l’Angleterre, entraînant la mort des cinq marins à bord. La série 37 secondes, disponible sur Arte.tv et diffusée sur Arte le 3 avril, revient sur le drame et le feuilleton judiciaire qui a suivi.

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37 secondes. En moins d’une minute, le bateau de pêche le Bugaled Breizh (1) a sombré au large des côtes anglaises, le 15 janvier 2004. À son bord, cinq hommes : Yves Gloaguen, Pascal Le Floch, Patrick Gloaguen, Georges Lemétayer et Eric Guillamet. Dans son port d’attache à Loctudy, comme dans tout le Pays bigouden (Finistère), c’est un choc. Tout le monde s’interroge sur la rapidité du naufrage, l’équipage était expérimenté, la mer pas démente, le bateau costaud.

Alors, comment a-t-il pu couler aussi rapidement ? C’est le début d’un long feuilleton judiciaire, entre batailles d’experts et couverture médiatique. Collision avec un cargo, croche dans le sable ? Ou sous-marin, hypothèse privilégiée par les proches et les gens de mer ? Oui, mais dans le monde opaque et ultra-sécurisé de la Marine, difficile d’identifier ce sous-marin : est-il Français ? Américain ? Hollandais ? À moins qu’il ne s’agisse du Turbulent, bâtiment de la Royal Navy ? Douze ans après le naufrage, la justice française a classé l’affaire, les Anglais aussi.

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Des faits concrets à la fiction

Arte diffuse dès le 3 avril (et déjà sur sa plateforme gratuite arte.tv) une série, de six épisodes, très largement inspirée du drame. Les deux scénaristes, Anne Landois et Sophie Kovess-Brun, ont longuement travaillé la trame, comme des enquêtrices. En s’appuyant sur l’expertise et le vécu des gens de terrain, des personnes concernées. Comme Robert Bouguéon, président, au moment des faits, du comité local des pêches au Guilvinec, Christian Bergot, l’avocat brestois des familles, ou encore le contre-amiral Dominique Salles, sous-marinier, expert judiciaire.

photo laure de butler, réalisatrice de 37 secondes.  ©  caroline dubois

Laure de Butler, réalisatrice de 37 secondes. Caroline Dubois

« Le lieu de tournage était évident, souligne la réalisatrice Laure de Butler, il fallait que ce soit tourné au port du Guilvinec, dans le bureau de l’avocat à Brest, dans le local du comité des pêches… »

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Si la série suit le fil de l’histoire, entre le deuil, la colère des familles, la bataille judiciaire, il ne s’agit pas d’une reconstitution, encore moins d’un documentaire. Et c’est là que la fiction s’invite. Avec plus ou moins de réussite. « Nous sommes parties de faits concrets, la trame judiciaire est réelle, mais avec des personnages de fiction, explique la réalisatrice Laure de Butler, de façon à prendre une distance nécessaire. La trame judiciaire est réelle, mais forcément il y a une part fictive. »

« Dans la peau de cette femme »

Les scénaristes assument « le choix de ne pas avoir rencontré les familles ». «  Par respect, pour ne pas rentrer dans leurs vrais conflits intimes », explique Anne Landois. Pas question de « jouer avec leur souffrance ».   «Robert Bouguéon a accueilli avec presque soulagement ce projet de série, souligne-t-elle. Cela dit, l’histoire n’est peut-être pas complètement terminée, car, sait-on jamais, la série peut permettre de faire rebondir l’affaire. Ce ne sera plus un dossier perdu dans les cartons de l’Histoire : la fiction a ce pouvoir. »

L’émotion est véhiculée par le jeu des acteurs et actrices. Avec une carte maîtresse, l’actrice principale de la série, la caennaise Nina Meurisse, auréolée d’un César pour L’histoire de Souleymane . Elle incarne la belle-sœur d’un marin du Bugaled Breizh.

C’est aussi elle le vecteur de la fiction. Comme son histoire d’amour naissante avec l’avocat. Fiction aussi dans le portrait de l’armateur, plus soucieux de la perte de son bateau que de ses hommes. Les scénaristes se défendent d’être « journalistes ou documentaristes », elles revendiquent pleinement ce choix dans la fiction. Et infusent l’émotion à travers situations et personnages. Quitte à naviguer entre deux eaux.

(1) « Enfants de Bretagne » en breton.

Sur Arte, les 3 et 10 avril et déjà sur arte.tv.

 
Jean-Marc PINSON.    Ouest-France  

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