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Le Mans. Patrimoine : l’étonnante réhabilitation de l’ancien hôpital psychiatrique d’Etoc-Demazy... |
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À deux pas de la gare, Etoc-Demazy est un espace hors du temps. © Le Maine Libre – Yvon LOUÉ
L’ancien hôpital Etoc-Demazy au Mans, site classé aux Monuments historiques, a été réhabilité en 88 logements. C’est étonnant.
Le site est bluffant
, témoigne Antoine Aumont d’Histoire & Patrimoine, promoteur du programme immobilier d’Etoc-Demazy. Depuis sa fondation en 1828, l’ancien hôpital psychiatrique du Mans dessine les contours d’un monde à part, une enclave singulière dans le quartier, un lieu hors du temps serti dans la ville. Entre la gare à cinq minutes à pied et le parc du Gué-de-Maulny sur les bords de l’Huisne, l’impression d’un ailleurs intemporel est prégnante.
1 000 m² protégés
Du vaste site qui s’étendait jadis jusqu’au boulevard Demorieux, la parcelle classée réhabilitée par Histoire & Patrimoine couvre encore 1 000 m². Au terme de trois ans et demi de travaux, douze bâtiments, dont les architectures et les caractères diffèrent selon leur vocation, ont été parfaitement préservés, avec leur parfaite symétrie, leurs galeries protégées par des arcades, leurs façades claires rehaussées de briques.
Un village hors du temps
Les deux pavillons d’accueil situés de part et d’autre de l’entrée, encore en cours de travaux, correspondent à plusieurs logements. D’ailleurs, la plupart des appartements du site sont d’ores et déjà tous vendus en majorité à des acquéreurs manceaux qui ont déboursé entre 4 700 € et 5 500 € le m², le label Monument Historique impliquant des prix plus élevés que le marché du neuf
précise Rodolphe Albert, président d’Histoire & Patrimoine.
Au cœur du dispositif, le bâtiment administratif est aussi le plus vaste, le plus haut, seul à s’élever sur trois niveaux avec sa façade à fronton.
De part et d’autre, les pavillons qui abritaient les patients, hommes et femmes séparés, ont été réhabilités dans le strict respect du bâti initial. À l’intérieur, les cloisons abattues ont transformé les anciennes cellules en logements clairs aux beaux volumes.
À l’écart, le seul bâtiment conçu en U avec ses trois ailes, accueillait les patients de marque, ceux dont le passage en ces lieux exigeait quelques égards, à distance de l’espace commun des internés.
Autre pôle essentiel de l’établissement psychiatrique, le bâtiment de bains. Sa situation centrale témoigne de l’importance accordée à l’hygiène, critère novateur lors de la construction de l’asile.
Un cachet préservé
Si les appartements sont aménagés selon les conditions du confort actuel, Histoire & Patrimoine a préservé le cachet initial sous le contrôle de l’architecte des Bâtiments de France qui a veillé au respect du cahier des charges. Tommettes au rez-de-chaussée ou parquet aux étages, escaliers d’origine, contribuent au charme les logements (du studio au F4) avec quelques duplex et certains avec jardins ou loggia.
Vestiges des anciennes cellules
Hors de la parcelle dévolue à Histoire & Patrimoine, trois autres bâtiments confiés à un autre promoteur restent encore dans leur état d’origine. Il s’agit du réfectoire, de la chapelle, ainsi que d’une aile où l’on peut encore voir les cellules telles qu’elles existaient à l’origine. Cette partie sinistre témoigne d’un temps où la psychiatrie, malgré les progrès dont témoigne le site d’Etoc-Demazy, se confondait avec le monde carcéral. Ce pavillon situé à l’opposé de l’entrée abritait les agités.
> > > Etoc-Demazy, ou le progrès des sciences aliénistes
Ouvert en 1828, l’asile du Mans a été conçu selon les plans novateurs d’Hippolyte Lebas. Il s’agissait de préserver les internés grâce à des pavillons séparés, et de rationaliser les soins avec des espaces dévolus à chaque fonction. Le souci de l’hygiène physique et mentale, voilà qui était inédit. Par ailleurs, le caractère des bâtiments disposés selon une parfaite symétrie servait à apaiser les esprits grâce à un côté village, avec ses perspectives, ses galeries, ses arbres et ses pelouses. On n’est pas loin du cloître.
Médecin-chef et premier directeur du site, Gustave Etoc-Demazy a appliqué à son établissement les nouvelles connaissances aliénistes, sciences encore balbutiantes. Le Mans figure ainsi parmi les sites précurseurs de France.
L’hôpital psychiatrique qui était mixte, a abrité jusqu’à mille patients pendant la première guerre mondiale. Selon l’historien Hervé Guillemain, les plus nantis qui logeaient dans un bâtiment plus cossu que les simples pavillons, bénéficiaient d’un régime de faveur, qui leur permettait notamment d’avoir leur domestique.
Etoc-Demazy est resté en activité jusqu’en 2011 lorsque les derniers malades ont été transférés sur le site d’Allonnes.
> > > Histoire & Patrimoine : « Œuvrer à la sauvegarde »
Lire le passé, écrire l’avenir
, telle est la devise d’Histoire & Patrimoine, qui s’attache à réhabiliter les sites les plus étonnants. Etoc-Demazy s’inscrit ainsi dans des programmes immobiliers qui offrent des reconversions contemporaines à des bâtiments classés. Parfois
, souligne Rodolphe Albert, président d’Histoire & Patrimoine, c’est nous qui obtenons le classement.
Confié à l’architecte Bertrand Monchecourt, l’ancien hôpital psychiatrique du Mans s’inscrit dans un chapelet d’opérations de prestige accomplies dans toute la France.
Nous sommes très éclectiques »,
poursuit Rodolphe Albert, à l’appui d’un remarquable catalogue à Paris ou en province. Le patrimoine réhabilité comprend des hôtels particuliers, des couvents, des ateliers, des corons, des manufactures, voire des pans de quartiers. À 70 % ce sont des bâtiments comme Etoc-Demazy classés aux Monuments historiques. Au Mans, en découvrant cet endroit magnifique et sa situation si proche de la gare, je n’en croyais pas mes yeux.
Rodolphe Albert défend la mission de sauvegarde. Au même titre que les opérations réalisées par Stéphane Bern grâce au Loto, nous sommes un autre levier qui permet de rénover le patrimoine en le transformant en logements.
Les bâtiments délabrés renaissent, cachet préservé, prêts à poursuivre leur traversée du temps.
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