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Le Mans. Christophe et David, homos assumés... |
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Christophe, 55 ans, et David, 47 ans, dans leur appartement, en centre-ville. Les dandies amoureux assument leur homosexualité et leur look : « On ne cherche ni à convertir, ni à justifier notre choix. » © Ouest-France
Ils forment le premier couple homosexuel marié au Mans. À l’occasion de la Gay Pride, interview de doux militants, soucieux d’instaurer un climat harmonieux dans leur relation aux autres.
Entretien
Christophe et David Touchard-Jacques, premiers mariés homosexuels du Mans.
Vous êtes le premier couple gay marié au Mans, ville pionnière dans l’accueil des homosexuels, avec sa charte Gay & friendly. Votre union a une portée symbolique…
C’était en 2013. Ça coïncidait avec nos vingt ans de vie commune. Dans le contexte tendu de l’époque, c’était l’occasion de rendre hommage à ceux qui se sont battus pour la cause. Mais on s’est d’abord mariés par amour.
Dans la rue, hésitez-vous à vous tenir la main ?
On n’en a jamais éprouvé le besoin. On ne veut pas étaler notre intimité. De toute façon, on voit bien qu’on forme un couple, qu’on se connaît parfaitement. Pas besoin d’en rajouter.
Vous prônez la discrétion, mais vous affichez un look original, genre dandy à l’ancienne…
Notre couple se donne à voir de cette façon-là. On joue sur le suranné, le décalé. Au début, on craignait d’imposer quelque chose de provocateur. On s’attendait à des réactions un peu vives, mais ça suscite beaucoup d’enthousiasme, de gentillesse, de bonne humeur. Cette sympathie vient de gens de toutes les générations, des hommes comme des femmes. Vestimentairement, on s’autorise des choses que beaucoup de personnes aimeraient accomplir.
D’où vient ce choix vestimentaire ?
À une époque, on avait huit chiens. Ils ont une certaine élégance naturelle, une allure. On s’est dit qu’il fallait qu’on ait aussi une forme de panache. Cette habitude s’est mise en place et aujourd’hui, c’est comme si on devait ça à la rue. Le jeu est devenu une seconde nature. Certains trouvent qu’on ressemble à des personnages de BD. Ça nous amuse.
Êtes-vous des militants gays de longue date ?
On est adhérents d’Homogène depuis une vingtaine d’années. Au début de notre relation, on a créé une chorale avec l’association. On chantait sur un mode comique, dans la dérision. L’intérêt, c’est qu’il y avait des filles et des garçons. On a de l’estime pour ceux qui s’engagent de manière active, mais notre engagement, c’est plutôt un militantisme de la fête, de la rigolade. On cherche à ce que la reconnaissance se fasse d’elle-même. L’homosexualité, on en parle peu, c’est sous-jacent. On n’agite pas de drapeau. En même temps, on est conscients de l’image qu’on véhicule au Mans. En ce sens, on est des militants du quotidien.
Récemment, des homosexuels ont été victimes d’agressions…
On est extrêmement alarmés par cette intolérance et cette recrudescence de la violence. C’est navrant.
Avez-vous été victimes d’agressions ?
Des moqueries, à l’adolescence. Mais depuis, non. Même en voyage, dans des coins paumés un peu western…
Comment réagissez-vous face à des personnes gênées par votre homosexualité ?
On est habitués aux réactions. Comme dit le sociologue et philosophe Didier Eribon, être homosexuel, c’est éviter l’injure. On est dans l’esquive. On évite les regards désagréables, on ne cherche pas la confrontation. On essaie d’instaurer un climat harmonieux dans les relations.
Vous parlez aussi d’une cause à défendre…
On comprend que l’homosexualité puisse être perçue comme une remise en question de l’identité sexuelle de chacun, mais on est dans la rébellion soft et élégante. On ne veut pas que l’homosexualité devienne quelque chose de trop banal. Il faut que ça reste chargé d’une différence qui permet d’envisager les rapports sociaux d’une autre manière. C’est une autre approche du monde. Nous sommes à la fois maris et meilleurs amis. Ce n’est pas forcément le cas dans un couple hétérosexuel.
Tous les ans, vous participez à la Gay Pride. Cette marche démonstrative est-elle encore nécessaire ?
C’est un moment de fête, de communion. Cette marche donne de la visibilité. Pour la jeune génération, ça permet d’afficher son identité sexuelle de manière ludique, dans un cadre reconnu. Ça a une fonction pédagogique pour ceux qui regardent et initiatique pour ceux qui participent, surtout les jeunes. Se sentir entouré par cette foule bigarrée, c’est un précieux moment de liberté.
Gay Pride ce samedi, en centre-ville
L’édition 2019 du festival des fiertés Culture Pride a lieu ce samedi 25 mai. À partir de midi, place de la République, village des associations avec bar, petite restauration, animations. À partir de 14 h, marche à travers le centre-ville, avec fanfare, chars, DJ…