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La Flèche. « Des mots pour des maux », une interview où chaque mot compte... |
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Le dessinateur Troud croque ces actualités qui nous ont marquées en 2020. Ce jour, la rencontre de Phoebé Humbert avec l’association Des mots pour des maux. © Troud
On s’en souviendra. En 2020, ils nous ont émus, touchés, interpellés. De façon subjective, la rédaction vous parle de ces rencontres. Phoebé Humbertjean commence, avec une association qui aide les femmes victimes de violences conjugales.
Aujourd’hui, réussissez-vous à vous considérer comme une victime ?
Un lourd silence s’abat sur le petit salon mal éclairé. C’est un soir d’août 2020, dix jours après la mort de Jacqueline Sauvage, devenue malgré elle un symbole des violences faites aux femmes.
Dans un lieu tenu secret à La Flèche (Sarthe), un groupe de parole réunit chaque mois des victimes et ex-victimes de violences conjugales. Ce soir-là, ma question suscite une expression confuse sur le visage d’une des jeunes femmes. Victime ?
Le mot résonne comme un écho en elle. Sans s’en rendre compte, elle se recroqueville imperceptiblement dans le fauteuil en cuir où elle est assise, et qui paraît soudain trop grand pour sa silhouette menue.
Des silences et parfois des larmes
La gorge serrée, elle finit par avouer qu’elle ne s’est jamais posé la question de cette manière. Persécutée pendant plusieurs années par son compagnon, elle peine encore à s’approprier ce terme étranger, écrasée par la honte et la culpabilité.
Apprivoiser les mots, les laisser retentir pour briser le silence, c’est tout l’objectif du groupe de parole « Des mots pour des maux ». Lors de cette session, les quatre femmes ont parlé pendant plus de trois heures. Trois heures entrecoupées de silences, parfois de larmes, pour enfin réussir à dire l’indicible.