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L’artiste Philippe Cognée consacré dans trois expositions... |
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Philippe Cognée est une des figures majeures de la scène artistique française contemporaine. Il est connu pour ses peintures à l’encaustique dont il détourne l’usage traditionnel pour dissoudre les éléments représentés dans la matière picturale à l’aide d’un fer à repasser. © Marc Ollivier/Ouest-France
Le musée de Tessé du Mans (Sarthe) consacre une rétrospective au Nantais Philippe Cognée, aussi invité de la réouverture du musée Bourdelle et exposé à l’Orangerie, à Paris.
C’est sûrement l’année de la consécration pour Philippe Cognée. Artiste majeur dans l’art français contemporain, le Nantais est exposé pour la première fois dans trois musées.
Le musée de Tessé du Mans (Sarthe) lui consacre une rétrospective sur plus de trente ans de travail. Le musée Bourdelle (Paris XVe) a rouvert avec Le catalogue de Bâle et près d’un millier d’œuvres de l’artiste. Enfin, le musée de l’Orangerie (Paris Ier) offre trois espaces, bientôt quatre »,
au maître de la cire repassée, aux côtés des Nymphéas de Monet et de l’exposition temporaire consacrée à Matisse. Des bijoux.
Philippe Cognée travaille souvent, mais pas toujours »,
d’après des photos, mais aussi des images ou des souvenirs. Les tableaux sont des réinterprétations
. En trente ans, il a su se réapproprier une méthode ancestrale de peinture à la cire mêlée de pigments de couleur. L’image peinte est ensuite recouverte d’un film Rhodoïd, puis repassée.
Le sujet comme prétexte
La cire fond et l’objet se révèle
, flou, figuratif, presque abstrait. C’est une technique
, sourit l’homme élégant, cheveux blancs et lunettes bleues. Pas systémique.
Aquarelles ou huiles font aussi partie de son univers. L’espace est toujours saturé, comme une signature. Aujourd’hui je me permets tous les gestes, tous les contrastes, toutes les formes.
La première salle, à Tessé, transporte le regardeur
dans trois grandes thématiques de Cognée : l’architecture, le paysage et le portrait. Le ton est donné. La couleur aussi. Il suffit de se laisser porter.
Le sujet est toujours un prétexte
, explique celui qui a retapé un moulin dans la campagne du vignoble nantais. Il n’y a pas de message, je ne me sers pas de l’actualité, je ne représente pas la misère du monde pour la dénoncer.
Exploiter une tragédie est trop littéral, on se doit d’aller au-delà
. Chez Cognée, c’est le tableau qui s’impose dans le monde dans lequel on vit, replace les choses. Là, ça peut devenir terrifiant, c’est vrai.
Une allégorie
Il y a ces foules qui grouillent, entassées comme des fourmis
, qui vivent dans ces immeubles verticaux à l’aspect presque carcéral, mais on a oublié à quoi ils ressemblent car ils font trop partis de notre quotidien
. Allégorie d’une surpopulation mondiale qui mène le monde à sa perte.
L’amaryllis, en grand format, qui se fane ou devient monstrueuse. Un buisson qui explose de couleurs. Les autoportraits, glaçants.
C’est seulement là que le regard de l’artiste devient sociétal et politique. Le projet, c’est la peinture pour elle-même
, insiste le plasticien.
On déplace l’objet dans un autre champ
, dans une autre vision, plus effrayante parfois. Des tableaux aussi beaux qu’angoissants, un flou pour rendre plus net la tragédie de l’époque.
Il s’agit surtout d’une traversée, magnifique certes, mais aussi bouleversante dans l’univers de Philippe Cognée.
Jusqu’au 5 novembre, musée de Tessé du Mans. Gratuit. Fermé le lundi. Au musée Bourdelle à Paris, La peinture d’après, jusqu’au 16 juillet. Au musée de l’Orangerie à Paris, jusqu’au 4 septembre.