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Japon : l’ombre de la secte Moon n’en finit pas de peser sur le pouvoir nippon... |
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Le Premier ministre Fumio Kishida lors de la présentation de son nouveau gouvernement, mercredi 10 août. © REUTERS
Un mois après l’assassinat de l’ancien premier ministre, Shinzo Abe, des dizaines de politiciens, principalement membres du Parti libéral démocrate (PLD) au pouvoir, ont été épinglés pour leurs liens avec la secte Moon. Déclenchant un vaste remaniement ministériel.
Un mois exactement après la pourtant large victoire aux élections sénatoriales de la coalition de droite au pouvoir menée par le Parti libéral démocrate (PLD), le Premier Ministre japonais Fumio Kishida a annoncé le 10 août un vaste remaniement de son cabinet : quatorze des dix-neuf ministres ont été remerciés et remplacés, dont le petit frère de Shinzo Abe, Nobuo Kishi, ministre de la Défense.
Liens de Shinzo Abe avec la secte Moon
Cause de ce vaste chamboule-tout ? Les révélations de l’homme qui a tué le 8 juillet de l’ancien premier ministre Shinzo Abe. Interpellé après les faits, Tetsuya Yamagami a confié avoir voulu venger sa mère, détroussée par la « Fédération des familles pour la paix mondiale et l’unification » (FFPMU) dont elle était membre de 1999 à 2002. Or la FFPMU, c’est le nom de la secte Moon depuis 2015. Le meurtrier reprochait à Shinzo Abe ses liens avec la secte : la mort de l’ancien Premier ministre a enclenché un nouveau coup de projecteur sur les exactions de cette puissante organisation et l’ampleur de ses liens avec la sphère politique.
Fondé en 1952 en Corée du Sud par le révérend Sun Myung Moon, ce groupe religieux, controversé et connu pour ses dérives sectaires, va très rapidement se mêler de politique en adoptant une ligne anticommuniste. Implantée au Japon depuis 1959, la secte est officialisée en 1964 dans l’archipel. Selon son dogme religieux, la Corée est le pays d’Adam, le Japon celui d’Ève : raison pour laquelle une majorité de femmes sont recrutées au Japon.
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L’actuel président de la FFPMU, nouveau nom de la secte Moon au Japon, Tomihiro Tanaka, a reconnu le 10 août lors d’une conférence de presse à Tokyo, les liens de son organisation avec le monde politique. (Photo by Richard A. Brooks / AFP) AFP
Shinzo Abe de son vivant ne cachait pas ses liens avec la FFPMU. Le 10 août, Tomohiro Tanaka, leader de la FFPMU, a reconnu des « liens » privilégiés avec des politiciens japonais. Les membres de la secte sont même encouragés à être actifs dans la politique nationale et à prendre part aux élections
a-t-il dit. Il a insisté sur le fait que la FFPMU ne soutient pas de partis politiques, mais admis que des ponts
existent bel et bien avec le PLD. Ils remontent à l’époque du grand-père de Shinzo Abe, Nobusuke Kishi, alors Premier Ministre, qui s’inquiétait de la montée du communisme au Japon dans les années 60.
Victimes du système sectaire
Un lien qui s’est maintenu dans le temps malgré les victimes du système sectaire. Donations faramineuses, recrutement en porte-à-porte auprès des plus vulnérables… Depuis 1994, des dizaines d’affaires civiles et criminelles ont été portées devant les tribunaux de tout l’archipel. D’anciens membres dénoncent aussi une participation forcée aux emblématiques mariages collectifs, associés à l’image de la secte.

Les mariages collectifs entre fidèles de la secte Moon, ici en août 2018 à Gapyeong en Corée du sud, sont emblématiques de la secte. AFP
Membres du réseau national contre les « ventes dites spirituelles », les avocats Hiroshi Yamaguchi, Masaki Kito et Yasuo Kawai ont plusieurs fois sommé le gouvernement de dénoncer les pratiques de la secte. Les membres sombrent dans la pauvreté : quand ils ne peuvent pas payer, ils sont forcés à des activités illégales
, explique Hiroshi Yamaguchi. Je me bats pour ces victimes depuis 35 ans : ce sont toujours des personnes honnêtes qui s’inquiètent pour leurs familles.
Pour son militantisme, Hiroshi Yamaguchi reconnaît avoir fait lui-même fait l’objet de menaces et d’intimidation.
Un combat loin d’être terminé. La secte est tellement bien implantée, depuis si longtemps, dans les sphères politiques nippones que dès le lendemain du vaste remaniement ministériel décidé par Fumio Kishida, le 11 août, les médias japonais pointaient au moins cinq membres du nouveau cabinet comme ayant des liens avec Moon.