|
Inégalités dans l’accès aux soins. « Une bombe à retardement », préviennent les maires de France... |
1
Les maires de France alertent sur les inégalités croissantes dans l’accès aux soins en France, notamment dans les zones rurales. © ARCHIVES SIPA
Une désertification médicale qui s’accélère, des habitants des zones rurales qui accèdent moins aux hôpitaux : les maires de France alertent sur les inégalités croissantes dans l’accès aux soins en France, dans deux études publiées simultanément. Entretien avec Dominique Dhumeaux, premier vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), élu de Fercé-sur-Sarthe, localité de 600 habitants des Pays de la Loire.
L’offre de soins est mal répartie sur le territoire et elle se rétracte inexorablement
. Ce constat sans appel, c’est Séverine Salgado, directrice santé à la Mutualité française, qui l’a présenté ce mardi 8 décembre avec son premier baromètre santé réalisé avec l’Association des maires de France (AMF).
De ce fait, 11,1 % des Français habitaient dans un désert médical en 2019
, année sur laquelle porte l’étude, soit 7,4 millions de Français contre 5,7 millions en 2016 (8,6 %). Il y a une accélération de la désertification médicale
, constate-t-elle.
Une seconde étude, réalisée par l’Association des maires ruraux de France (AMRF), se veut encore plus alarmiste. Selon elle, les habitants des régions rurales consomment 20 % de soins hospitaliers en moins que ceux des villes
. La croissance des inégalités dans l’accès aux soins constitue une bombe à retardement »,
en particulier dans les zones rurales, prévient Dominique Dhumeaux, premier vice-président de l’AMRF, élu de Fercé-sur-Sarthe, localité de 600 habitants. Entretien.
Pourquoi l’AMRF a-t-elle demandé cette étude sur l’accès aux soins hospitaliers ?
Depuis quelques années, nous alertons les ministères et les parlementaires sur la dégradation de l’accès aux soins pour les habitants de nos villages. Mais rien ne bouge. On nous répète que tout va bien dans le meilleur des mondes, qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Nous avons donc fait le choix de nous appuyer sur le travail d’un chercheur pour voir si ce ressenti que nous avions en tant qu’élus ruraux était vrai ou si nous nous trompions. Nous avons constaté, hélas, que nous avions raison. L’objectif de ce travail c’est d’alerter le politique. Arrêtez cette fuite en avant !
Quelle est la situation dans le village dont vous êtes le maire ?
Nous disposons actuellement d’un seul généraliste pour un bassin de 15 000 à 20 000 habitants, alors que le seuil d’alerte est à 7 000. Dans le département, nous disposons de 360 généralistes pour 550 000 habitants, dont la moitié a plus de 60 ans. Une vingtaine d’entre eux exerce encore à plus de 70 ans. La situation est très alarmante.
Le gouvernement a-t-il pris des mesures pour pallier ce manque de généralistes ?
Avec le « Ségur de la santé », une nouvelle profession médicale intermédiaire pourrait certes être créée, un nouveau métier entre l’infirmier et le médecin. Mais nous devrons attendre 6 à 7 ans pour en voir les premiers résultats. Pareil pour la suppression du numerus clausus à l’université.
Or, il y a urgence. Quand quatre médecins partent en retraite, il n’y en a souvent que deux qui arrivent pour les remplacer. Dans mon département, dans trois ans, la moitié de la population n’aura plus de médecin si la tendance actuelle se poursuit. Nous allons vers une catastrophe sanitaire. C’est une bombe à retardement.