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En plein débat sur le pacte Dutreil, un baromètre fait le point sur les transmissions d’entreprises familiales... |
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Caroline Mathieu, déléguée générale de FBN Family Business Network France © DR
Alors que les débats concernant le pacte Dutreil sont vifs, le Family business Network, qui représente les entreprises familiales, a publié en ce mois de novembre son premier baromètre de la transmission des entreprises familiales, en collaboration avec EY et For talents. L’anticipation reste la règle d’or.
Le Family business Network (FBN) représente le réseau des entreprises familiales en France à travers 7 antennes régionales et 2 500 membres. En France, les entreprises familiales représentent 71 % des entreprises et contribuent à hauteur de 65 % de la valeur ajoutée, en générant 69 % des emplois. La moitié de ces entreprises seront transmises dans les 10 prochaines années. C’est dans ce contexte que le FBN vient de publier son premier baromètre de la transmission des entreprises familiales, en collaboration avec EY et For talents.
Le rôle prépondérant du pacte Dutreil
« Aujourd’hui, la transmission des entreprises familiales est un vrai enjeu de souveraineté nationale mais c’est un sujet qui est mal appréhendé, avance Caroline Mathieu, déléguée générale de FBN. On l’aborde toujours sous l’angle fiscal, comme le pacte Dutreil mais jamais à 360 degrés comme dans cette étude. »
Réalisé auprès de 183 dirigeants d’entreprises familiales, le baromètre met en effet en avant le rôle prépondérant du Pacte Dutreil : « Il est utilisé à hauteur de 85 % dans les transmissions. » Ce que corrobore le récent rapport de la Cour des comptes, qui pointe la montée en flèche des pactes Dutreil ces dernières années. Mais aussi la mobilisation pour sanctuariser ce pacte, malgré son coût pour les finances publiques.
Lire aussi : La Cour des comptes juge sévèrement le Pacte Dutreil : un faible retour économique au regard du coût du dispositif
Une transmission à multiples facettes
Blandine Bessin-Bazil de For talents souligne de son côté un autre aspect : « Avec ce baromètre, c’est la première fois qu’on peut mesurer avec des chiffres précis ces sujets humains et émotionnels. » 54 % des transmetteurs craignent de léguer un fardeau, et 40 % des receveurs redoutent que leur prédécesseur ait du mal à lâcher prise. Et les deux craignent que la transmission génère des tensions familiales. « On voit que la nouvelle génération des receveurs, souvent des quadras, éprouve une appétence plus forte à se faire accompagner sur ces sujets émotionnels, » constate Sébastien Vouaux, chez EY
Comme le facteur temps qui joue beaucoup : « Entre le moment où l’idée de transmettre naît dans l’esprit du dirigeant et sa réalisation dans l’entreprise avec la personne qui reprend, il peut s’écouler entre 5 et 10 ans, » rappelle Caroline Mathieu. Sachant qu’un dirigeant sur deux est en âge de transmettre, il y a une vraie urgence à anticiper. Et « si 92 % ont envie ou ont l’intention de transmettre, on voit que seulement 9 % des plus de 65 ans ont lâché à la fois pouvoir et capital, ce qui reste assez faible, » divulgue Sébastien Vouaux.
Anticiper, la règle d’or
« On voit que l’anticipation est la première des règles d’or. » Tout le travail du réseau FBN, qui organise régulièrement des rencontres pour tous des dirigeants actionnaires d’entreprises familiales sur des échanges de bonnes pratiques, et retours d’expériences.
« Il faut que la transmission soit à l’agenda des conseils d’administration, du côté de l’entreprise, comme à l’agenda des conseils de famille pour élaborer une gouvernance familiale. » Dans le baromètre, 75 % des receveurs ont mis en place une gouvernance familiale structurée entre chartes, conseils de famille ou séparation des rôles. « Communiquer en transparence pour déjà identifier s’il y a des appétences, identifier s’il faut mettre en place un certain nombre de compétences à acquérir. Si on décèle qu’il y a une envie parmi la nouvelle génération ou pas. »
Si la nouvelle génération n’est pas prête, d’autres scenarii de continuité sont possibles. « Dans 30 % des cas en France, et beaucoup plus fréquemment en Allemagne, il peut avoir séparation entre la propriété et le management, » constate la déléguée générale de FBN « le capital va rester aux mains de la famille, les actionnaires seront familiaux et ils vont déléguer le management à un dirigeant qui ne sera pas de la famille. » L’important demeurant la pérennité et la pérennité d’une entreprise familiale.