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EN IMAGES. Guerre au Moyen-Orient : des dépôts de carburant en feu plongent Téhéran dans la nuit, en plein jour... |
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Des véhicules circulent sur une autoroute, passant devant une statue commémorative de guerre et un panneau d’affichage représentant le défunt guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors d’une frappe aérienne le 28 février, avec des panaches de fumée noire qui s’élèvent, à Téhéran le 8 mars 2026. © AFP
Un air d’apocalypse : les habitants de Téhéran se sont réveillés dimanche matin avec l’impression d’être encore en pleine nuit, une épaisse fumée noire qui se dégage de plusieurs dépôts pétroliers attaqués plongeant la capitale iranienne dans l’obscurité.
« J’ai cru que mon réveil avait un problème », confie sous couvert d’anonymat un chauffeur d’une cinquantaine d’années, au diapason des réactions des Téhéranais, déboussolés par un noir ambiant inhabituel et par le besoin d’allumer la lumière en plein jour.
À 7h, des véhicules étaient toujours obligés de rouler avec les phares allumés sur l’avenue Valiasr, longue de 17 kilomètres et qui traverse la capitale iranienne du nord au sud.
Managed to film at the Shahran oil depot in Western Tehran that was targeted by airstrikes last night. The oil still seems to be burning. We saw flames coming from some of the destroyed oil storage tanks. Also destroyed tanker trucks outside the gate. Sorry for audio issues, was… pic.twitter.com/DYrsJbaY3t
— Frederik Pleitgen (@fpleitgenCNN) March 8, 2026
Un temps pluvieux avec d’épais nuages gris ajoute encore plus de confusion à la raison de cette obscurité inhabituelle. Dans le ciel, ces nuages s’entremêlent aux épaisses fumées noires de dépôts pétroliers toujours en feu.
Elles s’étendent et recouvrent Téhéran, capitale grande comme 2,5 fois Paris, sur des dizaines de kilomètres.
Suivez notre direct du dimanche 8 mars consacré à la guerre au Moyen-Orient

Des panaches de fumée s’élèvent après les frappes aériennes sur des dépôts pétroliers le 8 mars 2026 à Téhéran, en Iran. Getty Images via AFP / MAJID SAEEDI
Des airs apocalyptiques
Ces scènes donnent à la ville des airs apocalyptiques, avec une odeur de brûlé prégnante dans certains quartiers, au neuvième jour de guerre déclenchée par une attaque d’Israël et des États-Unis contre l’Iran.
C’est la première fois depuis le début du conflit qui embrase le Moyen-Orient que des infrastructures pétrolières en Iran sont ciblées.
Quatre dépôts de pétrole et un site logistique de produits pétroliers à Téhéran et ses environs ont été visés par des frappes, qui ont fait au moins six morts et une vingtaine de blessés, selon les autorités.
Sur l’un des dépôts de carburant touchés à Téhéran, le pétrole se consume toujours. Des flammes ont repris de plus belle et crépitaient plus de 12 heures après les frappes israéliennes.
En juin 2025, lors de la guerre des 12 jours, Israël avait déjà attaqué des dépôts de carburant à Téhéran.

An image shows the oil-soot residue from Tehran's petroleum storage facilities, which are struck during a U.S.-Israeli military campaign last night, washed down by the rain in the yard of a house in Tehran, Iran, on March 8, 2026. NurPhoto via AFP / MORTEZA NIKOUBAZL

Vue d’une zone résidentielle alors que le ciel nuageux s’assombrit sous l’effet des résidus de suie provenant des installations de stockage de pétrole de Téhéran, touchées lors d’une campagne militaire américano-israélienne à Téhéran, en Iran, le 8 mars 2026. NurPhoto via AFP / MORTEZA NIKOUBAZL
Rationnement d’essence
Aux abords du dépôt, des forces de sécurité avec des masques de protection respiratoire sur le visage et en imperméable, pour se protéger des retombées toxiques, filtrent la circulation.
Les autorités ont averti que les dégagements toxiques pouvaient « provoquer des irritations des voies respiratoires et des yeux » et ont appelé les habitants à rester à l’intérieur. Selon le Croissant-Rouge iranien, « d’importantes quantités d’hydrocarbures toxiques, de soufre et d’oxydes d’azote » ont été libérées dans l’air.
Les vitres des immeubles résidentiels aux alentours ont été totalement soufflées par des explosions.
À des dizaines de kilomètres de là, des habitants nettoient au balai leurs balcons et devantures de fenêtres, couvertes d’un mélange de pluie et d’épaisses flaques d’essence.
Le gouverneur de la province de Téhéran, Mohammad Sadegh Motamedian, cité par l’agence Irna, a annoncé dans la matinée que la distribution d’essence était « temporairement interrompue » mais appelé la population à ne « pas s’inquiéter ».
La distribution est désormais limitée à 20 litres par véhicule.
Dimanche, de longues files d’attente s’étendent le long des stations-service de Téhéran.
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Une épaisse fumée s’élève au-dessus de Téhéran après que des dépôts pétroliers ont été ciblés lors des frappes aériennes menées par les États-Unis et Israël le 28 février à Téhéran, le 8 mars 2026. Anadolu via AFP / FATEMEH BAHRAMI
100 000 personnes ont fui Téhéran
L’AFP a compté une quarantaine de véhicules devant l’une d’elles, au jour de la reprise du travail après une semaine fériée décrétée après la mort du guide suprême, Ali Khamenei, tué dès le début de la guerre.
En juin, lors de la dernière guerre, environ six millions d’habitants avaient quitté Téhéran, une ville qui en compte en temps normal plus de dix millions, selon les médias locaux.
Cette fois, la majorité est restée. L’ONU a estimé mardi qu’environ 100 000 personnes avaient fui Téhéran.
Si la capitale iranienne avait des allures de ville fantôme aux premiers jours de la guerre, ce n’est plus le cas.
Davantage de piétons et véhicules s’aventurent dehors. Et dimanche, environ un magasin sur deux était ouvert à Téhéran, tous plongés dans le noir.