Accueil Info En France et dans le Monde En Croatie, défenseurs de l’environnement et professionnels de l’élevage unis contre des projets avicoles ukrainiens

En Croatie, défenseurs de l’environnement et professionnels de l’élevage unis contre des projets avicoles ukrainiens

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photo  une manifestation a eu lieu à zagreb, le 21 février, contre les projets avicoles.  ©  matej marjanovic 1

Une manifestation a eu lieu à Zagreb, le 21 février, contre les projets avicoles. © Matej Marjanovic

Des milliers de Croates ont protesté dans les rues de leur capitale, Zagreb, contre deux mégaprojets avicoles, portés par des investisseurs ukrainiens. Cette initiative d’un collectif d’associations environnementales est soutenue par la profession agricole croate, qui craint pour la survie de son modèle de fermes familiales.

Plusieurs milliers de Croates sont descendus dans les rues de la capitale, Zagreb, il y a une semaine, pour demander l’arrêt définitif de deux mégaprojets de filières avicoles engagés par des sociétés détenues par des oligarques ukrainiens. Ce sont en effet vingt demandes de permis de construire, à différentes étapes de validation par les autorités locales, qui inquiètent les associations de protection de l’environnement en Croatie, soutenus dans leur démarche par les producteurs de volailles du pays.

Les sociétés ukrainiennes MHP et PCC veulent en effet investir dans la région de Sisak-Moslavina, au sud-est de Zagreb, qui a souffert de tremblements de terre en 2020. Ces deux projets de filières avicoles pourraient au total produire 103 millions de poulets par an, soit plus de quatre fois les quantités actuellement produites en Croatie. Les volumes seraient destinés principalement à l’exportation dans l’Union européenne, mais la concurrence serait inévitable avec les fermes familiales croates actuelles.

Plusieurs millions d’euros investis

Propriété de Renaissance capital, fondée par l’oligarque ukrainien Andrii Matiukha, la société PCC (Premium Chicken Company, ex-Petrinja Chicken Company) annonce un investissement de plus de 500 millions d’euros pour une capacité de 150 000 tonnes de poulets. Jasna Sumanovac, de l’association Green Action qui a alerté les parlementaires européens début février, liste les demandes de permis de construire sur neuf sites, qui ont été déposées de façon indépendante, au détriment d’une évaluation de l’impact environnemental global. Une de ces demandes porte par exemple sur l’implantation de huit fermes de douze bâtiments de 50 400 places de poulets chacun (soit une production annuelle de 31,5 millions de poulets).

Le projet de PCC comprend également la construction de logements et l’emploi de 3 500 travailleurs, ainsi qu’un engagement dans la communauté (sponsoring sportif, bourses pour les étudiants…).

De son côté, MHP, propriété d’un autre oligarque ukrainien, Yuriy Kosiuk, envisage un projet assez similaire, pour un investissement du même ordre de grandeur avec onze sites potentiels, des fermes aux abattoirs. Ce dernier est pour l’instant à l’arrêt car MHP a acquis en 2025 une position dominante dans une société avicole espagnole.

Des « impacts insupportables »

Si ces projets arrivent à terme, ils représenteraient, selon les associations de protection de l’environnement, un vrai danger dans une zone pour partie classée Natura 2000. Nous voyons que les projets sont déposés individuellement alors qu’il est évident qu’ils sont tous interconnectés et que leurs impacts combinés sont insupportables pour la région, pointe Jasna Sumanovac. Il détaille les projets : Selon les données disponibles, le plan global comprend un méga-abattoir doté d’une station de biogaz à Sisak, une station d’accouvage de 120 millions de poulets par an, treize fermes d’élevage pour une capacité de 103 millions de poulets par an, trois abattoirs de 270 millions de poulets annuels, plus deux usines d’aliments pour animaux de 500 000 tonnes par an.

Outre le marché croate, dont la production locale répond déjà à plus de 90 % de la demande intérieure, les exportations futures de ces deux projets pourraient également déstabiliser les filières dans d’autres pays de l’Union européenne.

 

 
Yanne Boloh    Ouest-France  

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