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Éducation à la sexualité : de l’école au lycée, que contient le programme qui vient d’être dévoilé ?... |
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Un cours d’éducation à la vie affective et sexuelle dans un lycée de Rennes, le 14 février 2024. © DAVID ADEMAS / OUEST-FRANCE
Concrètement, à quoi vont ressembler les cours d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, de la maternelle au lycée, dès la rentrée de septembre ? Le programme complet a été dévoilé mardi 5 mars.
Depuis 2001, les élèves des écoles, collèges et lycées doivent bénéficier d’au moins trois séances annuelles d’éducation à la sexualité. Or, L’objectif fixé par la loi « n’est à l’évidence pas réalisé », avait admis en 2021 un rapport de l’Inspection générale de l’Éducation. En 2023, trois associations ont attaqué l’État en justice pour « demander l’application pleine et entière de la loi de 2001 ».
Ce mardi 5 mars 2024, le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a dévoilé le nouveau programme d’éducation à la sexualité. Il s’appliquera dès la rentrée 2024, de l’école maternelle au lycée.
Globalement, le programme est construit sur trois axes : se connaître soi-même, vivre et grandir avec son corps ;?rencontrer les autres et construire avec eux des relations, s’y épanouir ;?et trouver sa place dans la société, y être libre et responsable. Voici, concrètement, comment cela va être inculqué aux élèves.
En maternelle
En maternelle, on parle d’éducation à la vie affective et relationnelle, plutôt que d’éducation à la sexualité. Parmi les objectifs fixés par l’Éducation nationale, on trouve : « Apprendre à connaître son corps », « comprendre ce qu’est l’intimité », « comprendre ce qu’est un secret », « identifier les adultes de confiance et apprendre à faire appel à eux » ou encore « vivre l’égalité entre les filles et les garçons et la liberté d’être soi-même dans les temps et les lieux de l’école ».
Les activités proposées aux enseignants sont diverses. Il s’agit par exemple, en petite section de maternelle, de « repérer et nommer les différentes parties du corps », « repérer et nommer les ressemblances et les différences physiques entre les filles et les garçons ». À partir de la moyenne section, il est proposé de « s’approprier la notion d’intimité à partir de différentes situations de la vie quotidienne ». Et, en grande section, un atelier d’observation des jeux de la cour de récréation peut être organisé pour identifier les espaces disponibles tant pour les garçons que pour les filles, par exemple.
À l’école primaire
Les premières années de l’école primaire, l’éducation à la vie affective et relationnelle continue de se baser sur la considération du corps, des émotions et des règles de la vie collective. Puis, « étant donné les changements induits par la puberté et le passage progressif de l’enfance à l’adolescence », cette éducation évolue afin de permettre aux élèves « d’appréhender de manière éclairée les changements qu’ils constatent et éprouvent ».
Les objectifs fixés pour ces années d’école primaire sont, par exemple, de « grandir en s’estimant soi-même et en protégeant son intimité », « explorer la question du consentement », « repérer et examiner les stéréotypes de genre » ou encore « connaître ses droits et se protéger dans les relations avec les autres et dans les réseaux sociaux ».
En CP, il est proposé aux enseignants de « nommer précisément les parties du corps, dont les parties intimes, en utilisant les termes scientifiques ». En CE1, de « lire des albums présentant différents types de familles et comprendre qu’il en existe une grande variété (hétéroparentale, monoparentale, homoparentale, adoptive, recomposée, sans enfant, etc.) ». Autre exemple, à partir du CM1, un sondage peut être organisé avec les élèves pour « évaluer leurs connaissances autour des risques et des enjeux de protection sur les réseaux sociaux, les plateformes de jeux vidéo ».
Au collège
En classe de 6e, l’un des objectifs est de « comprendre et apprendre à vivre les changements de son corps ». À partir d’œuvres artistiques ou littéraires, les élèves peuvent « observer et analyser la diversité des représentations du corps sexué ».
En 5e, il s’agit par exemple de « développer librement sa personnalité : savoir s’affirmer sans se sentir obligé ou contraint ». Sur la thématique des réseaux sociaux, l’Éducation nationale propose d’« analyser des publications d’adolescents dans les réseaux sociaux pour identifier et différencier ce qui relève de la vie privée ou de la vie publique, ce qui est légal ou ne l’est pas ».
En 4e, un des objectifs est de « mettre en place et examiner les différentes définitions de la sexualité : reproduction, désir d’enfant, plaisir, amour, etc. ». Le programme propose aux enseignants et à leurs élèves de « réaliser une exposition de sensibilisation sur les stéréotypes et les questions d’égalité » à destination des autres collégiens.
Enfin, en 3e, toujours à titre d’exemple, les élèves doivent apprendre à « inscrire la sexualité dans la définition et le respect des droits humains ». Parmi les activités proposées pour cette année-là, les collégiens peuvent fabriquer une affiche d’information sur les ressources locales et nationales en matière de contraception et d’IVG, par exemple.
Au lycée
Au lycée, le programme invite « au développement de connaissances plus précises ou plus complètes et au développement de la capacité de questionnement des élèves ».
En Seconde, l’une des thématiques abordées est « l’intime à l’ère des réseaux sociaux ». Parmi les activités proposées, on trouve l’analyse de scènes de rencontre dans des œuvres, permettant de réfléchir « aux effets produits au fil des événements (timidité, plaisir et jeu de la séduction, pudeur, peur et souffrance de l’échec, etc.) ».
En Première, un des axes étudiés est la question du consentement. Les élèves peuvent être invités, par exemple, à définir les termes suivants, en s’appuyant sur la législation : « harcèlement », « cyberviolence », « outrages sexistes », « agressions sexuelles », « viol », « diffamation », « délais de prescription ».
Enfin, en Terminale, les élèves peuvent apprendre à « s’éprouver dans sa sensibilité propre pour se connaître ». L’un des ateliers proposés est d’étudier, dans la littérature ou la philosophie, « la palette des métaphores culinaires dans le vocabulaire de la sexualité ».