|
ÉDITORIAL. Quand la fiction s’empare du réel... |
1
La série « Adolescence » est diffusée sur Netflix. © Netflix
La série télévisée britannique « Adolescence », qui met en scène l’histoire d’un garçon de 13 ans soupçonné d’avoir tué l’une de ses camarades de classe après des échanges toxiques et misogynes sur les réseaux sociaux, a créé de nombreux débats au Royaume-Uni. À tel point que la série sera diffusée à titre de prévention dans les collèges et lycées britanniques.
C’est une série télévisée britannique qui fait beaucoup parler d’elle depuis sa sortie il y a trois semaines. Adolescence met en scène l’histoire d’un garçon de 13 ans soupçonné d’avoir tué l’une de ses camarades de classe après des échanges toxiques et misogynes sur les réseaux sociaux.
Sa diffusion a créé de nombreux débats au Royaume-Uni, dans les familles et les médias. Les spectateurs y ont découvert avec effarement et une forme d’impuissance comment les adolescents subissent un monde virtuel qui peut les déconnecter de la réalité. À tel point que la série sera diffusée à titre de prévention dans les collèges et lycées britanniques.
« Interrogations et angoisses bien réelles »
Les séries, sonnettes d’alarme de nos dysfonctionnements ? C’est, ici, le cas. Certes, ces créations qui battent des records d’audience sur les plateformes de streaming et font l’objet de débat en famille, entre amis, à la machine à café… ne datent pas d’hier. Le genre est né dans les années 1950 aux États-Unis. Mais Céline Bryon-Portet, professeure en sciences sociales à l’Université Paul-Valéry de Montpellier (Hérault), pointe une évolution : « Ce n’est pas nouveau de s’inspirer de la réalité dans des œuvres. Ce qui l’est, ce sont les séries qui s’inspirent d’interrogations et d’angoisses bien réelles ». (1)
Environnement, pandémie, politique, avancées technologiques, fait divers… sur ces thèmes, les séries s’inspirent de plus en plus des « signaux faibles » de nos sociétés. Et même lorsque ce sont des dystopies représentant un futur sombre ou dangereux, elles mettent en lumière des problématiques de notre présent. « Les meilleurs livres sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà  » , écrivait Georges Orwell, maître du genre. Les séries l’ont visiblement compris.
Questionnement du téléspectateur
Certains jugent à juste titre qu’elles peuvent être addictives, effrayantes, véhiculer des comportements anormaux ou des arrangements historiques. Qu’elles sont porteuses d’un propos idéologique destiné à influencer le plus grand nombre. Mais nombreuses sont celles qui mettent en avant des faits, passés ou actuels. Ce qui, dans un monde où les « faits alternatifs », notamment en politique, offrent une vision d’un monde parallèle, est une vertu qui mérite d’être saluée.
Sans généraliser l’intention d’une production devenue pléthorique et inégale en qualité, les séries peuvent mettre les téléspectateurs devant une forme de questionnement : quel est mon rôle dans le sujet, que puis-je y faire ? Comme une mise en garde qui sous-tendrait une responsabilité de celui qui regarde ou une invitation à une réflexion collective.
C’est ce qui semble se produire avec Adolescence. Combien d’adultes, découvrant un monde des réseaux sociaux parfois lointain, ont conversé avec leurs enfants après le visionnage de la série ? Beaucoup sans doute.
Dans ce rapport au réel, les scénaristes des séries ne s’emparent-ils pas de sujets que la société et la sphère politique peinent à appréhender, voire à régler ? Ne viennent-ils pas combler un vide démontrant nos lacunes collectives ? On peut malheureusement le penser.