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ÉDITORIAL. La course à l’Élysée démarre tête baissée, sans prendre le temps d’écouter les Français... |
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Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, est enjoint de démissionner par certains de ses cadres, qui lui reprochent de ne pas avoir clairement coupé les ponts avec La France insoumise. Ici, le 24 mars, à l’Assemblée nationale, où les députés ont observé une minute de silence en hommage à l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin. © Stéphane Geufroi / Ouest-France
Les polémiques politiciennes et les affrontements fratricides ont repris leurs droits dès mardi, moins de 48 heures après les municipales. Sans attendre que les nouveaux maires soient installés. Sans se soucier du spectacle donné à des citoyens qui viennent de bouder les urnes. Et sans se poser de questions.
La victoire a été de (très) courte durée. À peine les estimations connues que chaque parti, dimanche soir, s’empressait de trompeter à tout va qu’il avait remporté les municipales. À sa façon. L’un en mettant en avant la grosse ville tombée dans son escarcelle, l’autre en parlant de celle qu’il a sauvée, celui-ci en soulignant la progression de son nombre d’élus, celui-là en expliquant qu’il est numéro un dans une catégorie particulière de communes… Tout en passant soigneusement ses revers sous silence.
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Avec un peu de recul, force est de constater que personne n’a franchement perdu plutôt que tout le monde a gagné. Et que rien n’est réglé pour « la suite ».
Dès mardi, quarante-huit heures à peine après la clôture du scrutin, les partis dits « de gouvernement » ont plongé dans la tourmente. Ils ont beau avoir conservé ou décroché le plus de mairies, leurs patrons sont publiquement contestés par leurs propres troupes.
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Le rendez-vous des primaires
Olivier Faure est enjoint de démissionner par certains de ses cadres, qui lui reprochent de ne pas avoir clairement coupé les ponts avec La France insoumise. Le premier secrétaire du PS a rejeté tout accord national sans interdire les arrangements locaux. Il n’en a voulu aucun mais il est tenu pour responsable de chaque échec. De la confusion et des moqueries qui ont suivi. Et sommé de renoncer à inscrire le PS à la primaire de la gauche, programmée le 11 octobre prochain.
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Bruno Retailleau envisage trois scénarios pour désigner le candidat de la droite. Primaire ouverte, primaire fermée ou choix du chef. Ses concurrents ne veulent d’aucune de ces propositions, toutes considérées comme à l’avantage du président des Républicains. David Lisnard, réélu maire de Cannes (Alpes-Maritimes) mais candidat déclaré pour la présidentielle, quitte le parti en claquant la porte.
Gabriel Attal suggère la création d’un « comité de liaison » chargé de désigner le futur champion du bloc central (Renaissance, Horizons, MoDem, UDI) le matin ? Édouard Philippe rappelle le soir qu’il n’a aucunement l’intention de se soumettre à une primaire.
Toutes ces dissensions ont éclaté le même jour : celui du retour des prises de bec partisanes à l’Assemblée nationale, sur fond de guerre au Moyen-Orient et de flambée des prix à la pompe. Sans attendre que les conseils municipaux composés dimanche aient installé leurs nouveaux maires. Sans se soucier du piètre spectacle donné à des citoyens qui viennent de bouder les urnes. S ans prendre le temps d’écouter les Français sur ce qui vient de se passer.
Sont-ils las des « tambouilles » politiciennes ? Se sentent-ils mal représentés ? Qu’attendent-ils de leurs élus ? Ceux qui aspirent à rediriger le pays devraient se pencher sur ces questions avant de se lancer tête baissée dans la course à l’Élysée. Leurs désunions sont la clé de la victoire des extrêmes en 2027. L’auraient-ils déjà oublié ?