ÉDITORIAL. Guerres saintes

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photo  dès sa première campagne présidentielle, donald trump avait convié des pasteurs, le 5 octobre 2016, pour une prière commune augurant de son élection, à las vegas.  ©  mike segar, reuters 1

Dès sa première campagne présidentielle, Donald Trump avait convié des pasteurs, le 5 octobre 2016, pour une prière commune augurant de son élection, à Las Vegas. © Mike Segar, REUTERS

La guerre en cours pourrait presque apparaître comme une guerre sainte entre les trois grandes religions monothéistes, observe Laurent Marchand, rédacteur en chef délégué chargé de l’Europe et de l’international. Un glissement dangereux est en train de s’opérer, analyse-t-il, car les « fous de Dieu » ne sont plus seulement à Téhéran mais aussi à Washington et Tel Aviv.

Le sujet n’est probablement pas prioritaire, face aux destructions en cours au Moyen-Orient et à l’impact économique majeur de la guerre contre l’Iran. Mais les symboles comptent aussi. Jeudi 5 mars, au sixième jour de sa « Fureur épique », on a vu Donald Trump organiser une prière collective dans le Bureau ovale, entouré de représentants des églises évangéliques. La main de Dieu étant censée guider le président américain dans sa guerre contre Téhéran.

Dans le même temps, les extrémistes religieux du gouvernement Netanyahou n’ont de cesse d’effacer le terme de Cisjordanie, pour le remplacer par l’appellation « Judée et Samarie », de source biblique. L’opération est évidente. Il s’agit d’éliminer toute revendication palestinienne et de renforcer la fable tragique selon laquelle les colons n’occuperaient pas des terres qui ne leur appartiennent pas mais reprendraient possession de leur terre… 2 000 ans après.

Des « fous de Dieu »

Huit États américains à majorité républicaine ont décidé de promouvoir une loi imposant l’utilisation du terme « Judée et Samarie » à la place de « Cisjordanie » dans les documents officiels. Cette initiative vise à pousser la Maison-Blanche à reconnaître l’annexion de ces terres par Israël. Toujours au nom de Dieu.

Si l’on rappelle que l’Iran est une république théocratique islamique, la guerre en cours pourrait presque apparaître comme une guerre sainte entre les trois grandes religions monothéistes. Les fous de Dieu ne sont plus seulement à Téhéran, ils sont aussi à Washington et Tel Aviv.

En réalité, derrière la propagande, de vrais esprits religieux souffrent. Le curé catholique de Gaza a subi l’horreur l’an dernier. Les prêtres maronites ou grecs melkites au Liban subissent eux aussi les bombes israéliennes depuis trois semaines ; ils ne bénissent aucun missile. Les familles chiites des quartiers sud de Beyrouth ne sont pas toutes des terroristes du Hezbollah. Les familles juives réfugiées dans les abris à chaque alerte, subissent, elles aussi, la guerre. Et le pape, américain, ne cesse de prendre le contrepoint de Donald Trump.

Un glissement dangereux

On aurait tort, pour autant, de ridiculiser trop rapidement cette symbolique religieuse ainsi mise en scène. Car au moment où notre sphère de l’information est polluée par les pires techniques de désinformation, au moment où la rumeur peut l’emporter de nouveau sur la rationalité – comme dans une sorte de résurgence moyenâgeuse – ce retour du religieux peut trouver son emprise.

La post-vérité, c’est la voie grande ouverte au retour de la croyance. De l’adhésion inconditionnée. L’émotion prime, la manipulation opère, la capacité de discernement passe par pertes et profits, la nouvelle ère des masses éteint les personnes. Bref, derrière le grotesque de la farce que semble représenter la prière de Donald Trump, un glissement très dangereux est peut-être en train de s’opérer. Sous nos yeux incrédules.

 
Laurent Marchand    Ouest-France  

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