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Des températures trop douces et maintenant du gel : pourquoi les vignerons retiennent leur souffle... |
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En 2021, le gel avait causé des dégâts considérables sur les vignes, mais aussi dans les vergers, provoquant, selon le ministre de l’Agriculture de l’époque Julien Denormandie, « la plus grande catastrophe agronomique du début de siècle ». Ici, dans le vignoble du muscadet. © Archives Ouest-France/ Franck Dubray.
Avec les températures négatives qui étaient attendues dans la nuit de jeudi à vendredi, les viticulteurs redoutent que le gel endommage leurs vignes, dont le stade est, une nouvelle fois, particulièrement avancé en ce printemps.
« Le gel de ce matin a été léger, mais les températures à venir seront plus froides encore, donc le gros des dégâts devrait avoir lieu demain. » Producteur de Crémant de Loire, au sud d’Angers, David Maugin croisait les doigts, hier, pour que la nuit ne soit pas trop dure pour ses vignes.
Météo France prévoyait - 2°, au lever du jour, à Lhomme dans la Sarthe, sur les terres de l’appellation Jasnières. Les premières heures de la journée, ce vendredi, sont celles de tous les dangers. Le monde agricole ligérien retient son souffle, des coteaux du Layon au pays nantais, jusqu’aux vergers de pommiers du Val de Loire.
Ce n’est pas tant le gel (pas si tardif que ça) qui pose problème, mais la douceur hivernale, causée par le dérèglement climatique, et le stade avancé de la végétation. « Nous avons trois semaines d’avance. Nous sommes en Anjou au même stade que les vignes méridionales, éclaire Guillaume Gastaldi, référent viticulture à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Les bourgeons sont en début de cycle, et si les températures tombent en dessous de -1, cela peut les détruire. »
« Les équipes sont en mode combat »
Les parcelles en bas de coteaux ou plus humides sont particulièrement sensibles. Les « petites » appellations aussi, de par leur périmètre géographique resserré.
Comme en 2021, où le gel avait causé une catastrophe agronomique inédite, avec - 30 % de rendement sur la vigne en France, plusieurs domaines prennent les devants. « Les équipes sont en mode combat et adaptent les solutions au cas par cas », témoigne Édouard Massart, dans le pays du muscadet, président du syndicat des vignerons des Pays de la Loire.
En activant leurs éoliennes et en allumant des fils chauffants ou bougies, les viticulteurs espèrent, ici et là, gagner quelques degrés. Mais le coût de ces investissements est impossible à supporter pour beaucoup, sans même parler du temps passé à les installer : de 5000 à 20 000 € l’hectare environ, selon que l’on choisisse des bougies ou une tour à vent. Dans le Layon, un viticulteur glisse dans une boutade que lui ira faire un tour à la chapelle du village. Là où, jadis, les vignerons demandaient à Saint Francaire de l’eau, lors des sécheresses.
La période s’annonce éprouvante, avec d’autres risques de gelées dans les semaines qui viennent. Il est cette fois question d’autres saints : les saints de glace, qui commenceront le 11 mai cette année et qui, selon la tradition, sonne la fin de l’hiver. « Jusqu’à cette date, la récolte est en suspens, précise Guillaume Gastaldi. Il faut être très costaud, psychologiquement. »
C’est d’autant plus vrai que le monde du vin se prend de plein fouet plusieurs crises. Ventes compliquées à l’export en raison des nouvelles taxes douanières, baisse de consommation en France… Les vignerons n’avaient « vraiment pas besoin » de ce nouveau coup de froid. « Si on n’a pas de vin cette année, c’est vraiment la cata » résume Vincent Denis, en Anjou.