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Comment le zoo de La Flèche est devenu l’un des plus grands de France... |
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Créé par Jacques Bouillault (photos en noir et blanc), le zoo de La Flèche s’est constamment développé et fait partie, aujourd’hui, des plus importants zoos de France. Ses soigneurs sont aussi la vedette de l’émission « Une saison au zoo », sur « France 4 ». © Archives Ouest-France/Archives Franck Dubray, Ouest-France
En 1946, un tout jeune naturaliste fléchois, Jacques Bouillault, crée le premier zoo privé de France de l’après-guerre. Aujourd’hui, le zoo de La Flèche, dans la Sarthe, est l’un des cinq plus grands du pays.
« Ma passion pour les animaux remonte à ma prime jeunesse. J’étais un explorateur à quatre pattes dans le jardin de mes grands-parents. On appelle ça la vocation. »
Il a suffi d’une étincelle, d’un rien, une « magnifique chenille » de Machaon en promenade sur des fanes de carottes, pour embraser le cœur d’un petit Fléchois des Années folles qui, plus tard, créera ce qui allait devenir l’un des plus célèbres zoos de France. C’est ce que l’on appelle l’effet papillon !
Jacques Bouillault n’appartient plus au monde des hommes et des animaux depuis le printemps 2009 et, aujourd’hui, beaucoup de visiteurs du zoo de La Flèche ne connaissent pas son nom. C’est pourtant bien avec ce personnage hors normes que l’aventure commence.
Le passionné de la colline rouge
Nous sommes à La Flèche, jolie petite ville sarthoise des bords du Loir, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Jacques Bouillault, 22 ans, vient de s’installer sur le grand domaine du Tertre Rouge, propriété de son épouse.

Jacques Bouillault, fondateur du zoo de La Flèche. Archives PHILIPPE CHEREL, Ouest-France
À l’époque, c’est « une riante clairière au milieu d’une pinède somptueuse », écrit l’éditeur de son premier livre, L’Ami des aigles, paru en 1956. Très vite, la propriété des Bouillault, où Jacques exerce la profession de taxidermiste, devient « une petite réserve où les animaux vivent en paix » et un but de promenade pour les familles des alentours.
D’autant que le jeune homme à la barbe en collier ne manque jamais une occasion de partager sa passion. Sans l’avoir vraiment cherché, le naturaliste venait de créer le premier zoo de France de l’après-guerre. « Au départ, on ne parlait pas vraiment de zoo, dit-il à Ouest-France en 2005. On allait voir Bouillault avec ses animaux, c’est tout. »
L’ancien taxidermiste sarthois Jean Martin, qui deviendra un ami intime de Jacques Bouillault, se souvient de sa toute première visite au « zoo ». C’était un jeudi après-midi. Il devait avoir 8 ans. « Nous sommes arrivés, à vélo, dans une forêt. Un chemin rempli de bruyères. Une porte. Une allée. Et un monsieur encore très jeune nous a accueillis. Dans son parc, il y avait un blaireau, un renard, une buse, des chouettes… Il les connaissait par cœur et les présentait comme personne. C’était merveilleux ! Après cela, mon copain Jean et moi y sommes retournés tous les jeudis. »
La première caisse du zoo, une boîte à gâteaux
Devant le succès rencontré par son jardin zoologique, le naturaliste commence à demander une petite participation aux visiteurs. Oh ! Pas pour s’enrichir – la suite de l’histoire montrera qu’il n’a jamais été un homme d’argent – mais pour pouvoir faire face aux frais d’entretien des animaux, toujours plus nombreux. « Son oncle Jean tenait une caisse rudimentaire sur une chaise, à l’entrée, avec un petit carnet et une boîte à gâteaux pour mettre la monnaie », se souvient Jean Martin.
Les années passent et « l’ami des aigles » fait de plus en plus parler de lui. Le zoo du Tertre Rouge s’est organisé et enrichi d’animaux exotiques. Et sa fréquentation décolle. « Dans les grandes années, il accueillait plus de 250 000 visiteurs par an, rappelle Jean Martin. Je me souviens qu’à la fin de l’année scolaire, il nous arrivait trente ou quarante cars d’enfants par jour ! »
En 1960, Jacques Bouillault avait aussi créé un musée d’histoire naturelle (qui n’existe plus aujourd’hui) inspiré par l’American Museum of Natural History de New York qu’il avait découvert avec Jean Martin. Ce grand bâtiment installé au sein du zoo abritait une collection de 500 animaux naturalisés de la faune régionale.
Un conteur mais pas un comptable
La télé s’intéresse évidemment au naturaliste. D’autant qu’il est ce que l’on appelle dans le métier « un bon client ». Passionné, séducteur, conteur hors pair, un rien cabot, il a le verbe facile et sait comme personne transmettre ses grandes connaissances et son amour des animaux.

Jacques Bouillault et l’un des tigres du zoo du Tertre Rouge à La Flèche (Sarthe). archives
Par passion, toujours, et pour enrichir ses visites au Tertre Rouge, Jacques Bouillault a aussi fréquemment étudié les animaux « exotiques » dans leur milieu naturel. Il deviendra même « l’un des guides les plus fameux de la brousse africaine ». Ce qui lui vaudra, en Tanzanie, le surnom de Simba (le lion).
Le « père Bouillault » est un conteur. Mais pas un comptable. Au milieu des années 1980, le zoo connaît de graves difficultés financières. À la fin de la décennie, il doit déposer le bilan. Le « vieux sanglier attaché à son terroir », comme il s’était lui-même défini, va perdre son bébé. L’épisode sera houleux et très douloureux, mais il en allait de la pérennité du site. « Je fais partie des gens qui se réjouissent de son développement et de sa modernisation, avait-il confié à Ouest-France en 1999. Pas de ceux qui ont souhaité qu’il dispaÂraisse après moi. »
Le nouveau visage du zoo de La Flèche
En cette fin des années 1980, l’histoire se poursuit dans de nouvelles mains. Celles de Raymond Da-Cunha, puis de son fils Stéphane. Le repreneur et son équipe vont faire de très gros travaux pour moderniser et adapter l’établissement aux exigences et aux goûts de son temps.

Stéphane Da-Cunha, alors directeur du zoo, pose devant la baie vitrée du Yukon Lodge, en 2015. Archives Eddy LEMAISTRE, Ouest-France
Déjà considérable pendant les années Bouillault, le zoo de La Flèche est aujourd’hui le premier site touristique de la Sarthe et, avec ses 400 000 entrées annuelles, l’un des cinq plus grands zoos de France. Il propose un ensemble d’activités et d’installations d’avant-garde, originales, comme ses lodges donnant sur les univers des loups arctiques, des grizzlis, des lions…, aménagés à partir de 2013 et qui ne désemplissent pas. « C’était un pari risqué, souligne Céline Talineau, directrice du zoo depuis 2018. Compte tenu des quelques années difficiles que le zoo avait connues en raison, notamment, d’épisodes caniculaires, il fallait trouver un complément d’activité qui permette de maintenir une activité constante quelle que soit la météo. Stéphane Da-Cuhna a eu cette idée de proposer des hébergements offrant une immersion totale dans un parc zoologique aux visiteurs. Le public a immédiatement été conquis. »
Depuis sept ans, les soigneurs du zoo de La Flèche sont aussi les vedettes de la série documentaire Une saison au zoo, diffusée sur France 4. Une aventure humaine et médiatique qui a offert à l’établissement une notoriété et une visibilité exceptionnelles.
Le zoo comme une expérience immersive
À La Flèche, le zoo joue à fond la carte de l’expérience immersive en offrant à ses visiteurs la possibilité d’approcher les animaux au plus près. Les « soigneurs d’un jour », vous connaissez ? « Pendant une demi-journée, ils nettoient les enclos, les logements de nuit, préparent la nourriture… poursuit Céline Talineau. L’idée c’est de montrer ce qu’est réellement le métier de soigneur tout en faisant passer le message de conservation et de bien-être animal. »

Un éléphant consomme 100 à 150 kg de fourrage et branchage par jour. ? Archives Ouest-France
En 2017, le zoo de La Flèche est repris par le groupe Looping. Stéphane Da-Cunha (alors directeur du zoo depuis 1996) devient alors directeur adjoint du groupe et président du zoo. Cette même année, le site fléchois s’est encore enrichi d’un espace de 4 hectares, dont une « plaine asiatique » arborée de 2 hectares et de nouveaux enclos. Car l’idée du zoo, c’est de réinvestir dans l’amélioration, l’agrandissement ou la reconstruction des espaces. « Nous préférons nous concentrer sur le bien-être de nos animaux avant d’accueillir de nouvelles espèces. »
Zoo de La Flèche. Rens. 02 43 48 19 19. Pour en savoir plus sur la vie et l’œuvre de Jacques Bouillault : pages Facebook « Jacques Bouillault officiel » et « Association Maison de la Nature Jacques Bouillault – Simba Nature ».