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Chanson : avec « Boulevard de l’enfance », le regard de Gauvain Sers sur l’intime et le monde... |
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Cinq ans après son précédent album, Gauvain Sers sort, ce vendredi 27 mars, « Boulevard de l’enfance ». Sa prochaine tournée débutera en septembre. © Yann Orhan
Toujours tendre et rebelle, aussi attentif à son entourage qu’aux déchirures de nos sociétés, le chanteur sort ce vendredi 27 mars un quatrième album, avec notamment Francis Cabrel et Gaëtan Roussel.
En décembre dernier, un collectif contre la fermeture d’une école à Concarneau (Finistère) s’est invité au conseil municipal pour interpréter, en chœur, « Les oubliés », cet hymne de la France périphérique et de la désertification des campagnes, qui a popularisé Gauvain Sers, artiste originaire de la Creuse. Formidable clin d’œil.
Avec trois albums en quatre ans, une ribambelle de chansons touchantes et plus de 500 concerts, le chanteur à la casquette de velours a pris le temps d’une pause. « J’avais besoin de retourner dans la vraie vie, de replonger dans ce quotidien qui est quand même un terreau pour les chansons », nous raconte-t-il. Le temps aussi d’accueillir un bébé… et de réfléchir à la suite.
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« J’ai la méthode d’un chansonnier »
« Quand certains commencent par composer des “prods” sur un ordinateur, je reste un artisan, avec stylo, carnet de notes et guitare-voix. J’ai du mal à me détacher de ces versions brutes qui dégagent une fragilité et une émotion sincère », admet-il.
Mais le garçon n’est pas dupe. Une chanson, ça doit vivre. Alors quand il bute sur une musique, il fait appel à des potes, Vincha ou Laurent Lamarca. « Moi j’ai plus la méthode d’un chansonnier, eux, ils savent enrichir les mélodies. »
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Et quand deux textes lui plaisent vraiment beaucoup mais qu’il sèche sur les compositions, il peut se permettre de les envoyer à Gaëtan Roussel… « Une semaine après, j’avais une musique, quelque chose de plus solaire, de moins mélancolique que ce que je fais, qui apporte donc un équilibre à l’album. C’est tellement bien de pouvoir mêler deux univers. »
Un duo avec Francis Cabrel
Pareil pour la réalisation du disque, où il est allé chercher Jean-Louis Piérot – collaborateur pop d’Étienne Daho – et la rythmique du groupe rock belge Puggy. « Cela a permis d’apporter une touche de modernité à l’approche classique des guitares-pianos », souligne-t-il.
Enfin, côté invités, cerise sur le gâteau… la présence de Francis Cabrel en duo. « Il y a sa voix qui m’a tout de suite donné une espèce de décharge électrique émotionnelle. Et puis sa manière de poser les mots, la musicalité… »
Société fracturée
Épaté notre Gauvain, surtout sur ce titre, « Boulevard de l’enfance », l’un de ses préférés, qui donne son titre à l’album. Et qui le définit au mieux, avec ce double regard porté sur les injustices pesant à la fois sur l’enfance et le monde.
Dans « Kharkiv », c’est un enfant qui raconte l’exil. Dans « Ménage à l’Assemblée », c’est la voix de la femme de ménage qui résonne. Enfin, dans « Monsieur le président », c’est son discours à lui qui prend le relais de deux grands, Boris Vian et Renaud, pour une version contemporaine.
Tendre et rebelle, Gauvain Sers s’agace de cette société fracturée. Mais il apprécie tout autant amener ses mots sur ce qui fait nos vies, une maman, un frérot, une chérie, un drame intime.
« Ce que je préfère, c’est me mettre à nu dans quelques chansons et, en même temps, ne pas rester trop autour de son nombril mais être aussi caméra à l’épaule. » La meilleure définition du petit monde de Gauvain Sers.
« Boulevard de l’enfance », BMG, 13 titres, 44 mn.