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Cancer du pancréas : un traitement élimine des tumeurs chez la souris... |
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L’oncologue et biochimiste espagnol Mariano Barbacid, lors du congrès de la Société européenne d’oncologie médicale, à Paris, en 2022. © EPA
Des chercheurs espagnols ont combiné plusieurs molécules pour empêcher la résistance des cellules du cancer à un traitement novateur. Un espoir pour un cancer de mauvais pronostic, souvent détecté très tard.
C’est une potentielle avancée dans le traitement des cancers du pancréas, qui font partie des cancers aux pronostics les plus sombres. Les traitements classiques (chimiothérapie) hors chirurgie sont modérément efficaces. Et seuls 10 à 20 % de ces cancers sont opérables.
L’équipe du professeur Mariano Barbacid (Centre national de recherches oncologiques espagnol) a réussi à faire régresser, voire disparaître, des tumeurs du pancréas chez des souris génétiquement modifiées pour développer ce type de cancer.
Depuis 2021, des traitements novateurs, visant des protéines contrôlant la multiplication des cellules (appelées protéines RAS), sont testés. Mais les cellules cancéreuses devenaient résistantes au traitement au bout de quelques mois. Et la multiplication anarchique des cellules (c’est une définition du cancer) reprenait.
L’enjeu est crucial dans la lutte contre les cancers du pancréas. Un tiers de tous les cancers, mais près de 90 % des cancers de cet organe, sont liés au dysfonctionnement du gène KRAS, commandant la production des protéines RAS.
Sur trois fronts
Comment les chercheurs espagnols, dont les résultats ont été publiés dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Science. ont-ils réussi à empêcher l’apparition de résistance dans les cellules cancéreuses ?
Ils ont attaqué le problème sur trois fronts en même temps. Leur traitement combine un inhibiteur du gène KRAS, une molécule limitant la multiplication des cellules, et un troisième médicament dégradant les protéines RAS. « Une poutre est plus solide si elle est fixée par trois points au plafond », illustrent les auteurs dans l’article.
Le traitement aurait été bien toléré par les souris. Interrogé par des médias espagnols, le professeur Barbacid reconnaît cependant  : « Nous ne sommes pas encore en mesure de lancer des essais cliniques (chez l’homme). » Optimiser la combinaison des trois médicaments sera délicat.
Ce résultat va, cependant, orienter les (nombreuses) recherches visant le gène KRAS, cette mutation étant impliquée dans plusieurs cancers difficiles à traiter (50 % des tumeurs de cancers colorectaux par exemple).
Attention aux espoirs déçus, cependant. La plupart des études prometteuses chez l’animal n’aboutissent pas à un résultat probant chez l’homme. « Et nous sommes déjà confrontés à une épidémie d’hypocondriaques du cancer du pancréas », témoigne un gastro-entérologue.
Des cancers en progression
Si elle tient ses promesses, cette avancée pourrait améliorer le pronostic vital du cancer du pancréas, cet organe essentiel produisant insuline et sucs gastriques. Longtemps silencieux, ce cancer est généralement détecté très tard. Un scanner, ou mieux une IRM, peuvent le détecter précocement. Un examen qui n’est conseillé qu’à des populations à risque (plusieurs antécédents familiaux, pancréatite chronique, identification de la mutation du gène KRAS).
Environ 16 000 nouveaux cas de cancer du pancréas sont diagnostiqués en France chaque année. Le taux de survie à cinq ans n’est que de 11 %. Avec les cancers colorectaux, les cancers du pancréas font partie des tumeurs en progression chez les moins de cinquante ans. Si le tabac, le diabète et l’obésité sont des facteurs de risque connus, des études, dont le projet Yoda de l’Institut Gustave Roussy, visent également à évaluer le rôle de l’alimentation ou des polluants.