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Bientôt supprimé par le gouvernement, le 8-Mai n’a pas toujours été un jour férié en France... |
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C’est en 1981 que le 8 mai est redevenu férié en France. Photo d’illustration. © OUEST-FRANCE
Alors que le gouvernement cherche à réaliser 43,8 milliards d’euros d’économie pour son budget 2026, le Premier ministre François Bayrou a proposé mardi 15 juillet la suppression de deux jours fériés, dont le 8-Mai, suscitant une levée de boucliers. « Ouest-France » revient sur l’histoire de ce jour férié… qui ne l’a pas toujours été.
Si on ne veut pas « augmenter les impôts sans mesure, spécialité de la France, alors il faut travailler plus ». Lors d’une allocution à Matignon mardi 15 juillet 2025, dans le cadre de l’annonce de son budget 2026, le Premier ministre François Bayrou a dévoilé une série de mesures qui doivent permettre de réaliser 43,8 milliards d’euros d’économies. Objectif : ramener le déficit public de 5,8 % à 4,6 % du PIB en 2026.
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Parmi les mesures proposées par le chef du gouvernement, la suppression de deux jours fériés. Si la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, invitée de la matinale de TF1, a précisé ce mercredi 16 juillet que François Bayrou « était très ouvert » sur les dates, celui-ci a suggéré le lundi de Pâques ainsi que le 8-Mai, pour gagner 4,2 milliards d’euros.
Un dernier choix motivé par un mois de mai « en gruyère », a déploré le Premier ministre, mais contre lequel de nombreuses personnalités politiques se sont insurgées, en raison de la portée symbolique de cette date.
Que commémore-t-on le 8 mai ?
Il y a 80 ans, le 8 mai 1945, l’Europe mettait fin à une guerre de plus de cinq ans ayant coûté la vie à près de 60 millions de personnes et causé le déplacement de 30 millions d’Européens. Au total, 5 à 6 millions de Juifs ont été victimes de la Shoah, soit les deux tiers de la population de confession juive en Europe.
Après l’arrivée des forces alliées en Allemagne, quelques jours après le suicide d’Adolf Hitler, c’est dans la nuit du 6 au 7 mai que la capitulation sans condition du voisin germanique est signée à Reims. Le 8 mai, les hostilités prennent officiellement fin sur le continent européen. L’Allemagne nazie n’est plus.
Alors que le nombre d’actes antisémites a atteint un niveau inédit depuis deux ans en France en 2025, la remise en question de ce jour férié interroge. La date du 8 mai marque un tournant dans l’histoire européenne et célèbre « la victoire des peuples libres face au nazisme », a rappelé la députée insoumise Clémence Guetté. François Bayrou « veut sacrifier le 8 mai, le jour de la victoire contre la barbarie nazie. Alors que, plus que jamais, nous avons besoin de cette mémoire », s’est insurgé le député François Ruffin (Debout !).
Lire aussi : Comment le gouvernement veut favoriser la production en supprimant deux jours fériés
Une date discutée
La célébration du 8-Mai comme jour chômé, presque exception française en Europe, est la conséquence d’une série de va-et-vient politiques au fil du XXe siècle.
C’est le 7 mai 1946 que la commémoration de la victoire à cette date devient pour la première fois officielle, selon le site gouvernemental Vie publique . À l’époque, cette commémoration ne pouvait se faire qu’un dimanche. Si elle ne tombait pas sur ce jour de la semaine, elle était alors célébrée le premier dimanche après le 8 mai.
Mais ce n’est que sept ans plus tard, en 1953, que la date devient officiellement un jour férié, à la demande des anciens déportés et résistants. Une décision sur laquelle reviennent les parlementaires de la Ve République, en 1959, dans un contexte de réconciliation entre la France et l’Allemagne. Une commémoration est malgré tout maintenue chaque deuxième dimanche de mai.
Nouveau rebondissement en 1968, le 8 mai redevient jour de commémoration, mais reste travaillé. Une décision à nouveau modifiée en 1975 par le président Valéry Giscard d’Estaing qui la supprime pour instaurer à la place une Journée de l’Europe, le 9 mai, en souvenir du discours fondateur de Robert Schuman sur la construction européenne, en 1950. Une date conservée par de nombreux pays européens, comme le Luxembourg.
Après l’arrivée au pouvoir du président socialiste François Mitterrand, la France rétablit le 8 mai comme jour férié en 1981. Il a toujours figuré au calendrier depuis.
La concertation va débuter
Alors que les appels à la mobilisation se succèdent suite à l’annonce du chef du gouvernement, avec par exemple une pétition lancée par le Parti communiste, la ministre du Travail a tenté d’éteindre le feu sur TF1, justifiant que « la France est un des seuls pays alliés qui célèbre aujourd’hui le 8-Mai. » Seules la République tchèque et la Slovaquie ont fait ce même choix ailleurs dans l’Union européenne.
« Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou à en examiner d’autres. Si d’autres idées surgissent, bienvenue », a insisté de son côté François Bayrou, visiblement conscient de la vague d’indignations que pourrait susciter une telle mesure.
Interrogée à l’issue du Conseil des ministres, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a indiqué que des concertations avec les partenaires sociaux et les membres du gouvernement concernés allaient s’ouvrir « dans les prochaines heures » au sujet de la suppression de ces jours fériés.
Pour rappel, la France compte aujourd’hui 11 jours fériés, au même titre que l’Estonie, la Suède, la Hongrie, l’Italie, la Grèce et le Luxembourg. Un chiffre légèrement en dessous de la moyenne de l’UE.