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Avesnes-en-Saosnois. Journées du patrimoine : le manoir de Verdigné en ses beautés révélées... |
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Philippe Gagnot, au manoir de Verdigné. © Denis Lambert/Le Maine Libre
À Avesnes-en-Saosnois, le manoir de Verdigné fief de la famille Bouju au XVIe siècle, révèle les curiosités d’une maison forte. Le site mérite le détour ces 19 et 20 septembre 2020, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.
Au fil des années, Philippe Gagnot œuvre avec son frère à sauver le manoir de Verdigné, maison forte du XVIe siècle. D’importants travaux déjà réalisés donnent fière allure à l’ensemble. Photo Le Maine Libre Denis Lambert
Que de raisons d’aller visiter le Manoir de Verdigné, ces 19 et 20 septembre 2020, pendant les Journées européennes du patrimoine ! En premier lieu, pour saluer son originalité. À la fois rustique et noble, l’ensemble qui offre au premier abord une allure austère révèle ensuite des délicatesses de la Renaissance. Être un seigneur combatif au temps des guerres de religion n’empêche pas le sens du raffinement.
Logis fortifié de la Renaissance
Les trésors du manoir n’ont plus de secrets pour Philippe Gagnot. L’agriculteur aujourd’hui retraité, féru d’histoire et de patrimoine bien avant son acquisition de Verdigné en 1996, retrace les contours du domaine. À la lumière de ses explications, surgissent les bâtiments fantômes aujourd’hui disparus. À l’écouter, face au logis, on imagine sans peine la cour fermée d’une architecture défensive fortifiée derrière ses douves et son pont-levis. Dans le plat pays du Saosnois où l’approche de l’ennemi se devine de loin, le sieur Bouju acteur du sac du Mans 1562 dans les rangs des huguenots, avait quelques raisons de protéger sa demeure, verrou dessiné en carré par des bâtiments de garde toujours visibles.
Un sauvetage remarquable
Philippe Gagnot a toujours connu Verdigné. Je suis né à côté dans une ferme qui appartenait à l’abbaye de Tyronneau, reliée au manoir par une allée dont une partie a subsisté jusqu’à la guerre
, résume-t-il.
Voici un quart de siècle, quand avec son frère Charles, ils achètent les terres agricoles de Verdigné, le lot comprend le manoir qui ne valait pas tripette. L’ensemble était en très mauvais état. Les derniers locataires qui n’occupaient que le rez-de-chaussée, le reste étant inhabitable, étaient partis depuis plus de deux ans.
Nantis de ce patrimoine fragilisé, Charles et Philippe Gagnot ont attendu d’avoir du temps pour lancer le sauvetage. Agriculteurs, nous étions bien occupés, mais nous avons commencé par la restauration des toitures. La proposition des Monuments historiques d’inscrire Verdigné à l’Inventaire a été la bienvenue.
Depuis, les travaux n’ont jamais cessé. Les deux frères mettent la main à la pâte et en appellent aux meilleurs artisans pour réparer un ensemble dont Philippe Gagnot souligne fièrement qu’il répond aux plans de Philibert Delorme, fameux architecte proche de François 1er puis d’Henri II.
L’une des curiosités concerne le dôme à l’impériale qui coiffe l’un des deux pavillons restant, élégante toiture aux courbes presque orientales. L’autre exemple connu en Sarthe est au Prytanée de La Flèche
, précise notre hôte.
La mystérieuse salle voûtée
La visite du corps de logis réserve d’autres jolies surprises comme cette longue salle voûtée à la charpente superbement restaurée. Plusieurs hypothèses circulent sur sa vocation
, avance Philippe Gagnot. Salle de jeu de paume ou d’escrime ? Salle de lecture ou simple galerie de passage destinée à épater le visiteur ? Nul n’a tranché.
Philippe Gagnot peut encore vous parler de la chouette, qui niche dans un repli du logis où elle se gave de mulots, ou de l’invention astucieuse de la charpente à petit bois, petits frais
imaginée par Philibert Delorme. C’est passionnant.
Il faut être un peu fou pour se lancer dans de tels projets
, concède le propriétaire songeant aux trois années consacrées à financer la seule réfection d’une toiture posée sous le règne de François 1er. À moins qu’il ne se projette vers les travaux encore à accomplir. Sans mon frère, je n’y serais pas arrivé. Et nous espérons qu’après nous d’autres veilleront sur le patrimoine de Verdigné
.
Ce week-end, outre les commentaires des propriétaires, il y aura deux expositions, l’une photographique, l’autre de peinture et de sculpture, ainsi que la présence de l’écrivain Blandine Borence.
L’entrée est gratuite. Il faudra veiller à respecter les nouveaux sens de circulation du site, car l’an passé plus de 450 visiteurs ont profité des Journées du patrimoine pour découvrir ce trésor du Saosnois. À ceux qui préfèrent la tranquillité, il est possible de réserver une visite privée (5 € par personne). Réservations : 06 42 14 45 22
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