Accueil Info Info en continu Après la crue impressionnante de février 2026, la Loire décroît : quelles leçons tirer des inondations ?

Après la crue impressionnante de février 2026, la Loire décroît : quelles leçons tirer des inondations ?

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photo  eric gaume, hydrologue, directeur du campus de nantes-bouguenais.  ©  franck dubray / ouest france 4

Eric Gaume, hydrologue, directeur du campus de Nantes-Bouguenais. © Franck Dubray / Ouest France

Des idées d’ici. Les premières estimations parlent d’un milliard d’euros de dégâts en France. L’heure du bilan, c’est aussi celui des restaurations et vérifications, des leçons à tirer aussi. Membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) des Pays de la Loire et hydrologue, Eric Gaume répond à nos questions.

Eric Gaume, hydrologue et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) des Pays de la Loire, répond à nos questions.

Après les inondations que nous venons de connaître, la décrue s’amorce enfin. On respire. Mais le plus dur commence ?

Pour ceux qui gèrent les inondations, élus, pompiers, prévisionnistes, c’est un grand soulagement. On n’est plus dans l’évacuation des populations, les ravitaillements par bateau, les routes coupées, la surveillance des digues. On passe à autre chose.

C’est l’heure de la facture ?

Les assurances ont déjà commencé à estimer l’ampleur de cette crue remarquable, mais pourtant pas si exceptionnelle que ça. On est autour du milliard d’euros de dégâts en France.

photo dans le chemin du bas, une rue qui mène à la déchetterie de la prairie-de-mauves, deux voitures piégées par la crue. cette artère qui longe la voie ferrée est devenue un canal.  ©  ouest-france

Dans le Chemin du bas, une rue qui mène à la déchetterie de la Prairie-de-Mauves, deux voitures piégées par la crue. Cette artère qui longe la voie ferrée est devenue un canal. Ouest-France

Pourquoi dites-vous qu’elle n’est pas si exceptionnelle ?

Pour la Loire aval, la dernière grande crue connue, c’est 1982. Son niveau n’a pas été dépassé. On est aussi très loin d’avoir atteint le débit et les niveaux de la crue de 1910, qui reste la crue de référence pour la Loire.

C’est maintenant qu’on va vraiment mesurer l’ampleur des dégâts ?

La moitié seulement des dégâts causés par les catastrophes naturelles, notamment les inondations, sont indemnisés. On a aussi des dégâts importants sur les infrastructures qui ne sont pas assurés. Ça concerne les digues notamment. Faut-il les restaurer ou pas, c’est une question qu’on se pose parfois. Pour les particuliers, les biens sont assurés, mais on ne retrouve jamais l’intégralité de ce qui a été perdu. On estime que la valeur indemnisée par maison inondée est de 15 000 € en moyenne. Mais il y a aussi des biens qui ont une valeur sentimentale qui ne sont jamais remboursés. C’est souvent le plus traumatisant pour les victimes.

« L’eau a le défaut de s’infiltrer absolument partout »

C’est l’heure de l’état des lieux global, de vérifier l’état des infrastructures, ponts, routes, digues, qui ont été malmenés ?

Les fondations des piles de pont ou des bâtiments ont subi des processus d’affouillement. On a aussi beaucoup d’effets d’affouillement dans le corps de digue ou sous la route. Quant aux digues, depuis cinquante ans, on s’interroge sur la nécessité de les reconstruire à l’identique. Lors des grandes crues du passé, 1846, 1856, 1866, toutes les digues de la Loire ont connu des brèches. Une brèche, lors d’une grande crue, c’est un phénomène quasiment inévitable.

Des trains ont été annulés ou le sont encore, des TGV circulaient au ralenti entre Nantes et Paris ou ont été détournés par Rennes. Est-ce qu’il faut rehausser certaines voies ou ce serait une folie financière ?

Avec une crue tous les trente ans, ça ne serait pas raisonnable, car trop coûteux. On ne va pas construire des ouvrages pour faire face à des événements exceptionnels, ça n’aurait pas de sens.

photo aux ponts-de-cé, au niveau du barrage du pont de dumnacus et la rue charles-de-gaulle, mardi 17 février 2026.  ©  simon torlotin / ouest-france

Aux Ponts-de-Cé, au niveau du barrage du pont de Dumnacus et la rue Charles-de-Gaulle, mardi 17 février 2026. Simon Torlotin / Ouest-France

Chaque année, le périphérique de Nantes est inondé entre les portes de la Beaujoire et de Gesvres. Est-ce que ces épisodes à répétition fragilisent le périphérique ?

Oui, c’est une forte possibilité. L’eau a le défaut de s’infiltrer absolument partout. Elle circule et entraîne progressivement des particules plus fines, peut saper la chaussée ou les digues. Même s’il est surveillé, ça n’est pas bon pour l’ouvrage d’être inondé régulièrement, il est potentiellement fragilisé.

Pour certains, avec cet épisode d’inondation, le futur centre hospitalier universitaire, sur l’île de Nantes, a passé une sorte de crash test, puisqu’il n’a été que très peu inondé. On ne va pas un peu vite en besogne ?

En s’installant en bord de cours d’eau, on prend toujours un risque. Ce risque a été pesé et mesuré avant l’installation du CHU sur l’île de Nantes, des études ont été conduites. Le CHU, pour une crue de type 1910, ne serait pas inondé. Et l’une des raisons, c’est le réaménagement de la Loire, dans sa traversée de Nantes.

photo à la haute-île à rezé, bottes obligatoires pour accéder aux maisons proches de la loire.  ©  ouest-france

À la Haute-Île à Rezé, bottes obligatoires pour accéder aux maisons proches de la Loire. Ouest-France

Même avec une crue comparable à celle de 1910, le CHU garderait les pieds au sec ?

Au moins, il ne serait pas inondé par débordement direct de la Loire. Le lit de la Loire a été profondément remanié, l’eau coule plus vite qu’avant et depuis 1910, la Loire s’est enfoncée de deux mètres. Les études hydrauliques ont montré qu’en cas de crue type 1910, le niveau serait de deux mètres en dessous du niveau de 1910.

Vous diriez qu’on a plutôt bien résisté à cet évènement ?

Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire ça. C’est une bonne piqûre de rappel, pour réfléchir à nouveau à nos politiques de prévention, s’interroger avant de se lancer dans des opérations de reconstruction à l’identique. Pour limiter les dégâts et les conséquences, il vaut mieux, parfois, accepter une inondation lente plutôt que de subir une inondation brutale lors de la rupture d’une digue.

C’est le moment de se poser les « bonnes » questions ?

Dans nos sociétés, on a souvent l’impression qu’on peut maîtriser la nature. Ce n’est pas le cas. Enfin, on a un système d’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles précieux. Ça ressemble plus à un système de solidarité nationale où ceux qui sont moins exposés assument une partie du coût de l’assurance de ceux qui sont très exposés. Il n’y a qu’en France qu’un tel système existe. Il nous permet de vivre au contact de la nature, c’est important, en assurant une prise en charge collective des risques associés.

 
Recueilli par Philippe Ecalle    Ouest-France  

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