|
Affaire Marina : un rapport fustige les institutions... |
1
L’ouverture du procès des parents de Marina aux assises de la Sarthe en juin 2012. © Archives Ouest-France
Série de défaillances, du tribunal au conseil général, et manque de concertation expliqueraient pourquoi le martyr de la fillette s’est poursuivi jusqu’à sa mort, sous les coups de ses parents.
Pourquoi personne n’a sauvé Marina Sabatier, 8 ans, battue et humiliée jusqu’à sa mort, en 2009, à Écommoy (Sarthe) ? Cinq ans après son décès, un rapport pointe les dysfonctionnements du système de protection de l’enfance. Ces défaillances sont apparues lors du procès des parents, condamnés à trente ans de prison, en juin 2012 : succession de négligences, mais surtout manque d’échange d’informations.
École, gendarmerie, tribunal, hôpital, conseil général : le rapport confirme la façon dont les institutions restent cloisonnées dans « un cadre trop rigide », un « chacun chez soi » qui ne permet pas de croiser les observations, « recueillies de manière parcellaire ». Inefficace face à des parents qui déménagent sans cesse et manipulent tout le monde.
Médecins bernés
En dehors du médecin scolaire qui a examiné Marina durant l’année 2008-2009, permettant son hospitalisation d’urgence, les médecins ont été bernés. L’année d’avant, un premier médecin scolaire n’a relevé aucun signe de maltraitance, malgré les bleus et les fractures. Le rapport relève que ce médecin, n’ayant pas été saisi d’une demande de visite médicale liée à une suspicion de mauvais traitements, « ne s’est pas focalisé » sur les doutes des enseignants, premiers à tirer la sonnette d’alarme.
Lorsque Marina est hospitalisée, au printemps 2009, les pédiatres ne savent pas qu’elle a déjà été vue par un médecin de l’hôpital, un an plus tôt, lors d’une enquête pour maltraitance. Une radio fait apparaître de multiples fractures, syndrome des enfants battus. Mais pas un membre du personnel ne sait que l’hospitalisation a été voulue par le médecin scolaire et le directeur d’école.
Les hospitaliers, estimant qu’il n’y a pas d’urgence vitale ni suspicion d’abus sexuels intrafamiliaux, émettent une « simple » information préoccupante, transmise au conseil général et non au parquet. « Il est regrettable que cette information n’ait pas abouti, il aurait même dû s’agir d’un signalement judiciaire », a déploré, lors du procès, le médecin légiste.
Chape de plomb
Autre aberration : après le signalement pour maltraitance, Marina est interrogée par deux gendarmes. Dans la vidéo diffusée lors du procès, Marina ment pour protéger ses parents mais finit par se trahir : à la question : « Il n’y a personne qui te fait du mal ? », elle lâche : « Sauf mon papa et ma maman ». Les gendarmes ne relèvent pas. L’audition se déroule sans psychologue ou médecin spécialiste, comme le permet le code pénal. Personne, à la brigade ou au parquet, ne visionne l’entretien, qui aboutit à un classement sans suite pour « infraction pénale insuffisamment caractérisée ».
Cette décision du procureur est « interprétée par les travailleurs sociaux comme une absence de danger » et pose « une chape de plomb sur l’ensemble des acteurs de la protection de l’enfance », estime le rapport. Au printemps et à l’été 2009, le conseil général est la seule institution à connaître l’ensemble du dossier. Ses services d’aide à l’enfance n’alertent pas la justice.
Devant la cour d’assises, réfutant tout dysfonctionnement interne, le directeur général adjoint du conseil général, s’était défendu : « A aucun moment, Marina ne s’est ouverte des violences qu’elle subissait. Et la famille a toujours collaboré. Nous sommes tous responsables, aussi bien les voisins que les professionnels. » Aucun professionnel n’a été condamné. Seul un voisin a été jugé coupable de n’avoir rien vu.