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À Séries Mania, « Le sens des choses » décortiqué par le scénariste Noé Debré... |
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Elsa Guedj dans "Le sens des choses". © @Max
Inspirée par le quotidien de la femme rabbin Delphine Horvilleur, « Le sens des choses » est disponible depuis vendredi 28 mars sur la plateforme Max. Mettant en scène avec sensibilité et humour les doutes et questionnements de Léa, jeune femme rabbin, cette série signée Noé Debré a été présentée au festival Séries Mania, à Lille (Nord).
Léa, 28 ans, fait ses premiers pas en tant que femme rabbin, une des rares en France. Le rôle de la jeune femme, donner à sa communauté des conseils sur les questions spirituelles et sur la Loi juive. Un sacré défi pour elle qui n’est pas très assurée et se pose elle-même beaucoup de questions. Drôle, délicate et profonde, Le sens des choses déploie en huit épisodes disponibles sur la plateforme Max une réflexion fine et légère sur la religion et les grands questionnements de la vie, très librement adaptée du livre Vivre avec nos morts de la femme rabbin Delphine Horvilleur.
L’équipe de tournage présentait la série le vendredi 28 mars au festival Séries Mania à Lille (Nord), qui s’achevait le soir même en récompensant la comédienne Elsa Guedj (qui incarne Léa) avec le prix de la Meilleure actrice dans la compétition française.
Pour la comédienne, l’idée n’était pas de « coller » à la vraie Delphine Horvilleur. « Léa, mon personnage, lui est assez éloignée en termes de personnalité. Ce n’était pas tellement intéressant de copier, car mon personnage est une héritière de Delphine, qui existe dans la série et dont l’action a des répercussions sur les jeunes femmes rabbins. Je me suis surtout inspirée d’elle dans son rapport aux mots et à la pensée juive. »
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Noé Debré : « Écrire une fiction est comme déterrer un squelette de dinosaure »
Le créateur de la série Noé Debré (derrière Parlement , dont la saison 4 devrait bientôt être diffusée en France) et son coauteur Benjamin Charbit ont passé du temps auprès de la femme rabbin pour construire le récit. « On ne voulait pas adapter de manière littérale le livre. Nous avons beaucoup discuté avec Delphine, on lui faisait nous raconter son quotidien de femme rabbin. Ça nous a donné des idées d’épisodes, des évènements qui lui sont plus ou moins réellement arrivés. Elle a lu le scénario. Pour chaque épisode, c’était très important pour nous de nous dire qu’on n’aurait pas pu l’écrire sans elle. »

Noé Debré, scénariste de « Parlement », « La meilleure version de moi-même », « Zorro » et sa dernière création, « Le sens des choses ». Niviere David/ABACAPRESS.COM via Reuters Connect
La série parle « de la question religieuse » pour son créateur, mais aussi de questionnements existentiels universels. « Au début, nous voulions écrire une série vraiment comique, un Curb your enthousiasm  mais avec une femme rabbin. Finalement, la trajectoire nous a emmenés vers plus de solennité, de gravité. Écrire une fiction n’est pas comme construire une maison, mais plutôt comme déterrer un squelette de dinosaure : tout est déjà là , et si on fait bien son boulot, à la fin vous le découvrez entièrement. »
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Orthodoxie et libéralisme mis face à face
Le père de Léa (incarné par Éric Elmosnino) est un psychanalyste passablement pessimiste et farouchement athée, qui a bien du mal à comprendre le choix de sa fille. De quoi nourrir l’intrigue de la relation à la fois fusionnelle et conflictuelle dans ce duo. « Le fait que le père soit psychanalyste est très structurant pour le récit : c’est le rival de la religion. Mais il y a aussi une parenté dans l’interprétation et le sens des mots. Ça donne des dialogues très productifs entre père et fille : ils disent presque la même chose, mais… Pas tout à fait. »
De plus, Léa, femme rabbine libérale, doit faire face à un rabbin orthodoxe (joué par Lionel Dray), beaucoup à cheval sur le respect des règles de la Loi juive. « Il ne fallait pas que la parole de Léa soit une parole pontifiante : on était très attentif à ce qu’elle soit en permanence contestée, questionnée, qu’elle tâtonne. Ce rapport entre orthodoxie et libéral est universel. Il se retrouve partout dans le monde et sur tous les sujets, pas que la religion. »
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Un travail de fond, qui a fait enfin s’imposer Le sens des choses comme titre de la série assez tard dans le processus de création. « Je suis assez nul en titre, sourit Noé Debré. Pendant longtemps, notre titre de travail était simplement La rabbine. C’était questionnable car dans la série, il y a justement un débat sur l’utilisation du terme : rabbine, femme rabbin… Et j’ai remarqué que les bons titres sont en général dans le film. « Le sens des choses » est dans une des répliques du personnage de Joël [le frère de Léa, N.D.L.R.], lorsqu’il parle de ce qui anime sa sœur depuis toujours et sa quête de sens. On aimait bien ce côté à la fois grandiloquent et dérisoire. »