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Un trésor du XIIe siècle revient à la cathédrale... |
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Fleure Morfoisse-Guenault, conservatrice régionale et Didier Alliou, maître verrier, devant l'Ascension.
Le vitrail de l'Ascension retrouve son statut de plus vieux vitrail du mondesur site. Hier matin, il a repris sa place dans la cathédrale Saint-Julien.
La cathédrale du Mans a la particularité de réunir toutes les générations de vitraux du XIIe au XXe siècle. Un paradis pour les amateurs de saintes verreries. D'autant qu'elle a récupéré hier sa plus fière relique, le vitrail de l'Ascension.
Sa création daterait d'avant 1120, ce qui en fait le plus vieux vitrail du monde sur site. Prêté au Louvre en 2004 pour une exposition sur « La France romane », il a ensuite passé près de trois ans au Laboratoire des monuments historiques de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).
« Un matériau délicat »
« Les verreries nécessitent un travail de restauration des plus délicats. Ça demande du temps. » Fleure Morfoisse-Guenault, conservatrice des monuments historiques à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), était chargée de superviser l'opération. « Il a fallu monter un comité scientifique pour établir un cahier des charges précis. »
Après la guerre, le vitrail avait déjà subi une première restauration. Mais les techniques n'étaient pas aussi scientifiques. « On a effectué toute une série de prélèvements et d'analyses pour évaluer ce qui avait été fait », explique la conservatrice régionale. Dans les années 70, un film a été posé sur le verre pour le protéger. « Heureusement, on a pu le décoller sans retirer de matière. »
« Traiter les pathologiesdu verre »
Pour les opérations techniques, le choix s'est porté sur une verrerie mancelle : Vitrail France. La restauration a duré cinq mois. « Aucun geste n'a été fait sans l'avis d'une collégiale de décideurs, indique le maître verrier Didier Alliou. On a cherché à traiter les pathologies du verre. »
Sur un vitrail de 900 ans, la matière s'est naturellement altérée au fil du temps. « La principale cause d'altération est due à l'eau. L'eau de pluie qui vient de l'extérieur et l'eau qui se dépose à l'intérieur par condensation, précise Didier Alliou. On a dû enlever la partie abîmée sans retirer de verre. Et puis on a posé une double verrière dehors. »
Évalués à 20 000 €, ces travaux ont été financés dans leur totalité par un mécenat de GDF. Mais, pour Fleure Monfroisse-Guenault, « au regard de la valeur historique de la pièce, l'État aurait très certainement fait le nécessaire. »
Un des trois trésorsde la ville
Jean-Claude Boulard, maire du Mans, tenait en tout cas à ce que sa ville récupère son trésor au plus vite. « Beaucoup de villes ont leur muraille ou leur cathédrale. Mais avec l'émail Plantâgenet, les anges musiciens et le vitrail de l'Ascension, le Mans compte trois trésors uniques ».
Ressuscité, le vitrail a enfin effectué son ascension dans la nef de la cathédrale Saint-Julien. Il ne devrait pas redescendre avant un bon bout de temps.