Marc-André Grondin : « Le caméléon n'est pas un monstre »... |
1
Marc-André Grondin joue un usurpateur d'identité. Photo © Patti Perret Chameleon Films
César du Jeune Espoir pour Le premier jour du reste de ma vie, l'acteur canadien se partage entre la France et son pays. Et ça lui va bien.
Â
Vous avez 26 ans, dont 23 comme comédien.... C'est un record ?
C'est vrai, j'ai commencé à 3 ans. Mon père faisait de la radio à Montréal. Je l'accompagnais dans les studios. Ca me fascinait, sans forcément m'impressionner. On m'a sollicité très vite, à 4 ans j'étais déjà dans une série télévisée. Et ça a continué. Pour moi, ça n'était pas un métier, mais un hobbie, un jeu. Je pensais plutôt à devenir ambulancier, ou ébéniste. Je songeais à faire une école pour ça. La musique me tentait également. Et puis il y a eu le succès du film C.R.A.Z.Y. C'est ce rôle qui m'a lancé.
Et il y a eu le César du Meilleur Espoir en 2009 pour Le premier jour du reste de ma vie....
Un bonheur. Mais je n'étais pas là pour le recevoir. Heureusement, car je suis très mal à l'aide devant la foule. J'aurais flippé. J'ai été flatté de recevoir cette récompense, que je garde précieusement chez moi à Montréal. C'était un peu comme si le cinéma français me disait: « Allez, viens jouer avec nous. On t'aime bien. »
Et Jean-Paul Salomé vous sollicite pour tenir le rôle-titre du Caméléon....
J'étais en Espagne sur le tournage du Che de Soderbergh quand on m'a proposé le rôle de Frédéric Bourdin, cet homme condamné à plusieurs reprises pour usurpation d'identité. J'ai été fasciné par cette histoire. Et par ce personnage qui est un cadeau pour un comédien, parce qu'il y a plusieurs lectures de sa personnalité. Il vivait dans une profonde détresse, il a essayé de survivre en se créant ce qui lui avait le plus manqué: une famille, aimante, attentive.
Vous n'avez pas souhaité le rencontrer avant le tournage...
Le film n'a pas la volonté d'être une reconstitution précise de ce qu'il a vécu. Je voulais garder ma liberté d'interprétation. Mais maintenant que le film est là , je ne serais pas contre l'idée de le rencontrer. Je serais même curieux de savoir ce qu'il en pense. Ça n'est pas un monstre, c'est simplement quelqu'un qui a fait des erreurs et qui les a payées très cher. Il a passé six ans en taule au Texas au milieu de tueurs et de violeurs. C'est un miracle qu'aujourd'hui il ait une vie de famille avec une femme et deux enfants.
Le métier de comédien, c'est une façon d'être un caméléon ?
Quand on joue un rôle, on prend effectivement la personnalité d'un autre. Mais ça ne dure que quelques petits moments dans chaque journée. La fonction caméléon, c'est plutôt tout ce qu'il y a autour. Quand vous sortez dans la rue, il faut être de bonne humeur, disponible. Le public nous vit comme ça. On peut avoir été largué par sa copine, avoir vécu un échec avec le dernier film, mais ça les gens ne veulent pas le savoir. Je ne suis pas très fan de tout ce qu'il y a autour du star system. Parce que ça n'est pas la vie. Je mène l'existence de tout le monde. Chez moi, je sors les poubelles!
Le 4 août, on vous verra dans Insoupçonnable...
Un film d'un tout autre genre. Je dirais qu'il s'agit d'un film policier..... sans policiers. Quelque chose de très classique et de très élégant à la fois.
Le Canada ou la France, vous avez choisi ?
Je vis à Montréal. La vie est moins chère, j'ai la campagne à une demi-heure de chez moi, j'ai besoin d'espace et de liberté. Je n'ai pas fait les Ch'tis, je ne peux pas me payer un pied-à -terre à Paris où j'aurais assez d'espace pour me retourner. Mais j'ai des agents qui suivent bien tous les projets et je peux travailler en France. Sans faire de plan de carrière. Je suis d'un tempérament très sage. J'investis dans les choses qui me rendent heureux. Peut-être que dans deux ans, plus personne ne voudra voir ma gueule à l'écran. Ça ne m'angoisse pas, car j'ai plein d'envies. Si demain je ne suis plus acteur, je deviendrai réalisateur. Ou musicien. Ou ébéniste.
Â