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La résidence perd ses charmes et de son charme... |
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« Une résidence sans arbres, c'est moche », admet Benoît Pourceau, paysagiste « amoureux de la nature », contraint d'abattre une partie des arbres de la résidence du Tertre-Saint-Laurent, où un if de cinq siècles a tout de même été épargné. « Le problème, c'est que le promoteur a construit les immeubles trop près des arbres. »
Au Tertre-Saint-Laurent, le syndic de copropriété abat des arbres jugés menaçants.Une locataire reproche un excès de prudence. Et un manque de transparence.
Odeur de bois coupé, vrombissement de tronçonneuse. A deux pas de la rue Banjan, les arbres de la coquette résidence du Tertre-Saint-Laurent passent un sale quart d'heure : quatre arbres abattus, les autres élagués. De quoi faire bondir Brigitte, locataire au 1er étage, qui, du jour au lendemain, a perdu les vieux charmes qui bordaient sa terrasse. Aujourd'hui, c'est vue sur un hangar et un mur déglingué. « Notre appartement a perdu de sa valeur, mais le loyer ne va pas baisser. Il y a tromperie sur la marchandise », peste la locataire, qui reproche au syndic son manque d'information : pas une note dans le hall ou les boîtes aux lettres pour alerter les 83 résidants : « On n'a pas été prévenus. » L'agence immobilière qui a négocié la location, non plus.
« Et alors ? En cas de tempête, si un arbre tombe, c'est nous qui sommes responsables de la sécurité », répond Irène Bonhomme, représentante de Century 21, le syndic de copropriété. « Nous avons fait venir deux paysagistes différents. Ils nous ont dit que certains arbres étaient trop près du bâtiment, que d'autres n'étaient pas en bonne santé. La décision a été prise en accord avec le conseil syndical de copropriété. On ne le fait pas de gaieté de coeur, mais c'est nécessaire. Et on va replanter de nouveaux arbres, un peu plus loin. »
Humidité
Le syndic avance deux autres arguments : humidité et manque de lumière. « Au rez-de-chaussée, les gens s'en vont. L'été, ils ne voient plus le soleil », confirme Joseph Froger, gardien de la résidence, en pointant du doigt les traînées vertes qui s'étalent sur les murs, les balcons, le toit. « Les bas de façade sont pourris, l'humidité est rentrée dedans. Il va falloir refaire les enduits, ça va coûter plusieurs milliers d'euros. Les arbres, c'est beau, c'est la vie. Mais ils étaient trop grands. » Pas de quoi convaincre Brigitte, qui évoque un vice de construction : « L'humidité vient des caves qui ne sont pas isolées. Et les racines des arbres ne sont pas censées retenir l'eau ? »
Prix du mètre carré
Déception des locataires, prudence des propriétaires : Benoît Pourceau, paysagiste à l'oeuvre au Tertre-Saint-Laurent, est habitué à ce scénario. Qui le désole. « Ça arrive souvent dans ce genre de résidences, qui ont un certain cachet. Au départ, on a un terrain boisé. Le problème, c'est que le promoteur qui l'a acheté a construit des immeubles trop près des arbres. » Pour conserver un certain cachet. Et rentabiliser le mètre carré.
Jérôme LOURDAIS.