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Fin de course pour la classe Trottinette... |
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La loi de 2005 prévoit que tous les enfants handicapés doivent être accueillis en milieu ordinaire. Mais certains parents préfèrent des structures particulières comme Trottinette... © Archives
À la rentrée, la classe maternelle qui accueillait une vingtaine d'enfants handicapés sera fermée. « Elle a été très utile mais n'a plus lieu d'être », estime l'inspecteur d'académie.
Paradoxalement, c'est la loi sur le handicap de 2005 qui signe l'arrêt de mort de la classe Trottinette, dispositif original accueillant depuis huit ans des enfants handicapés de 3 à 6 ans, afin de les préparer à l'entrée à l'école maternelle. « Cette expérience a correspondu à une époque, estime l'inspecteur d'académie. Mais aujourd'hui, l'école maternelle sait accueillir tous les enfants handicapés ».
Trottinette a démarré modestement, en 2003, avec un éducateur spécialisé à mi-temps du Camsp (centre d'action médico-sociale précoce du Mans). Depuis, l'Éducation nationale et la ville du Mans qui met à disposition des locaux dans l'école Henri-Wallon, sont venus renforcer l'expérience.
La classe Trottinette fonctionne donc avec une enseignante et un auxiliaire de vie scolaire (AVS) à plein-temps, une éducatrice de jeunes enfants et l'intervention ponctuelle d'une psychologue et d'une psychomotricienne du Camsp. Les enfants accueillis ici souffrent de troubles sensoriels, moteurs ou de comportement et de retards de développement. « On sait que leur scolarité sera difficile, disait l'éducatrice de jeunes enfants en 2009. On veut les y préparer au mieux ».
« Convaincre les parents »
Trottinette n'accueille jamais plus de huit enfants en même temps. Ils viennent, de tout le département, passer une ou plusieurs demi-journées dans cette classe, en fonction de leurs soins, de leur fatigabilité. Au total, vingt enfants y sont scolarisés cette année. Trottinette semblait donner toute satisfaction. Mais l'inspecteur d'académie vient d'annoncer la fermeture du poste d'enseignant et d'AVS. Plus d'enseignant = plus d'école...
« Trottinette avait toute sa raison d'être dans un contexte de manque », justifie-t-il. C'est-à-dire avant la loi de 2005 sur le handicap qui prévoit que chaque enfant handicapé doit être scolarisé dans l'école la plus proche de son domicile. « Aujourd'hui, notre école maternelle est tout à fait capable d'accueillir les enfants handicapés, avec certains aménagements, la présence d'AVS... »
L'inspecteur d'académie va plus loin : « Trottinette préparait à l'école. Aujourd'hui, je crains qu'elle n'ait l'effet inverse : qu'elle retarde l'entrée à l'école. Je ne pense pas que Trottinette accueille les enfants les plus lourdement handicapés du département. Tout comme je ne crois pas que tous les enfants ont besoin d'un AVS. Nous devrons en convaincre les parents ».
« Tant mieux si la majorité des enfants handicapés sont scolarisés en milieu ordinaire, s'agace Roseline Guadagnin, la directrice-adjointe du Camsp. Mais certains enfants, plus fragiles, ont besoin d'un dispositif différent. Trottinette est une transition nécessaire pour aborder la vie en collectivité et certains apprentissages ».
Laurence PICOLO. Ouest-France