|
Mineurs isolés : que faire pour ceux qui vivent de la délinquance ? Ce que préconisent deux députés... |
1
Des jeunes dans la rue assis sur un banc (photo d’illustration). © Franck Dubray / Ouest-France
Une mission parlementaire a rendu son rapport, ce mercredi 10 mars, sur les mineurs isolés étrangers qui survivent dans la délinquance. Elle formule dix-huit propositions. Dont une : la multiplication de brigades spécialisées.
Une mission parlementaire dirigée par les députés Jean-François Eliaou (LREM) et Antoine Savignat (LR) s’est intéressée aux mineurs non accompagnés (MNA) qui survivent avec la délinquance dans plusieurs grandes métropoles : Paris, Montpellier, Toulouse, Nantes, Rennes… Il s’agit de ceux qui refusent tout soutien des services d’aide sociale à l’enfance. Combien sont-ils ? Sur un total de 40 000 MNA pris en charge par les départements, fin 2019, ces mineurs isolés délinquants représentent à peu près 10 % de l’ensemble des MNA
, notent les deux députés, tout en reconnaissant que les données quantitatives sont insuffisantes
. Ces adolescents sont majoritairement issus du Maghreb. Lors d’une récente enquête, Ouest-France est allé à leur rencontre.
Créer des brigades spécialisées
Au travers d’une cinquantaine d’auditions d’experts, les députés ont essayé de déterminer si des réseaux les exploitaient et lesquels. Au terme de ces échanges, ils semblent convaincus que ces adolescents commettent des vols (parfois violents) sous l’emprise de réseaux qui empêchent toute mesure de protection
. Ces derniers les chargent de participer à divers trafics (stupéfiants, smartphones…) en échange d’un hébergement, du financement de leur dépendance aux médicaments ou d’un remboursement d’une dette
.
Seulement, le démantèlement de tels réseaux nécessite de mener des enquêtes souvent complexes et techniques. Des investigations qui n’existent pas forcément aujourd’hui
. D’où leur proposition de multiplier les brigades spécialisées dans ce type de délinquance, à l’instar de celle créée à Bordeaux.
Des jugements plus rapides
Face à cette délinquance en hausse – à Paris, le nombre de MNA déférés devant la justice a augmenté de 87 % entre 2018 et 2019 – les deux députés recommandent d’accroître les sanctions pour tous ceux qui refusent de donner leurs empreintes, évitant ainsi d’être plus lourdement condamnés en cas de récidive. Et de juger les MNA qui n’ont ni identité certaine ni garantie de représentation, dès le déferrement en une seule audience
.
Un centre MNA sera expérimenté
Pour autant, si ces jeunes ont sombré dans la délinquance, ils traînent aussi des parcours de vie cabossés et nombre d’entre eux sont déjà dépendants des drogues et/ou de médicaments tels que le Rivotril (une benzodiazépine).
Quelle aide leur apporter ? Les deux députés recommandent une aide pluridisciplinaire (médicale, juridique, éducative, sociale) dans des lieux leur étant consacrés afin de ne pas les mêler aux autres jeunes pris en charge par l’aide sociale à l’enfance
, les problématiques étant différentes.
Et pourquoi, suggèrent également les deux députés, ne pas s’inspirer du centre Esperanto en Belgique qui accueille des jeunes victimes d’exploitation (sexuelle, économique ou domestique). Ils sont pris en charge par des éducateurs parlant plusieurs langues, une assistante sociale, une criminologue, une psychologue et une psychomotricienne. Avec, le temps de leur séjour, une utilisation réduite des smartphones et des sorties encadrées.
En France, la Protection judiciaire de la jeunesse s’apprête à créer un centre d’hébergement expérimental de 12 places en faveur de mineurs et jeunes majeurs victimes de traite ou sous l’emprise de réseaux.