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« Les troubles psychiques explosent » : un rapport parlementaire alerte sur la situation en prison... |
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Les fenêtres à barreaux du Centre national d’évaluation à la maison d’arrêt de Fresnes (Paris), le 15 mai 2025. © Thomas SAMSON / AFP
Un rapport parlementaire rendu public ce jeudi 10 juillet tire la sonnette d’alarme sur la santé mentale en prison, où les troubles psychiatriques sont trois fois plus présents qu’à l’extérieur et la prise en charge ne cesse de se dégrader.
244 pages et « 100 propositions pour sortir de l’impasse » : un rapport parlementaire rendu public ce jeudi 10 juillet 2025 tire la sonnette d’alarme sur la santé mentale en prison. Présenté par les députées Josiane Corneloup (Les Républicains) et Elise Leboucher (La France Insoumise), le rapport révèle notamment que les troubles y sont trois fois plus présents qu’à l’extérieur et que la prise en charge ne cesse de se dégrader.
La problématique est loin d’être nouvelle, et les professionnels dénoncent depuis des années la présence en prison d’un nombre croissant de personnes qui n’y ont pas leur place. La mission a abouti à un constat « totalement unanime » d’une situation fortement dégradée où les « troubles psychiques explosent », a déclaré Josiane Corneloup, alors que « la santé mentale a été désignée grande cause nationale en 2025 ».
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« Un pilotage aveugle » des ministères
Parmi les facteurs aggravants : la surpopulation carcérale « spectaculaire » qui bat chaque mois de nouveaux records historiques, et une pénurie toujours croissante de moyens. La mission cible notamment le nombre de lits dédiés à la psychiatrie mais également le nombre de psychiatres disponibles. Elle dresse un tableau très sombre de la situation, en dehors de quelques initiatives locales et individuelles.
« Il faut presque tout renverser, changer de braquet dans la vision de ces prises en charge », a résumé Elise Leboucher, dénonçant de « multiples dysfonctionnements ». Cette politique publique est « minée par le cloisonnement et l’incompréhension », avec un « pilotage aveugle sans aucune culture de l’évaluation », en cogestion entre les ministères de la Santé et de la Justice, à qui le rapport sera transmis, a complété Josiane Corneloup.
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« Une spirale infernale » pour les détenus
À leur sortie de prison, deux tiers des hommes et trois quarts des femmes présentent un trouble psychiatrique ou addictif. Un constat que les députés espèrent audible pour des discours gouvernementaux qui sont plus à la fermeté qu’à la prévention ou la dignité des conditions de détention.
« Les sujets ne sont pas antinomiques, je suis très attachée à la sécurité et nous devons être exemplaires par rapport aux sanctions », a commenté Josiane Corneloup. Pour autant, « le but n’est pas d’aggraver » l’état de santé des détenus, mais de « faire en sorte qu’ils aillent mieux en sortant que quand ils sont rentrés, alors qu’aujourd’hui on est plutôt dans une spirale infernale ».