Accueil Info Info en continu Le Mans. « Six ans de guerre en Perseigne » : les écrits sauvés du forestier Abel Boissier

Le Mans. « Six ans de guerre en Perseigne » : les écrits sauvés du forestier Abel Boissier

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photo  jupilles, dimanche 23 mai 2021. yves gouchet, qui vit dans le secteur de bercé où il était agent de l’onf, s’est penché sur perseigne en sauvant les écrits d’abel boissier.  ©  photo le maine libre 5

Jupilles, dimanche 23 mai 2021. Yves Gouchet, qui vit dans le secteur de Bercé où il était agent de l’ONF, s’est penché sur Perseigne en sauvant les écrits d’Abel Boissier. © Photo LE MAINE LIBRE

De 1939 à 1946, Abel Boissier, forestier en forêt de Perseigne, a écrit ce que vivait la population. Yves Gouchet, agent de l’ONF, a pu récupérer et sauver de la destruction cette riche documentation. Un livre vient d’en être fait : « Six ans de guerre en Perseigne » aux éditions de l’Étrave. Passionnant.

Août 1939. La Seconde Guerre mondiale éclate, précipitant les peuples dans le chaos. En cet été, Abel Boissier est forestier en Perseigne. Précisément : brigadier des eaux et forêts à la maison forestière du Buisson. Durant toute la durée du conflit, il remplit des carnets, et y décrit son quotidien, ainsi que celui des habitants de ce secteur du Nord Sarthe.

Ce qu’il relate est d’une richesse inouïe. En ces temps troubles, il croise en forêt de Perseigne des braconniers, des trafiquants, et bien sûr, des soldats. Les Allemands sont partout, des combats sèment l’horreur et la mort. Les Résistants du coin sont actifs, et parfois réprimés dans le sang. Abel Boissier lui-même prend parfois des risques. Porte secours à des aviateurs. À la fois témoin et acteur de cette actualité tragique, il noircit les pages de son calepin.

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« Des archives risquaient de partir à la poubelle »

Des écrits forcément voués à rester mais qui ont bien failli disparaître à tout jamais. C’était sans compter sur un heureux concours de circonstances. Il a permis au témoignage d’Abel Boissier de survivre, et plus, d’être publié : Six ans de guerre en Perseigne, aux éditions de l’Étrave, vient de paraître. Une publication passionnante que l’on doit au travail d’Yves Gouchet, agent de l’ONF (Office national des forêts), aujourd’hui retraité.

Au début des années 2000, j’étais en poste à Bercé, et référent archéologie et patrimoine dans les Pays de la Loire pour l’ONF. Ma mission : sauvegarder le patrimoine forestier, et d’abord, le recenser, explique Yves Gouchet. Un forestier de Perseigne m’a contacté, pour m’alerter que des archives risquaient de partir à la poubelle, au moment d’un changement de poste à l’ONF. Les écrits d’Abel Boissier en l’occurrence. En même temps, Jacques Paganet, un ancien, qui avait fait la guerre, m’a indiqué avoir des difficultés à récupérer ces fameux carnets dont on connaissait l’existence.


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« Ces écrits sont un trésor »

Déterminé, Yves Gouchet récupère in extremis les carnets. Il décide de les numériser, et d’en faire profiter Jacques Paganet et son association d’anciens combattants. Il dit avoir ainsi réparé une injustice, en même temps qu’il a sauvé de la destruction une documentation précieuse.

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Ces écrits sont un trésor, et il ne fallait pas laisser passer l’occasion de les exploiter, poursuit Yves Gouchet. Ils sont rares, insiste-t-il. Je ne connais pas de forestiers qui aient laissé un tel témoignage d’une période aussi dure. À Bercé par exemple, je ne sais rien de cette époque. Des décennies après, personne n’a rien voulu en dire. Si durant la guerre la consigne était le plus souvent motus et bouche cousue sur les événements, bien après, le silence est souvent resté la règle. Or il est important de savoir, pour que ces atrocités ne se reproduisent pas, met en avant Yves Gouchet.

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« Un bel hommage »

Une fois terminé ce travail, Yves Gouchet a remis la documentation aux Archives Départementales. Avant d’en parler il y a quelque temps à Manuel Thiéry, qui dirige les éditions de l’Étrave, à Igé (Orne). Le second temps arrive alors pour la renaissance des écrits d’Abel Boissier. Il a été décidé d’en faire ce livre. Et c’est un bel hommage à Abel Boissier, aux gens de cette époque, et à Jacques Paganet, se félicite Yves Gouchet. Il était très important que ce qui a été écrit sur ces événements en forêt de Perseigne ne disparaisse pas.

Six ans de guerre en Perseigne, 1939-1944, Abel Boissier. Publié aux éditions de l’’Étrave. 167 pages. Prix : 15 €.

« Observateur privilégié »

Abel Boissier est né le 7 mai 1895 à Châtillon-sur-Cher. À 18 ans, il s’engage. Parti faire la guerre en août 1914, il est blessé au pied, dans la Marne. Il embarquera ensuite dans le bataillon colonial de Toulon, direction le Maroc pour une campagne de pacification.

photo durant toute la durée du conflit, et même plus, abel boissier a rempli des pages de son carnet.  ©  photo le maine libre

Durant toute la durée du conflit, et même plus, Abel Boissier a rempli des pages de son carnet. Photo LE MAINE LIBRE

Démobilisé en 1919, il est affecté aux Eaux et forêts. Après plusieurs postes, il arrive au Buisson, dans la Sarthe, en 1934. À partir de 1938, il est réquisitionné, et doit, en plus de son service, gérer l’approvisionnement des centres militaires des bois de guerre. Observateur privilégié, écrit Yves Goucher, Abel dresse dans ses calepins le décor irréel du monde qui l’entoure. Protéger sa forêt est sa raison de vivre, mais sang, brutalité, malheurs et trahisons seront son quotidien. Il achève son récit sans concessions, au Buisson, le 7 mars 1946.

Abel Boissier est mort le 25 mai 1977.

Sa plume pour raconter la guerre

Dans ce qu’il écrit, Abel Boissier décrit la guerre, l’Occupation, la misère, la peur, la mort. Voici quelques extraits de Six ans de guerre en Perseigne.

« Une foule épouvantée fuyant »

D’un bout à l’autre de la route, çà et là sur les bermes, des autos et des charrettes en panne, des meubles brisés ou incendiés, des chevaux éventrés, des traînées de sang, des lambeaux de chair, des essaims de mouches, de la fumée, de la poussière ; voilà ce que l’on voyait sur les routes de l’exode. Une foule épouvantée fuyant par tous les moyens à sa disposition jusqu’à la dernière corde : autos, camions, charrettes, bicyclettes, à pied avec des enfants, des infirmes, des brouettes, des poussettes. Dans les villages, la queue aux boulangeries, épiceries, charcuteries, etc. Pauvres petits magasins non pourvus pour une telle affluence, vidés en un clin d’œil avec parfois des disputes et des bousculades pour passer les premiers ou pour le partage quand il ne restait plus guère de marchandises.

photo avant les années de guerre, l’insouciance, comme ici, en 1925 (abel boissier se trouve à droite sur la photo).  ©  collection privée

Avant les années de guerre, l’insouciance, comme ici, en 1925 (Abel Boissier se trouve à droite sur la photo). Collection privée

« Tombés obscurément pour notre délivrance »

Revenant d’Alençon, j’arrête à Blavoust sans rien apporter de précis aux pauvres femmes anxieuses. Je demande à Jean d’aller voir au Petit-Goulet. Et là, dans un silence inquiétant, nous découvrons tous les actes du drame qui s’est joué la veille au soir. À la porte de la maison, un perpignan brisé, quelques taches de sang et à dix mètres, dans le jardin, sur un carré de terre bêchée depuis peu, quatre cadavres recroquevillés les uns sur les autres, la figure bleuie et trouée de balles ressortant derrière la tête. Et Jean m’énumère : ce grand couché sur le côté, Maxime Fleur, que je reconnais par la ressemblance avec son père, habitant au bourg de Saint-Rigomer ; ce petit aux longs cheveux, Moustic ; cet autre renversé sur le dos, découvrant des dents aurifiées et la poitrine ouverte, Pierre, le chef ; et le quatrième, perdant de la matière cervicale, Mirande, un ex-pupille, élevé dans le pays.

Tous les quatre reposent maintenant dans un coin du cimetière de Saint-Rigomer et leurs tombes fleuries aux trois couleurs manifestent le patriotisme de ces jeunes petits gars de dix-huit à vingt-quatre ans tombés obscurément pour notre délivrance. Leur vie clandestine et aventureuse a pu leur valoir quelques griefs, mais leur sacrifice et la cause sont d’une autre envergure.

photo abel boissier, forestier en poste au buisson, a pris sa plume pour raconter quotidiennement la guerre. désormais, ses écrits sont publiés.  ©  collection privée

Abel Boissier, forestier en poste au Buisson, a pris sa plume pour raconter quotidiennement la guerre. Désormais, ses écrits sont publiés. Collection privée

« Gross malheur, cinq camarades kaput »

« Au bout d’une heure, l’incendie et les détonations s’apaisant, je veux aller voir. C’est là tout près dis-je à ma femme qui s’effraye et ne veut pas venir. C’est peut-être un Anglais avec des Français ou un Américain et des rescapés qui attendent les secours. Je pars avec ma canne, mon képi et mon laissez-passer. Arrivant sur les lieux, une affreuse odeur de carbonisation, de chair, de sang, d’os, d’huile, de caoutchouc et d’essence s’enigé dégage. Pas trop rassuré, je tousse un peu fort. Un coup de sifflet me répond. Je crie : Police française. Un cri rauque : Secours, Mossieur, secours, oh !

Aïe ! aïe !. J’aperçois une masse sombre sous les branchages à la lueur d’un petit feu qui finissait de consumer une combinaison d’aviateur. You English ? Non, Deutch, secours Mossieu, gross malheur, cinq camarades kaput, moi beaucoup froid, beaucoup mal, encore dix minutes et peut-être aussi kaput. Je craque une allumette et entrevois un monstre couvert de sang et d’huile. C’est horrible. L’instant est tragique. C’est un Allemand, un ennemi. Vais-je l’achever ? Je suis seul. Je n’ai pas d’armes. Avec ma canne, je peux le manquer du premier coup et je n’aurai pas le cœur de le finir. Et puis, ont-ils eux-mêmes tous et toujours manqué aux lois de la guerre ? Non sans doute. Alors je dis : « Attendez dix minutes, je vais chercher du secours »

« Des livres locaux, et des sujets très riches »

Manuel Thiéry est le dirigeant de la maison d’éditions l’Étrave, basée à Igé, dans l’Orne. Si son activité est diverse, avec la publication de livres divers et variés, son cœur d’activité est le régionalisme. « Les publications locales, comme c’est le cas pour ce livre Six ans de guerre en Perseigne, reçoivent en général un très bon accueil », indique-t-il. Et dans la Sarthe, les éditions de l’Étrave sont actives depuis trois ou quatre ans.

« Nous faisons de l’édition depuis 30 ans, et nous sommes installés dans l’Orne depuis une quinzaine d’années. Nous avons commencé à nous intéresser aux Sarthois assez récemment, avec le livre Bercé, une forêt d’exception, poursuit Manuel Thiéry. Dans la foulée, d’autres titres sont parus : Et si on caôsait patois, de Fernand Legeard, Forêt de Perseigne, la belle discrète, et tout récemment, Destination Coco Plage. À chaque fois, ces livres ont plu.

photo avec « six ans de guerre en perseigne », les éditions de l’étrave consacrent un nouvel ouvrage à la sarthe.  ©  photo le maine libre

Avec « Six ans de guerre en Perseigne », les éditions de l’Étrave consacrent un nouvel ouvrage à la Sarthe. Photo LE MAINE LIBRE

En général, un millier d’exemplaires

En règle générale, nous tirons à un millier d’exemplaires. Et pour le livre sur le Patois ou pour celui sur le forêt de Perseigne, nous avons effectué des retirages, précise Manuel Thiéry. Certes, ces publications restent locales, et ne se vendent pas très loin. Mais les gens du secteur concerné s’y intéressent. Ces livres sont locaux, et les sujets sont très riches. Il faut simplement bien les cibler, et évaluer leur intérêt.

Avec Six ans de guerre en Perseigne, un nouvel ouvrage très concernant pour les Sarthois, et notamment ceux du Nord Sarthe, vient rejoindre les récentes publications. Un ouvrage qui rend hommage à Abel Boissier, met en avant Manuel Thiéry. Le personnage est très touchant, et on le ressent dans son écriture. C’était un homme simple, qui a su se débrouiller comme il a pu durant cette période très compliquée. Et le fait que ses carnets aient bien failli disparaître à tout jamais nous a confortés dans cette volonté de les publier.

 
Nicolas FERNAND.    Maine Libre  

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