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« Il faut apprendre le langage des plantes » : jardinier et poète, il fait de son potager un trésor... |
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À 72 ans, Daniel Verdier s’épanouit dans une vie simple, rythmée par les saisons et l’alternance des jours et des nuits. © Ouest-France
À Luché-Pringé, dans le sud de la Sarthe, Daniel Verdier, 72 ans, s’épanouit dans son jardin. Poète autant que jardinier, il mène une vie simple, rythmée par les saisons.
Il est 7 h 30, tout est calme et beaucoup de volets sont encore clos dans le village de Luché-Pringé (Sarthe), où seul le coq des voisins s’égosille en cocoricos sonores. Daniel Verdier vient d’arriver dans son jardin situé à quelques enjambées de sa maison : « Moment magique ! La rosée révèle les rideaux de dentelle des araignées comme des fenêtres dans les arbres, on entend le jardin qui respire, l’herbe verse des larmes de joie et les plantes diffusent des parfums épicés et sucrés, s’émeut l’homme attentif au moindre bruit. On observe plus facilement les oiseaux encore sécurisés par la nuit, mon premier geste est pour eux, et ils le savent, un peu d’eau, quelques graines… Je ne perds pas au change, j’observe à ma guise la mésange ou le chardonneret et les merles se baladent souvent à mes côtés pour savourer quelques vers dans mon sillage. »
Une enfance heureuse

Il faut prendre le temps de faire les choses, la main de l’homme, c’est le meilleur outil qui soit ! Ouest-France
Prendre un jardin comme une toile, y poser harmonieusement des jaunes, des rouges et des verts, abriter quelques oiseaux dans les arbres et ajouter le portrait d’un homme heureux, qui, avant d’être un fameux jardinier, est d’abord un homme de cette terre nourricière dont il apprécie la beauté et les richesses. À 72 ans, Daniel s’épanouit dans une vie simple, rythmée par les saisons et l’alternance des jours et des nuits : « L’humain n’est qu’un acteur de notre planète, il ne peut échapper à son rythme aussi vrai que la terre tourne autour du soleil. »
À la retraite depuis douze ans, le Sarthois a été élevé par des parents aimants et garde au cœur le souvenir d’une enfance heureuse au sein d’une fratrie de cinq : « Nous étions libres comme l’air, la vie était plus difficile qu’aujourd’hui mais tellement plus simple ! On courait dans la campagne, on se baignait dans le Loir, on vivait dehors… »
Fermiers à Cré-sur-Loir, ses parents cultivent fruits légumes et élèvent des volailles. Une partie de la production est collectée et acheminée à Rungis et l’autre nourrit toute la famille.
Albert, le père de famille, est infatigable. Employé au Prytanée national militaire de la Flèche, il double sa journée de travail à la ferme, épié par le petit Daniel qui n’en perd pas une miette et s’émerveille déjà dans l’observation des insectes, des papillons et des oiseaux.

L’homme puise de l’eau manuellement et attend qu’elle se réchauffe pour irriguer ses légumes sans gâchis, avec un arrosoir. Ouest-France
À 14 ans, l’adolescent part en apprentissage comme chaudronnier et métallier, son métier lui plaît et la qualité de son travail lui permettra toujours d’échapper au chômage.
Quand l’heure de la retraite sonne, la bêche remplace vite le chalumeau dans la main du jardinier qui va enfin pouvoir retrouver le parfum de son enfance, dans les gestes et les conseils reçus en héritage.
L’écologie dans les gènes
« J’ai été élevé dans le respect des autres et de la nature et je ne fournis aucun effort pour économiser l’eau et recycler les matériaux et les végétaux », explique l’homme en puisant de l’eau manuellement, il attendra qu’elle se réchauffe pour irriguer ses légumes sans gâchis, avec un arrosoir. Mis à part la bouillie bordelaise, quand c’est vraiment nécessaire, il n’utilise pas de produit chimique et ses déchets végétaux se transforment en paillage et en compost. « Pour graisser la terre, je vais chercher du fumier de cheval dans un haras, il n’y a pas mieux mais il faut doser juste. » Pour le reste, le septuagénaire désherbe à la main : « C’est à la longue qu’on éradique chardon, liseron ou chiendent. Il faut prendre le temps de faire les choses, la main de l’homme, c’est le meilleur outil qui soit ! » Il enlève ainsi manuellement, chaque jour, les éventuels pucerons, doryphores ou limaces, protège ses cultures de filets, bâches et cagettes de récupération qu’il met en place ou enlève, en fonction des besoins, au cours de la journée, protégeant ses tomates d’un soleil trop violent aux heures les plus chaudes, ou ses semis de haricots pour éviter que les chats et les oiseaux ne s’y invitent.

En plus de quelques conseils, Marie, la voisine, profite du surplus de légumes… Ouest-France
Prendre le temps d’observer et d’écouter les plantes
« Les plantes s’expriment, mais il faut du temps pour apprendre leur langage et faire la différence entre celles qui se protègent de la chaleur en se recroquevillant et qui retrouveront leur vigueur au petit matin, et celles qui ont vraiment soif et qui sont en danger », conclut le jardinier.
« Il n’est pas rare d’entendre Daniel parler à ses plantes et aux oiseaux », explique Marie, la voisine, qui, en plus de quelques conseils, profite du surplus de légumes…