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Courgenard. Serge Gainsbourg : une jeunesse sous l’Occupation nazie... |
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Serge Gainsbourg en visite, ici avec Jean Dumur, ancien maire de Courgenard. © Famille DUMUR
Décédé il y a trente ans, Serge Gainsbourg était venu se réfugier, avec sa famille, dans la commune de Courgenard durant la Seconde Guerre mondiale afin d’échapper aux rafles contre les juifs à Paris.
Fils d’immigrants russes, Serge Gainsbourg veut être artiste peintre, il accède à la notoriété comme auteur-compositeur-interprète, abordant nombreux styles musicaux. Il s’essaie au cinéma et à la littérature.
Une enfance dans les années 1930
Son père, Joseph Ginsburg (né à Constantinople en 1896, décédé en 1971), intéressé aussi par la peinture, entre au conservatoire de Petrograd, et à celui de Moscou pour étudier la musique – le piano – et en Crimée. Il rencontre Brucha Goda Besman (née à Théodosie en 1894, décédée en 1985), surnommée Olia ou Olga, chanteuse mezzo-soprano et qui devient son épouse en 1918.
Ils fuient la guerre
Le couple fuit la guerre et la dictature bolchevique en 1919, quitte Odessa (Ukraine), s’exile en Géorgie, puis Istanbul, avant de débarquer en 1921 à Marseille et s’installe à Paris, retrouvant un frère qui travaille pour la banque Louis-Dreyfus.
Joseph devient pianiste dans un bar-cabaret, Olga chante au conservatoire russe. Ils vivent au 35, rue de la Chine. Ils ont, en 1922 un premier fils, Marcel, qui meurt à 16 mois (pneumonie) ; 1926, une fille, Jacqueline ; 1928, maternité de l’Hôtel-Dieu, faux jumeaux, Liliane et Lucien (voulant avorter sans y parvenir)…
L’étoile jaune
La famille obtient la nationalité française en 1932. Dans son enfance, Lucien, qui sera plus tard connu sous le nom de Serge, vit dans les quartiers populaires de Paris, 20e arrondissement, puis 11 bis, rue Chaptal dans le 9e. Son père lui enseigne le piano classique, le pousse vers le monde de la peinture. Le garçon le suit dans les concerts et stations balnéaires huppées (Arcachon, Deauville, Cabourg, Le Touquet). Sous l’Occupation, il doit porter l’étoile jaune. « Étoile de shérif », dira-t-il plus tard par dérision, ou encore : « Je suis né sous une bonne étoile »…
Des métiers interdits aux Juifs
Été 1941. La famille se réfugie temporairement en Sarthe à Courgenard, « La Bassetière », chez Baptiste et Irma Dumur. Les métiers artistiques interdits aux Juifs, plus personne ne veut engager son père. Ce dernier passe en zone libre en 1942 pour retrouver du travail et échapper à la misère. Des contrôles de police ayant lieu dans la capitale, la famille rejoint en 1944 la région de Limoges avec de faux papiers. Se réfugie au hameau du Grand Vedeix à Saint-Cyr (Haute-Vienne) sous le nom de Guimbard. Les filles sont cachées chez les religieuses de l’école du Sacré-Cœur, Lucien dans un collège jésuite, à Saint-Léonard-de-Noblat.
Le sentiment d’être un rescapé
Il y est pensionnaire sous fausse identité. La Gestapo y fait une descente pour vérifier qu’aucun enfant juif ne s’y abrite. Les responsables du pensionnat l’envoient se cacher seul en forêt, il y passe la nuit avec la peur d’être pris et tué. Il vivra, après cet événement, avec le sentiment d’être un rescapé.
Durant ces années de guerre, la famille se voit retirer entièrement la nationalité française par une commission spéciale mise en place par Vichy, qui les considère comme « israélites sans intérêt national ».
Un rapport, enfin, retrouvé en 2010 : « Exerçant la profession de pianiste, le nommé Ginsburg qui se déplace fréquemment réside actuellement à Lyon. […] Son fils est inscrit au collège Du Guesclin. […] Il ressort néanmoins que l’intéressé a quitté la capitale en 1941 pour la zone libre et évite des ennuis en raison de sa confession ». Est tranché : « retrait général ». Serge n’a jamais rien su de la dénaturalisation.